LE plus long scandale de la République
"LE plus long scandale de la République"... Sous-titre figurant en couverture du livre de Francois-Xavier Verschave (1). De fait, la "Françafrique" est aussi ancienne que la Ve République, son émergence étant contemporaine de la vague des indépendances concédées au début des années soixante. Un nom a longtemps servi pour symboliser cette nouvelle forme dasservissement et de pillage des ex-colonies de lAfrique francophone, celui de Jacques Foccart. Décédé récemment, quelques semaines après la mort de lun de ses poulains favoris, le maréchal gangster zaïrois Mobutu.
"Foccart est au parfum", cette expression répétée à satiété par la presse lors de lassassinat du dirigeant de lopposition marocaine Mehdi Ben Barka (1965) pourrait être étendue à la politique africaine de la France. Quarante ans de mise à sac des ressources naturelles et géopolitiques de nations entières, de mises en place de régimes mercenaires, de corruptions multiples par le biais notamment dune pseudo "aide publique au développement".
Dun continent sub-saharien plongé dans la misère et la régression, il était et il demeure possible de tirer des profits fantastiques. Les armes importent peu : meurtres, manipulations, envois de mercenaires, interventions militaires directes, guerres provoquées ponctuent ces quatre décennies. Depuis, il y a eu encore lintervention des forces françaises "prépositionnées" pour sauver le régime chancelant du Centrafricain Ange-Félix Patasse...
Cette politique a néanmoins évolué dans le temps. Sous les septennats de De Gaulle et de Pompidou, ceux de la toute-puissance de Foccart, elle "fonctionnait" avec une redoutable logique, celle du maintien envers et contre tout de la tutelle économique et politique exercée par lancienne capitale coloniale. Par la suite, les réseaux se sont diversifiés tandis que se multipliaient ce quil faut bien appeler des officines mafieuses.
Lespace dun scandale plus marqué que les autres, le couvercle de la marmite sentrebâille. Le temps de confidences aux allures de chantage implicite. Quelque peu inquiété par la justice, lex-PDG Loïc Le Floch-Prigent a ainsi confirmé que le président Paul Biya na pu prendre le pouvoir au Cameroun "quavec le soutien dELF".
La Françafrique a un besoin vital de lopacité et du silence. De ce point de vue, le livre de François-Xavier Verschave revêt une importance double. Comme ouvrage dinvestigation et de salubrité politique. JEAN CHATAIN.
(1) Publié aux Editions Stock. 384 pages.