Les accords de défense entre la France et les pays d'Afrique francophone
Les accords de défense entre la France et les pays d'Afrique francophone : une assurance tous risques pour les dictateurs du pré-carré, gardiens du temple néo-colonial
Djimadoum Ley-Ngardigal, Secrétaire Général de la Section France de lAction Tchadienne pour lUnité et le Socialisme (ACTUS) ; Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999 ; Thème : Limpérialisme, cest la guerre
I - Introduction
LEtat Français a toujours entretenu un réseau de six (6) bases militaires en Afrique, représentant environ 10 000 hommes. Ces prétendus accords de défense, de coopération militaire ou dassistance militaire ne sont en réalité et en pratique que des clauses secrètes dintervention en cas de troubles internes et pour soutenir uniquement ces potentats dictatoriaux rejetés par les Masses Populaires.
Ainsi, furent noyées dans le sang par les parachutistes Français, et ce, depuis les indépendances formelles, les révoltes et révolutions successives des Peuples Africains du pré-carré français.
La Politique Militaire de la France en Afrique a pour fondements les raisons suivantes :
- Economiques (matières premières stratégiques, produits tropicaux à bon marché pour la France et lAfrique constituent un débouché pour les produits Français).
- Culturelles (Garanties par la francophonie la culture française, ses implications économiques et politiques contribuent incontestablement à la grandeur et au rayonnement international de lhexagone).
- Géostratégiques et Politiques (Les bases militaires et ainsi que le choix par la France des Dirigeants Africains défenseurs des intérêts de la France-Afrique Foccartienne, concourent également à la grandeur de la France au détriment du développement politique économique et social des Etats Africains francophones et de leurs Populations).
Les accords militaires sont un sujet qui trouve un consensus au sein de la classe politique française. Cependant ces derniers temps quelques fissures firent leur apparition: En effet les Verts, membres de la coalition gouvernementale de la Gauche plurielle, ont marqué leur désapprobation (interpellations du Gouvernement Français par le Député Noël Mamère à lAssemblée Nationale sur la politique Africaine de la France).
Nous tenons ici à remercier le PTB pour avoir organisé ce Séminaire Communiste International, qui permettrait aux Partis Communistes Marxistes Léninistes de stigmatiser le rôle de limpérialisme dans les guerres et loppression des peuples. Seul le Communisme est générateur de paix car synonyme de libération des Peuples contre lexploitation impérialiste et capitaliste. Le rôle de nos Partis Révolutionnaires est de lutter pour linstauration de ce système en sappuyant sur linternationalisme prolétarien et la doctrine Marxiste-Léniniste.
II - Fondements historiques, politiques, géostrategiques et économiques des accords de coopération militaire entre la France et lAfrique
A - Fondements Politico-Historiques et Géostratégiques
La coopération militaire Franco-Africaine a une double caractéristique : elle est à la fois classique et moderne. Dans son aspect classique, elle reflète la situation dans laquelle une puissance militaire met une partie de ses forces au service de la défense de la souveraineté et de lintégrité territoriale de ses partenaires, en cas dune menace réelle ou potentielle. Par contre dans son aspect moderne la coopération militaire Franco-Africaine a la particularité de prendre racine sur une base si sentimentale que son bilatéralisme diminue lassise juridique au profit dun volontarisme politique. Forte de cette dimension. Elle déborde lancien espace de pénétration coloniale pour couvrir un maximum dentités politiques post-coloniales, sans pour autant déboucher sur une alliance militaire, exerçant une fonction de précision de lintérêt commun et définissant le casus belli.
Labsence dalliance formelle laisse à tous les partenaires engagés dans cette relation la liberté de décision : en cas dune menace, le pays concerné se réserve le droit de faire appel à la France de même que celle-ci apprécie la possibilité ou non dintervention, en choisissant le temps et le lieu. Ceci reste aussi vrai pour les autres partenaires africains à la relation qui ne font pas jouer la coalition dans un cas comme dans lautre.
Doù la défense dont nous parlons ici ne sentend pas au sens classique dune force nationale, fondée dune part sur les éléments matériels dordre géographiques (étendue du territoire, sa position stratégique,ses ressources naturelles), dordre humain (sa masse démographique),dordre technologique (potentiel militaire), et dautre part sur les composantes morales (le caractère national : fruit de lintégration) et le sens national (le degré de détermination avec lequel une nation soutient les politiques de son gouvernement en temps de paix ou en temps de guerre).
A ce propos, soulignons que de tous les pays de lOccident en général et de toutes les puissances coloniales en particulier, la France est le seul pays qui ait tiré la leçon de lhistoire contemporaine de lenchaînement spatial Euro-Africain, en tant que soubassement dune politique de puissance dans le monde. En effet, une observation attentive de la politique étrangère de la France telle quelle a été impulsée par la Vème République, permet de dégager un fil conducteur enraciné dans la conviction sinon dans la certitude que le sort de lAfrique est lié à celui de lEurope et cette certitude est le fruit de lhistoire du commerce triangulaire, du phénomène de colonisation et surtout de leffort de guerre à travers lequel, à leur corps défendant, les soldats africains ont payé de leur sang la liberté de lEurope sous domination nazie. " Sans son Empire, déclarait Gaston Monnerville devant lAssemblée consultative le 25 mai 1945, la France ne serait aujourdhui quun pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur ".
Bien que la France ne soit pas le seul pays européen à saisir la pertinence de cette modification du paysage Euro-Africain devenu dépendant et complémentaire, voire inséparable, linnovation du projet gaullien vise à mettre au service dune ambition somme toute légitime la place de la France dans le monde, une volonté clairement déterminée en vue de réorganiser cet espace géopolitique et géostratégique, et ce en association avec les acteurs africains devenus partenaires.
Cest dans cet esprit que fut créée la communauté française, le 4 octobre 1958. A lexception de la Guinée Conakry, lensemble des colonies françaises dAfrique approuvèrent ce projet fondé sur le principe dune défense globale unique pour la France et la communauté. Ce principe sera confirmé par lordonnance du 7 janvier 1959. Confiant au président de la République française la responsabilité de définir des politiques de défense et de sécurité. Cependant, la grandeur de lambition ainsi affichée, ne put empêcher les pesanteurs nationales et internationales, spécifiquement la vague de décolonisation, décrouler lédifice tenace mais perspicace, le Général De Gaulle comprit que si la France se résignait et naccompagnait pas lédification des Etats nouveaux en Afrique, celle-ci risquerait de se faire contre la France, dautres puissances sempressant de combler le vide ainsi créé. Pour ce faire, la France réaffirme solennellement sa volonté doffrir à lAfrique et aux pays en voie de développement, lalternative dune troisième voie sans laquelle ces nouveaux Etats néchapperont pas à la rivalité Américano-Soviétique. Cest dans ce sens quil faut situer le passage en douceur de la communauté institutionnelle éphémère à une communauté contractuelle vivante, dont le maître mot est " la coopération ". De cette coopération tous azimuts, retenons la coopération militaire axée sur trois points saillants :
- Les accords de défense (permettant aux Etats signataires de faire appel à la France pour les aider directement à assurer leur sécurité),
- Les accords militaires dassistance technique (par lesquels la France sengage à fournir des conseillers techniques, à former les stagiaires, et à livrer armes et munitions),
- La force dintervention (linstrument ultime dans le dispositif défensif français).
Ce décor étant planté, Français et Africains vivaient bon an mal an avec la conviction que leurs problèmes de sécurité étaient résolus. Soudain, leffondrement presque simultané de deux empires anachroniques Portugais et Ethiopien en 1974, redonne de lintensité à la présence soviétique en Afrique dabord en Angola et ensuite dans la Corne de lAfrique (conséquement à la guerre de lOgaden). Dans la foulée, le retrait de lEspagne du Sahara occidental déchire le Maghreb entre le Maroc et la Mauritanie dune part, le Polisario et lAlgérie dautre part. De même que deux ans plus tard, les rebelles zaïrois basés en Angola attaquent à deux reprises leur pays, pendant que la rébellion du Frolinat secoue le gouvernement du Tchad avant de céder la place au conflit Tchado-Libyen. Devant tous ces événements, les dictateurs africains partenaires de la France, pris de panique augmentent la pression sur Paris, sollicitent son intervention, estimant la menace suffisamment déstabilisatrice pour leur pouvoir sans tenir compte des limites juridiques des accords signés.
Dune manière générale, la stratégie se définit comme " lart de combiner toutes les forces dun ou plusieurs Etats en vue dobtenir un résultat déterminé par une politique ", ou mieux encore, la stratégie " est lart de conduire et de comprendre les luttes dintérêt qui constituent la trame de lhistoire de lhumanité ". Cette conception de la stratégie constitue la plage commune des définitions élaborées par les pays occidentaux et la France ne fait pas exception en la matière, car tout son redéploiement des forces sur le théâtre africain correspond à son projet politique selon lequel, " devant leffritement des positions françaises dIndochine et du Moyen-Orient, la seule carte à jouer afin que la France rivalise avec les superpuissances reste lAfrique francophone, " le lien charnel ", souligne Charles Zorgbibe. Ainsi appréhendé, le dispositif militaire français repose sur trois niveaux :
Le premier niveau, tient à la couverture immédiate en cas de conflit, assurée par les armées locales préalablement équipées, entraînées et formées par la France. Ces armées locales doivent être en mesure de tenir jusquà larrivée des moyens de la France pour le cas où il sera fait appel à eux.
Le deuxième niveau fait appel à lintervention dun nombre dunités françaises
cantonnées en des points déterminés par les accords, sur le territoire des pays francophones.
Le troisième niveau et le plus important, implique lintervention de la force stratégique générale basée en métropole : la Force dIntervention, devenue plus tard la Force dAction Rapide. Interarmée, la mission principale de cette force est de faire face dans les moindres délais, soit à une menace en vue de la désamorcer, soit à une action adverse pour la juguler avant quelle nait le temps de se développer dangereusement. Force extérieure à affectation spécifiquement africaine, la force dintervention comprend trois éléments : un élément terrestre (fer de lance de lensemble), un élément aérien (apte à renseigner, transporter et appuyer la force dintervention aéro-terrestre), et un élément marin (éventuellement une force dintervention amphibie) dans lhypothèse dun débarquement. Dans lensemble, ces trois niveaux recoupent deux piliers : lun stratégique et lautre tactique. Le pilier stratégique, dit " soutien global ", comprend deux dimensions : militaire et politique.
Au point de vue politique, le concept de soutien global autorise le contrôle de lensemble de la zone (Afrique francophone), quitte à admettre le cantonnement, fût-ce pour des années, de tel régime hostile ou réticent (Guinée), ou si les circonstances le permettent et lopinion internationale sy prêtent, à changer de régime (Empire Centrafricain).
Au point de vue militaire, le concept de soutien global suppose le remplacement de la simple vente darmes plus ou moins assortie dune maintenance logistique, par linstallation sur place des systèmes darmes à la manière dusine " clé en mains ", tout en prenant soin de définir des marchés potentiels et des clients pour lesquels les usines tournent. Quant au pilier tactique dit " compagnies tournantes ", il implique le démantèlement géopolitique, préconisant laide diversifiée à chaque Etat. Cette aide peut, selon lorigine de la menace, aller jusquaux opérations de " coup darrêt " à lencontre du nord (le Maghreb ou le danger arabo-musulman du type épouvante Kadhafi ), ou à lencontre du sud (lAfrique Marxiste), grâce à des compagnies tournantes stationnées sur quelques bases locales ou par lintervention de quelques paras transportés depuis la métropole. Soulignons que ce schéma conceptuel fut mis en uvre lors de lopération Manta.
B - Fondements économiques et stratégiques
Le dernier atout de limpérialisme Français pour rivaliser dans la cour des " grands " reste la possession de son empire semi-colonial, constitué essentiellement du pré-carré africain .
Déjà en 1971, comme le disait Yvon Bourges, " sur le plan économique, il est incontestable que la France retire certains avantages de sa politique de coopération dans la mesure où celle-ci lui permet dexporter des hommes, des techniques ou des productions() et si le commerce queffectue la France avec les Etats africains et Malgaches de la zone franc ne dépasse pas 4 à 5 % de son commerce total, il nest pas négligeable pour autant à ses yeux que ces échanges lui permettent dacquérir, sans sortir de devises 83 % de ses besoins en cacao, 87 % de ses besoins en bois tropicaux, 62 % de ses besoins en café, 68 % de ses importations dUranium " (Qui a peur du tiers-monde ? Editions du Seuil, 1980 p.112).
Lindustrie française reste tributaire des matière premières dAfrique francophone : Pétrole 10 %, Uranium 78 %, Bauxite 86 %, Manganèse 86 %, Chromite 56 %, Cuivre40 %, Fer 34 %, Phosphate 16 %, Houille 30 % . Certaines de ces ressources minérales sont des produits stratégiques, eu égard au rôle quils jouent dans lindustrie darmement des puissances nucléaires comme la France.
La dévaluation du FCFA en 1994 exigé par le FMI a renforcé la position hégémonique des filiales africaines des entreprises françaises en divisant par deux le coup de la force de travail des ouvriers et des matières premières et en multipliant par deux la dette des Etats africains.
Malgré la rivalité interimpérialiste, en Afrique (notamment la pénétration croissante des Allemands et Américains qui fragilise les positions Françaises), le nouvel ordre mondial né de la défaite du Socialisme maintient pour lessentiel, le continent dans son statut de zone de prédilection (pré-carré) de limpérialisme Français.
III - Quelques interventions militaires françaises en Afrique
De 1962 à 1994, on a dénombré quelques 18 interventions militaires françaises ou précisément 18 expéditions coloniales punitives de l'impérialisme Français en Afrique francophone, dont on peut rappeler les principales :
En 1962, au Sénégal, pour sauver le Président Léopold SEDAR SENGHOR .
En 1964 et en 1990 au Gabon où les émeutes populaires de Libreville et de Port-Gentil furent écrasées, pour imposer respectivement les Présidents Léon M'Ba et Bongo . Rappelons que le Gabon est un lieu stratégique dexploitation du pétrole par le Groupe pétrolier ELF qui fait la loi en Afrique. Au moment de lindépendance, le gouvernement du Gabon a conclu avec la France, le 17 août 1960, un accord de défense dont larticle 3 prévoit : " La République Gabonaise a la responsabilité de sa défense intérieure. Elle peut demander à la République Française une aide dans des conditions définies par les accords spéciaux. " Bien quil ne semble pas que ces accords spéciaux soient intervenus, cest évidemment en se fondant sur ce traité que la France a justifié son intervention militaire au Gabon pour rétablir le président M'Ba, le 19 février 1964.
Depuis 1968, ce sont des multiples interventions et permanentes, des troupes françaises au Tchad, où elles participent directement aux combats aux côtés des forces gouvernementales Tchadiennes . Certains engagements tels ceux de 1978 et 1983 (opération Manta) et 1986 ont nécessité un nombre impressionnant de militaires français (jusquà 4 000 hommes) et des matériels lourds et modernes (avions, chars, missiles...). Ces interventions avaient permis de protéger les potentats et dictateurs locaux, les Présidents Tombalbaye, Malloum et Hissene Habre. Au demeurant rappelons que lopération Manta a permis à la France de déployer des Forces gigantesques jamais mises en uvres sur le continent Africain depuis la fin de la guerre dAlgérie : en effet on a pu dénombrer 6 Jaguars, 4 Mirages F1, 2 ravitailleurs en vol C-135, des missiles anti-chars Millan, des canons monotubes de 20 mm, des automitrailleuses légères AML, des lances-roquettes LRAC de 89 mm, des mortiers de 120 mm, des radars Olifan, des chars motorisés Lohr et environ 4 000 hommes.
Signalons enfin que depuis 1990 les troupes françaises (grâce à lopération épervier) avaient intronisé le Général Président Dictateur Idriss Deby et continuent de lui apporter toute la logistique nécessaire afin danéantir les légitimes aspirations des Masses Populaires Tchadiennes, et de raccourcir tous ceux qui oseraient sopposer à son règne sanglant. LArmée clanique de Deby, appelée Garde Présidentielle (GP) ou Force dintervention rapide (FIR) est une Armée délites dans lArmée nationale, qui est entraînée, équipée et conseillée par les militaires Français. Cest la GP qui écument les campagnes Tchadiennes, tuent, violent, pillent, incendient les maisons et les récoltes des paisibles paysans. Ces crimes sopèrent sous les yeux complices et approbateurs des conseillers militaires français. La vie des Masses Populaires vaut moins que lordre colonial et les intérêts de limpérialisme français.
Selon le quotidien Le Monde du 3 Décembre 1998, la France pourrait conclure un accord de défense avec le Tchad. Cette dernière remplacerait les accords de coopération militaire technique ratifiés par les deux pays le 6 Mars 1976.
La fermeture des bases militaires françaises en RCA et leur redéploiement au Tchad, fait de ce pays un porte avion denviron 1000 hommes au cur du continent africain, pour défendre les intérêts français. La déclaration du Ministre de la défense Alain Richard, faite à NDjaména, le 30 Juillet 1997, relative au renforcement de cette capacité de feu de lArmée Française au Tchad, fait froid au dos. En effet en dautres termes et en pratique, cela induirait aussi la capacité de la machine à broyer les vies humaines, quest la Garde clanique présidentielle (GP) du Général Président Idriss Deby.
Lincarcération illégale et injuste du Député Fédéraliste et Ecologiste Yorongar, de Yaya Batit Ali, Président du Parti dopposition PUND/DDT, de celle de nombreux anonymes, les assassinats des paisibles citoyens de la région pétrolifère du Logone (massacres de Moundou, liquidation physique de Laokein Barde, leader des FARF...), ces derniers mois sont un avertissement à tous ceux qui oseraient contester le pouvoir de Deby ou défendre les propres intérêts du Tchad.
Cet éventuel accord de défense qui serait signé entre le Tchad et la France selon les propos du Ministre Français de la Défense Alain Richard, mériterait une brève rétrospective de lévolution des accords militaires entre la France et les Etats dAfrique francophones en général.
En effet, prenons deux exemples qui illustrent avec force les types dinterventions militaires françaises en Afrique : les cas du Gabon évoqué et celui du Tchad.
Avec le Tchad, la France a passé plusieurs conventions, ce qui a compliqué le problème sur le plan juridique. Un premier accord, dit accord quadripartite, a été conclu les 11, 13 et 15 août 1960 entre le gouvernement de la République Française et les gouvernements de la République Centrafricaine, de la République du Gabon et de la République du Tchad. Cette convention, en affirmant que les trois Etats africains " sont responsables de leur défense intérieure et extérieure " (art.3), souligne le double aspect de la défense. En outre, elle prévoit que les parties organisent " un système commun afin de préparer et dassumer leur défense " (art.1). Enfin, larticle 2 stipule : " Les parties contractantes se prêtent à cet effet (renvoi à larticle 1) aide et assistance et se concertent dune manière permanente sur les problèmes de défense. "
Le jeu combiné de ces articles permet donc bien une assistance militaire lorsque la sécurité interne dun des Etats est menacée, comme ce fut le cas au Tchad lors de la révolte du Tibesti (Nord du Tchad) en 1968. Cest sur cet accord que la France a fondé son aide militaire. La validité de cet accord a été contestée dans la mesure où deux Etats parties de ce traité, le Congo et la République Centrafricaine, ne semblaient plus désireux de linvoquer. Le secrétaire dEtat Français chargé de la coopération a répondu à ces arguments que laccord quadripartite était en fait un accord entre la France et chacun de ces Etats. La dissolution de lUnion des Etats de lAfrique Equatoriale na donc pas rendu caduques ces conventions. La preuve en est que la France utilise toujours la base de Fort-Lamy (NDjaména), en vertu de laccord de 1960, ce qui prouve la validité de ce traité entre la France et le Tchad, mais un second accord avait été conclu le même jour (11 août 1960), à Fort-Lamy (NDjaména), entre la France et le Tchad concernant lassistance technique militaire. Or ce traité a été remplacé par une convention conclue à Paris le 19 mai 1964, entre les mêmes parties et sur le même sujet. On a prétendu que cet accord de 1964 annulait les engagements de 1960. Cest exact pour le traité dassistance technique militaire, mais évidemment pas pour laccord de défense signé le même jour, mais pas entre les mêmes parties.
Les conventions qui ont été citées, et beaucoup dautres pourraient être invoquées pour justifier une interventions militaire de la France si la sécurité interne de lEtat africain peut être garantie par la France, à plus forte raison sa sécurité internationale. Il est curieux de constater que ces traités ne semblent pas avoir été utilisés dans ce cas. On peut trouver plusieurs explications à cela. La première, et la plus rassurante, consiste à dire que ces traités ont été efficaces. Cest le but dune bonne alliance de dissuader ladversaire: devant la détermination de la France et des Etats africains alliés dassumer leur sécurité, les attaquants auraient été découragés, sauf à légard de pays comme le Zaïre (RDC), qui précisément navait pas le même type daccord défensif. En second lieu, il faut reconnaître que plusieurs de ces accords ont été dénoncés par des Etats africains, comme entachés de néo-colonialisme, dans la mesure où ils avaient été négociés au moment de lindépendance. Si dans certains cas de nouveaux accords ont été conclu, il nen a pas toujours été ainsi et la France elle-même hésite à invoquer ces traités. Elle ne la pas fait lors de sa seconde intervention au Tchad de 1978 à 1980 alors que limmixtion de la Libye dans ce pays était évidente.
Signalons enfin que les simples accords de coopération, prévoyant la présence sur place dun personnel militaire français, sont en eux-mêmes une garantie puisque, comme nous lavons vu, une attaque contre les soldats français risque dentraîner une riposte armée au nom de la défense de ses ressortissants.
Mais, quil sagisse dun traité assurant la sécurité interne ou internationale de lEtat, lintervention de la France nest pas automatique : elle est toujours liée à " lappel " des autorités locales.
Lors de la première intervention au Tchad, en 1968, le Ministre des Affaires étrangères Français a déclaré :
" Cest à la demande du Gouvernement Tchadien, en application des accords de défense de 1960, accords ratifiés à lépoque à lunanimité par lAssemblée nationale, que le Gouvernement français a mis à la disposition du Tchad, à titre exceptionnel, et pour une durée limitée une mission civile chargée dapporter concours technique à la réorganisation de ladministration et des forces de défense Tchadiennes afin de les mettre en mesure, dans un avenir aussi rapproché que possible, dassumer par elle même les missions qui les incombent.
Nous avons également accepté, pendant les délais nécessaires à la réalisation de cette tâche et pour assurer la protection de notre aide, de concourir, avec les forces armées tchadiennes, à la sécurité intérieure du pays par lenvoi dun détachement militaire entièrement composé de personnel sous contrat. En agissant ainsi, le gouvernement remplit les engagements que, par des accords de coopération et de défense, la France a souscrit à légard du Tchad ".
Dix ans plus tard, en 1978, lors de la seconde opération française au Tchad, le motif donné par le Ministre Français de la Coopération na pas été très différent : " A la demande du gouvernement tchadien, nous avons été amenés à renforcer le nombre de coopérants français qui servent dans ce pays pour entraîner larmée Tchadienne que le gouvernement de NDjaména sefforce de reconstituer. Nous avons aussi été amenés à envoyer, toujours à la demande implicite et formelle du gouvernement tchadien -jinsiste bien- quelques unités supplémentaires pour assurer la protection des centres dinstruction où nous formons larmée tchadienne ".
Le fait que ce type daction nait pas été prévu dans le traité antérieur naltère en rien la légalité de celle-ci, pour le ministre des Affaires étrangères français, du moment quil y a eu une demande des autorités légales :
" La France a répondu à la demande du gouvernement légal dun pays avec lequel elle entretient des liens damitié et de coopération, alors que ce gouvernement devait faire face à une attaque armée menée par des éléments subversifs qui mettaient en danger la sécurité du pays et la vie des citoyens français. Le fait que cette assistance nait pas été prévue dans un traité ne lui confère aucun caractère illégal, ni au regard du droit international, ni au regard du droit constitutionnel ".
Si lenvoi des troupes françaises au Tchad se fait à la demande du gouvernement de NDjaména, il est évident que leur retrait doit également intervenir lorsque celui-ci est demandé. Lors de la première intervention, le gouvernement du général Malloum a demandé, le 22 septembre 1975, le départ des troupes françaises et celui-ci a été réalisé à lautomne de la même année. Au terme de la seconde intervention française, car on ne peut, hélas, dire au terme du second conflit, laccord signé à Lagos, le 21 août 1979, à lissue de la quatrième conférence de réconciliation entre les onze tendances tchadiennes et neuf pays africains, prévoyait un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes françaises et lorganisation délections libres. Dès le 2 septembre, la France annonçait, en application de ces accords, le retrait immédiat de ses troupes. Si elle ne lavait pas fait, cest à la demande du gouvernement tchadien, formulée le 4 septembre, dans lattente de la constitution du " Gouvernement dunion nationale de transition " (GUNT). Le Ministre français des Affaires étrangères a déclaré à ce sujet : " Ce retrait est effectué selon les modalités fixées en accord avec le président du Gouvernement dunion nationale de la République du Tchad et tiendra compte des préoccupations du Gouvernement tchadien ".
On constate donc que le souci de laccord des autorités locales va jusquà tenir compte de leur avis dans le retrait des forces françaises. Cette évacuation a été achevée le 16 mai 1980.
La demande des autorités locales est beaucoup plus difficile à établir lorsquil sagit dune intervention visant le gouvernement et non pas une action venue de létranger. Ainsi, dans laffaire Gabon, le président MBa renversé et détenu par un commando militaire insurgé dans la nuit du 17 au 18 février 1964, était bien empêché de faire appel à la France. Celle-ci sest alors contentée de la demande dintervention émanent du vice-président, M. Yembit.
Enfin, la justification était encore beaucoup plus délicate en Centrafrique où laction de la France visait à déposer lempereur Bokassa auquel on reprochait les massacres décoliers de Bangui, donc à changer le gouvernement avec lequel la France avait collaboré pendant quatorze ans de 1965 à 1979. Largument invoqué par la France a été la demande daide émanent de M. David Dacko, ancien président de la République Centrafricaine, élu à la magistrature suprême en 1960, au lendemain de lindépendance, et réélu le 5 janvier 1964 pour sept ans, avec 99 % des suffrages.
M. Dacko avait été renversé par un coup dEtat en décembre 1965, son cousin, M. Bokassa, ayant alors pris le pouvoir. " Aux appels angoissés quadressaient lancien président de la République Centrafricaine,le Premier ministre en exercice et dautres responsables centrafricains pour libérer leur pays de loppression dont il était lobjet, le gouvernement a répondu que la France était prête à satisfaire leur demande daide dès lors quelle serait expérimentée sur place par ceux qui avaient qualité, en dehors du souverain déchu, à représenter la Centrafrique. " Mais M. David Dacko est revenu dans son pays pour formuler cet appel dans les avions français qui amenaient les troupes à Bangui à partir du 20 septembre 1979, et le ralliement du Premier ministre, M. Maïdou, au nouveau régime, sest fait après le débarquement des Français. Malgré les précautions prises par la France, on ne peut donc reconnaître ces appels comme émanant des autorités légales et antérieures à lintervention. ce qui nous amène à rechercher encore dautres justifications dans la carence des organisations internationales à assurer les diverses missions qui leur sont confiées.
Le but de ces accords de défense est de prévoir un engagement de la part des alliés de se porter mutuellement secours lorsquils sont en présence de difficultés. Cependant ces accords conclus entre la France et les Etats africains, au moment de lindépendance, sont évidemment très inégaux ; on voit mal le Tchad venir au secours de la France si celle-ci était attaquée. Lhistoire a cependant montré que les territoires africains ont participé, avant leur indépendance, à la défense de la métropole. Rappelons ici la libération de Strasbourg du Nazisme en 1945 par la colonne du Général Leclerc partie de Fort-Lamy (NDjaména).
Aujourdhui, la France obtient, en échange de son assistance militaire, des droits pour le stationnement de ses troupes et la liberté de transit sur le territoire des Etats alliés. Un fait curieux de certaines de ces conventions, mais il nest pas unique, cest la possibilité dintervention aussi bien pour assurer la sécurité interne quinternationale des Etats africains.
En résumé, la justification dune intervention militaire par la légitime défense, habituellement réservée à la protection du territoire de lEtat (compétence territoriale), semble bien fondée lorsquil sagit de la défense de forces françaises situées à létranger (compétence de service public), ou de ressortissants français (compétence personnelle). Toutefois, cette protection humanitaire, entrant en concurrence avec la compétence territoriale de lEtat sur le territoire duquel lintervention va se dérouler, le gouvernement français prend la précaution de laccompagner des termes tels que " consentement ", voire de " lappel ", du gouvernement " légitime " concerné.
Au Tchad comme partout ailleurs dans le pré-carré, les accords de défense et leurs clauses sécrètes ne servent quà défendre les intérêts des entreprises françaises et à garantir à vie les pouvoirs des potentats à la tête de nos Etats.
La volonté de la France de conclure un accord de défense avec Le Tchad, comme la souligné son Ministre de la défense Alain Richard (Le Monde du 3 décembre 1998 de Jacques Isnard), témoigne si besoin est, de lintérêt économique notamment pétrolier( les réserves de DOBA au Sud sont estimées à environ 1 milliard de barils) que le Tchad va représenter dans lavenir . En effet le Général Président Idriss Deby, grâce à lofficier de la DGSE Paul Fontbonne et de la logistique de lArmée France sest emparé du pouvoir le 1 décembre 1990. Ce coup dEtat militaro-pétrolier ELF, a permis ainsi lentrée de la compagnie pétrolière ELF avec 20 % des parts détenues par chevron (et qui reviendraient au Tchad après son départ du consortium).
Le consortium était à lorigine 100 % Anglo-saxon (Exxon-Shell-Chevron). Le syndrome de Fachoda business a été ainsi résolu. Le consortium comprend actuellement (Exxon 40%, Shell 40%, et Elf 20%).
Lhypocrisie et le mercantilisme de la France ont atteint leurs paroxysmes, lorsque dans les années 1978-1980, la presse internationale faisait état de loccupation de la bande dAouzou, territoire Tchadien denviron 115 000 Km2 par les troupes Libyennes. Alors pourquoi la France, de surcroît puissance colonisatrice na t-elle pas appliqué les accords de défense relatifs à cette agression extérieure afin de protéger lintégrité territoriale du Tchad ? Que faisaient alors ses militaires au Tchad ? Ce silence de lhexagone ne serait-il pas à mettre au compte de ses intérêts économiques ? La presse dalors parlait dun gros contrat darmement portant notamment sur la vente dune centaine de Mirages à larmée Libyenne.
En 1983, la France avait proclamé par la voix de son Président François Mitterrand la frontière du Tchad utile selon ses propres termes qui sétend du sud du pays jusquau 16ème parallèle au Nord, la fameuse ligne rouge dont les Libyens ne doivent pas franchir, sous peine de subir une riposte foudroyante de lopération Manta.
Ce comportement de la France démontre avec suffisance le mercantilisme politique lié à la défense des intérêts de la France. Un accord ne serait-il pas contracté entre la France et la Libye pour le partage des zones dinfluences ou de protectorats ?. Le Nord du 16ème parallèle arabophone est Libyen tandis que le Sud du 16ème francophone. Il n y a là quun pas que nombre de Tchadiens ont allègrement franchi.
Selon certains acteurs des guerres Tchadiennes dont un militaire français qui a travaillé pendant 10 ans au Tchad, les troupes françaises aideraient même parfois les deux camps protagonistes. Ce qui permettrait certainement de rétablir léquilibre de la terreur, de créer une insécurité endémique, une instabilité latente afin de justifier leur présence au Tchad.
Léquation : Bases militaires françaises en Afrique = Récolonisation + Insécurité
trouve toute sa dimension dans la tragédie que vivent les populations Africaines depuis 39 ans dindépendance avec les traitements dégradants et humiliants, les humiliations, les tortures, les crimes, et les massacres dont ils sont victimes de la part des dictateurs intronisés par la France et protégés par les accords de défense.
Dans une conférence de presse en 1978, à une question sur les raids aériens français sollicités par le gouvernement Mauritanien, contre les troupes du Polisario, le Président Giscard DEstaing répondit quil navait pas à apprécier la politique interne des gouvernements : " La France connaît des Etats, elle agit vis-à-vis dEtats, de gouvernements légitimes de ces Etats, comme elle le fait dans le reste du monde. Mais nous nallons pas gardé des souvenirs du passé le droit détablir je ne sais quelle classification, quelle cote de valeur, en ce qui concerne les dirigeants de lAfrique ". Quel cynisme que de qualifier ces gouvernements de légitimes qui en fait, sont nommés et imposés à nos peuples par la Foccartie, grâce aux interventions militaires françaises et aux pseudo-élections démocratiques (aux trucages institutionnalisés), sous le pilotage de la France-Afrique.
Les petites créatures de la Foccartie et dictateurs africains : Bongo, Idriss Deby, Ibrahim Maïnassara, Lansana Conte, Ould Taya, ont donc été démocratiquement élus respectivement Présidents du Gabon, du Tchad, du Niger, de la Guinée Conakry, de la Mauritanie.
Certains dentre eux comme le Président Bongo, sont au pouvoir depuis plus de trente ans. Cest intolérable !
La France du siècle de Lumière, de la Révolution Française, des Droits de lHomme, a aboli dans lhexagone la monarchie ; cependant hélas elle en a récrée dans le pré-carré des royaumes dont les souverains sont faits et défaits au gré de leurs capacités à garantir les intérêts des compagnies industrielles françaises, cest à dire brader les richesses nationales, mater toute velléité de révoltes des Masses Populaires, ériger les détournements des deniers publics, le népotisme, le clanisme, la torture, les traitements dégradants et humiliants, en système de gouvernement.
Le résultat de cette politique de soutien de la France aux dictateurs, a conduit à une paupérisation croissante des populations voire même à leur déshumanisation.
Nos peuples meurent de maladies, de famine, de malnutrition, les salaires ne sont pas payés depuis plusieurs mois, voire des années, les écoles, les dispensaires, et les hôpitaux ne fonctionnent plus, les rares infrastructures sont en ruine faute dentretien, paradoxalement le bien-être des dirigeants et leurs fortunes connaissent une croissance exponentielle !
Basta ! ça suffit ! Les Masses Populaires ont aussi droit à une existence humaine digne. Elles ont donc le droit de se larracher.
Au Zaïre, pour sauver le sanguinaire Mobutu, les gouvernements français ont organisé en 1978 une opération parachutiste sur Kolwezi contre linsurrection du Shaba, et en 1991, 1500 militaires furent expédiés pour mater la mutinerie de la base aérienne de Kinshasa .
A propos de laction des parachutistes français à Kolwezi, en 1978, le président de la République Française Valéry Giscard DEstaing a dit lors dune conférence de presse : " Lorsque nos éléments sont allés au Shaba, ils lont fait, bien entendu, à la demande et avec laccord du gouvernement intéressé. "
Le 20 septembre 1979, larmée française réussit un coup dEtat contre lempereur Bokassa 1er : elle installa lancien Président David Dacko.
Cette opération appelée opération barracuda permit dhumilier davantage les peuples Africains à travers ce grotesque personnage, Bokassa 1er, ancien soldat de la coloniale et pure petite créature de la Foccartie .
En Septembre 1981 un autre coup dEtat avec laide de larmée française renversa Dacko qui fut remplacé par le Général Kolingba. La France en profita alors pour renforcer sa présence militaire en 1992 . En 1996 et 1997 les troupes françaises basées en permanence en RCA ont participé à lécrasement de la mutinerie d'une partie de larmée et les soulèvements populaires.
Le sentiment anti-français atteignit son paroxysme au sein des Masses Populaires centrafricaines : la situation était intenable après lassassinat de quelques ressortissants français par la population, la France était contrainte alors de fermer ses bases militaires en RCA et de les rédeployer au Tchad du Général Président Idriss Deby, dictateur aux mains de fer qui garantit mieux les intérêts de limpérialisme Français et ce même au prix des exterminations des populations entières (massacres de Moundou en Octobre 1997, ceux de la région pétrolifère de DOBA au Sud depuis 1990, et enfin les massacres des régions du Ouaddaï à lEst et au Lac Tchad à lOuest sont devenus monnaie courante).
En 1986, au Togo, où le Dictateur Eyadema fut remis en selle, les parachutistes français intervenaient pour écraser les militaires mutins et autres soulèvements populaires.
Faut-il encore rappeler lintervention aux Comores en 1989 après lassassinat du Président Abdallah, ou la présence permanente à Djibouti dune force dintervention atteignant environ 4 000 soldats pour assurer la pérennité du régime néo-colonial en place ?
Enfin le dernier crime de limpérialisme français en Afrique et non le moindre est lintervention de larmée française au Rwanda. Limpérialisme français a prêté main forte pendant des années au Gouvernement criminel de Habyarimana, lui fournissant troupes et matériels, participant à lentraînement militaire des escadrons de la mort (les miliciens génocidaires interamwés). Un accord particulier dassistance militaire est signé le 18 Juillet 1975 à Kigali, sera renforcé le 25 Août 1992. Entre temps, un corps expéditionnaire Français intervient en 1990 contre le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui était sur le point de renverser le Dictateur Habyarimana et na cessé par la suite de participer aux côtés des forces gouvernementales Rwandaises (FAR) à la guerre civile contre le FPR jusquen 1993, puis en 1994 où les parachutistes français, grâce à lOpération Turquoise, avaient retardé la progression des forces du FPR .
LOpération Turquoise avait permis en réalité de reconstituer un sanctuaire pour sauver et réorganiser les Ex - Forces Armées Rwandaises (FAR), coupables de crime contre lhumanité (génocide d'environ 1 million de Rwandais ).
Non, la France nest pas responsable du génocide Rwandais . Cette conclusion du rapport de la mission dinformation parlementaire sur le Rwanda publiée en décembre 1998, et présidée par le Député Socialiste Paul Quiles, montre, si besoin, est du consensus actif entre les Partis politiques Français sur les accords de défense Franco-Africains. Nous resterons néanmoins sur notre faim malgré les preuves accablantes contenues dans ce rapport. En effet, les auteurs de ce crime contre lhumanité, protégés par certaines vénérables institutions, vivent en toute liberté dans les pays démocratiques des Droits de lhomme et continuent de narguer les survivants. Quel sadisme !
Ce sombre tableau non exhaustif des expéditions impérialistes punitives françaises en Afrique (dans cette partie appelée pudiquement pré-carré français), doit heurter la conscience de tous les Démocrates, de tous les Peuples épris de paix, de liberté et de justice sociale .
Ces interventions militaires françaises, ne servent ni les intérêts des Masses Populaires de ces pays, ni ceux de la majorité du Peuple Français, mais exclusivement ceux des groupes financiers et industriels français, qui contrôlent les richesses minières et les marchés africains : Le financement de la guerre au Congo-Brazzaville par ELF pour introniser le Général Sassou en est la dernière preuve. Les représentants de ces groupes financiers, en loccurrence les dirigeants dictatoriaux africains bénéficient également de quelques prébendes pour leurs forfaitures .
La réforme de larmée engagée en France et dont lobjectif est la mise sur pied dune armée professionnelle capable de projeter 60 000 hommes à lextérieur selon la propre expression du Président Chirac, augure pour nous Peuples Africains des lendemains encore plus terrifiants et meurtriers .
Il est évident quune telle armée de mercenaires coupée du peuple (et donc de linfluence des idées révolutionnaires dans le peuple), serait dressée et financée par les groupes industriels pour défendre uniquement leurs intérêts (exploitation des richesses minières en Afrique ) : ainsi ll'ordre colonial sera toujours rétabli et maintenu .
Dans cette subtilité de pérennisation de la domination néo-coloniale, certaines clauses des accords de défense permettent aux armées françaises et africaines dés'organiser périodiquement des manuvres conjointes communes (en 1995 le Sénégal a accueilli pour la septième fois ces exercices franco-sénégalais appelé Ndiambour, les derniers Guidimaka 98 viennent d'avoir lieu). Les mêmes exercices ont eu lieu au Gabon, au Togo, et à Djibouti .
Ces manuvres ont pour objectif, selon leurs promoteurs, de préparer les armées africaines au maintien de la paix en Afrique. Cependant hélas, les interventions de ces armées dans les opérations de maintien de la paix en Afrique, (opération Turquoise, les guerres menées par larmée sénégalaise en Casamance et en Guinée Bissao, lintervention des troupes Tchadiennes aux côtés du Général Sassou au Congo-Brazzaville ...), nous pousse au scepticisme.
En effet, la défense des intérêts des groupes industriels au détriment de ceux des Peuples Africains , est assurée par ces mêmes armées africaines qui participent à ces exercices militaires. La paix pour l'exploitation et le pillage des ressources naturelles par les multinationales est bien maintenue . Par contre celle de nos populations est inexistante: elles meurent sous les balles, des maladies, des tortures ...
Cest cet état de fait qui a été dénoncé par les associations françaises AGIR-ICI et SURVIE dans leur campagne intitulée insécurité à la base, sécurité au sommet, et lors du contre-sommet de Novembre 1998 à Paris.
Nous constatons que sur le dossier militaire, une sorte de complicité et daccord tacite sest établit entre les différentes forces politiques Françaises.
Alors comment expliquer ce modus vivendi sur les accords néo-coloniaux de défense entre la France et les Etats Africains? Pourquoi ce silence sur les interventions militaires françaises aux côtés des dictateurs africains pour massacrer nos paisibles paysans ?
Seuls les Verts de la majorité plurielle ont exprimé ces derniers temps leur opposition à cette politique militaire néo-coloniale.
Limpérialisme Français simpose par la force et ne compte pas quitter son pré-carré comme le témoigne les interventions militaires françaises au Tchad, en 1978, en 1983, en 1984 face aux forces Libyennes, et ce en labsence des accords de défense.
Au demeurant rappelons que les accords de défense conclu avec la Côte-dIvoire, le Gabon, le Sénégal, le Cameroun et Djibouti, autorisent la France dintervenir en cas dagression extérieure pour protéger lintégrité territoriale de ces Etats.
IV - Perspectives dune nouvelle cooperation franco-africaine
En conclusion, nous pensons que lunique élément, qui influencera véritablement la coopération Franco-Africaine, dans un sens positif d'une nouvelle politique africaine de la France, est la révision des accords de défense qui doit inclure les points suivants :
Retrait immédiat et sans conditions des troupes militaires françaises de toutes leurs bases dAfrique.
Ces fermetures des bases doivent être accompagnées de larrêt des ventes darmes et de toute intervention militaire en faveur des régimes dictatoriaux du pré-carré français.
Annulation totale des dettes liées à lachat des armes et ainsi que celles utilisées pour la formation des forces de répression. Cela nous semble logique, en effet demander aux Masses Populaires rescapées des massacres de payer les armes qui ont servi à les anéantir, cest faire preuve dun sadisme.
Nos pays ont plutôt besoin dune coopération saine dans les domaines de lagriculture, de lélevage, de léducation, de la santé, et des grands travaux dinfrastructures, au lieu des investissements dans ses armées supplétives des forces étrangères doccupation.
Au vu du nombre grandissant des interventions militaires françaises en Afrique, lordre intérieur ou la sécurité intérieure seraient instauré depuis les indépendances. Cependant, hélas, ce qui ne fut pas le cas. Son inefficacité et son anachronisme notoires sous tous les cieux et dans dautres circonstances sont triviaux .
Ces interventions, au contraire, créent des rancoeurs, exacerbent les conflits et frustrent les Masses Populaires qui voient ses légitimes aspirations et sa victoire qui lui sont confisquées.
Nous ne nous résignerons jamais et continuerons le combat jusquà la victoire finale.
Le Général De Gaulle, en 1966, avait exigé le retrait des troupes américaines de la France. En effet, toute base militaire étrangère dans un pays aliène sa souveraineté. Le constat de ce grand homme politique devrait inspirer ses successeurs et les dirigeants africains qui se réclament de Gaullistes.
Dans son récent ouvrage intitulé Les Blancs sen vont paru aux éditions Albin Michel en 1998, lancien Premier Ministre Gaulliste, Pierre Messmer, suggérait le retrait des troupes françaises dAfrique, et désapprouve le nombre dinterventions militaires sous la Présidence de Mitterrand, qui est supérieur à la somme des interventions de toutes les Présidences de droites réunies. Quelle macabre performance ! Cela déshonore la Gauche qui par principe de déontologie est pour la libération des peuples opprimés et contre leur exploitation.
Nous osons encore espérer que la Gauche plurielle qui a suscité tant despoir chez les Peuples Africains va se resaisir et rectifier cette politique néo-coloniale contraire à nos légitimes aspirations.
A défaut dêtre compris et de non assistance à peuple en danger de mort, les Masses Populaires doivent se défendre contre nos sanguinaires dictateurs par tous les moyens appropriés : en effet, il y va de leur survie.
LObservatoire Permanent de la Coopération Française (OPCF ) écrivait dans son rapport de 1997 à propos de la coopération militaire, la prophétie suivante : " Le réveil sera rude, au matin où se lèvera la démocratie dans lensemble des pays africains. La France finira aux orties avec les dépouilles des satrapes quelle a soutenus ".
Il faut de la volonté politique. Lheure nest plus aux expéditions militaires, punitives et impérialistes, le Peuple Africain comme celui de la France aspire à la démocratie et au bien être social . Il refuse quon lui impose la pensée unique et ses dirigeants.
La mondialisation impérialiste et capitaliste, une nouvelle arme de recolonisation de lAfrique
Djimadoum Ley-Ngardigal, Secrétaire Général de la Section France de lAction Tchadienne pour lUnité et le Socialisme (ACTUS) ; Contribution au 10ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 2001 ; Thème : La révolution socialiste mondiale dans les conditions de la globalisation impérialiste
Depuis la conclusion des négociations commerciales connues sous le nom d'Uruguay Round, le vocabulaire économique s'est enrichi d'un nouveau terme : mondialisation ou globalisation. Ce concept semble susciter un engouement certain chez les décideurs économiques, les politiciens, les professionnels de la communication et même les citoyens ordinaires.
Cependant, pour lAction Tchadienne pour lUnité et le Socialisme (ACTUS), la question fondamentale est la suivante à qui profite la mondialisation et pourquoi est-elle entretenue ?
L'Organisation mondiale du commerce a été instaurée au moment de la conclusion de l'Uruguay Round, le 15 décembre 1993, par un traité sur le commerce mondial, visant à ouvrir les marchés internationaux. Ce traité a été ratifié par 115 pays qui, depuis 1986, luttent en vue d'un consensus sur l'extension de l'Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce, le fameux GATT (General Agreement on Tariffs and Trade).
I - Eléments de définition de la mondialisation
La conception dominante de la mondialisation est principalement définie comme une interdépendance accrue des économies du monde, grâce notamment à la chute des barrières douanières, à la libéralisation et la déréglementation qui ont levé la plupart des entraves à la circulation des marchandises et des capitaux. En effet, les accords de l'Uruguay Round stipulent que les pays signataires s'engagent à baisser les barrières douanières et non douanières érigées entre eux afin de stimuler le commerce mondial et les investissements. Pour garantir le respect de ces accords, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) fut créée à la place du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), ou accord général sur les tarifs et le commerce.
Par delà la chute des barrières douanières, c'est surtout la vague de libéralisation et de déréglementation entreprise par nombre de pays en voie de développement pour attirer des capitaux, notamment des investissements directs, qui a contribué a accélérer l'interdépendance des économies du monde. En effet, les politiques de libéralisation et de déréglementation ont favorisé une plus grande circulation du capital à travers le monde, circulation facilitée par la révolution dans les technologies de la communication, notamment la révolution informatique.
En vérité, la mondialisation, c'est essentiellement le phénomène de financiarisation de l'économie mondiale, illustrée par le fabuleux v