| Hier, nous vous avons proposé la première partie de notre dossier sur le projet de déstabilisation activement en préparation au Togo voisin, par la rébellion ivoirienne qui y a établi ses quartiers. Aujourdhui, nous abordons le dernier volet avec notamment lattitude pour le moins troublante de la présidence togolaise.
Alors que les rebelles ivoiriens clament à toutes les tribunes quils sont pour une solution négociée à la crise en Côte dIvoire, ils se préparent secrètement à porter un autre mauvais coup au camp présidentiel. Dans ce projet, ils sont certains dêtre accompagnés par la France, chargée dexécuter un pan du vaste complot contre les institutions ivoiriennes.
Paris travaille à lasphyxie de léconomie ivoirienne Les autorités françaises, dans leur guerre totale contre le Président Laurent Gbagbo, nentendent lésiner sur aucun moyen. Ainsi, pendant quelles portent à bout de bras une rébellion ivoirienne visiblement essoufflée, les autorités parisiennes travaillent intensément à lasphyxie de léconomie ivoirienne. Et cela par lisolement du port dAbidjan. Les injonctions récurrentes faites aux entreprises françaises et occidentales pour quelles délocalisent leurs activités sinscrivent dans cette stratégie. Les Messieurs Côte dIvoire de lElysée ayant juré que seul un assèchement des caisses de lEtat ivoirien - qui conduira au non paiement des salaires - pourra faire chuter le régime Gbagbo. Et sûr davoir découvert le tendon dAchille du n°1 ivoirien, Paris satelle, depuis quelques semaines, à donner du contenu à son projet détouffement de léconomie ivoirienne. Et Lomé se présente comme le meilleur laboratoire. Cest ainsi que seulement un mois après la levée de lembargo (en novembre 2004) de lUnion européenne (Ue) contre le Togo pour déficit de démocratie, la France a investi plus de 400 milliards au pays du Général président Eyadéma. Elle a ainsi racheté la Banque SNI du Togo, financé la zone franche portuaire à leffet dagrandir les infrastructures. Aussi Paris a-t-il déjà livré 500 véhicules de marque Peugeot 307 et Partner. Une livraison de portiques a même déjà été annoncée aux autorités portuaires de Lomé. Garantie leur a été donnée quavec tous ces investissements, le port de Lomé sera la nouvelle attraction de la sous-région, loin devant Abidjan. Mais en attendant, les barbouzes français sactivent, dit-on, à faire dévier 40% des navires transportant des marchandises pour les pays sahéliens à destination du port dAbidjan, au profit de Lomé. Cest connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et lintérêt grandiose que porte subitement lElysée au Togo voisin nest pas fait pour déplaire aux autorités de Lomé. A commencer par le Président Etienne Gnassingbé Eyadéma.
La complicité tacite dEyadéma Compagnon de feu le président Félix Houphouët-Boigny, le général-président passait jusquà une date récente pour lun des gardiens de lhéritage de paix du bélier de Yamoussoukro. Cest dailleurs pourquoi les Ivoiriens ont toujours fondé de grands espoirs en lui chaque fois quil a entrepris une médiation. Mais depuis quelques semaines, lattitude du premier citoyen togolais à légard du palais dAbidjan intrigue. Et cela en raison de la passivité du général président face à lactivisme fort visible des rebelles ivoiriens à Lomé. Il nest un secret pour personne quEyadéma qui règne dune main de fer depuis 38 ans sur le Togo a pratiquement fait un Etat policier. A tel point que la plupart des conducteurs de taxi et les petits employés des principaux réceptifs hôteliers de Lomé sont des agents de renseignement. Au cours de notre séjour en terre togolaise, nous en avons encore eu la preuve. Dans ces conditions, le Président Eyadéma ne peut pas ignorer les vraies raisons de la présence continue des Guéi Emmanuel, Seydou Ouattara, Doumbia Moussa et autres lieutenant Koné Abdoulaye sur son sol. Encore moins des incursions régulières du sergent Chérif Ousmane. Autre fait qui laisse songeur, cest lattitude du ministre de la Défense, le général Tijani, à lendroit des rebelles ivoiriens. Cet homme, reconnu pour être lhomme de confiance du président togolais, était aux petits soins de Guillaume Soro et sa délégation lors de leur dernier séjour à Lomé. A plusieurs reprises, le général Tijani a été aperçu marchant presque bras dessus-dessous et devisant joyeusement avec le secrétaire général des rebelles ivoiriens. Guillaume Soro lui-même, au sortir de sa rencontre le 22 janvier dernier avec le président togolais, à Kara, na pas caché sa joie de pouvoir « compter sur le président Eyadéma pour laboutissement de leurs revendications ». Dans les milieux proches de la présidence togolaise, on explique lattitude du chef de lEtat par son mécontentement à légard de son homologue ivoirien. Mécontentement qui serait né du déclenchement de lopération Dignité des Fanci. Le général président naurait pas admis davoir été tenu à lécart du projet mais aussi de lavoir déclenché pendant quil recevait Soro Guillaume à Lomé. Donnant ainsi limpression quil était complice dAbidjan. Mais dans certaines chancelleries sur la place de Lomé, on nhésite pas à attribuer le comportement du général-président à un accord secret conclu avec Paris. Un deal qui consiste à la levée de lembargo de lUe. Ceci explique-t-il que le Président Eyadéma ait permis que Guillaume Soro débite, pendant deux heures, des insanités au sujet de son homologue ivoirien sur un plateau de télévision ? Pour lheure, nul ne le sait, mais le fait était suffisamment grave pour ne pas échapper aux Togolais.
Ce que Soro a dit sur TV2 Au cours de son dernier séjour (du 18 au 22 janvier 2005) en terre togolaise, le secrétaire général du Mpci na pas chômé. Entre deux réunions avec ses antennes locales, il échangeait avec les autorités de Lomé et souvrait à la presse locale. Son passage le plus remarqué fut sa prestation le 18 janvier 2005 à Express info de la télévision privée Tv2. Ce jour-là, cuisiné par le journaliste Guy Mario par ailleurs correspondant de RFI au Togo, au sujet de la crise ivoirienne, Guillaume Soro sest livré à son exercice favori : le jeu des amalgames et de la manipulation. Pendant près de deux heures, le ministre dEtat, ministre de la Communication du gouvernement Seydou Diarra a traité le Président Laurent Gbagbo de roublard qui ne tient jamais parole et qui a construit sa carrière politique en trahissant tous ses compagnons. Grand manipulateur, Soro a attribué léchec des négociations de Lomé à Gbagbo : « Cest Gbagbo qui a torpillé la médiation du Président Eyadéma parce quil na jamais aimé ce compagnon de Félix-Houphouet-Boigny ». Du président sud-africain, linvité de Guy Mario a soutenu fermement que « cest un anti-français ». Puis de poursuivre : « Mais ce que lon lui demande, cest de régler un conflit en se démarquant de son sentiment anti-français ». Généreux en paroles, Soro a eu également des mots pour Mamadou Koulibaly et Charles Blé Goudé. Avec sa morgue habituelle, il a traité le n°2 ivoirien de petit homme pendant que le général des jeunes patriotes était vu comme un chef milicien qui tue, viole et casse à Abidjan, avant de déclarer: « Je ne joue pas dans la même catégorie que cet homme ». Ainsi va la vie à Lomé où les rebelles ivoiriens sont pratiquement en territoire conquis. Les Ivoiriens sont avertis.
Pierre Lemauvais et Yves De Séry Envoyés spéciaux à Lomé (Les Echos du Matin (Abidjan)) |