Un symbole de l’unité ivoirienne et un grand espoir de paix posé sur les bords de l’Oise.

Publié le par Bailly-Grandvaux

Un symbole de l’unité ivoirienne et un grand espoir de paix posé sur les bords de l’Oise.

 

A l’initiative du Parti Communiste Français, section de l’Oise, un débat inédit sur la Côte d’Ivoire a rassemblé les principaux représentants des partis politiques Ivoiriens en France. Etait représenté le PDCI, le FPI, le RDR, l’UDPCI et le Mouvement des Citoyens réuni autour de la même table avec comme animateur Christophe Sandlar, pour enterrer la hache de guerre et exprimer la volonté de construire une Côte d’Ivoire en paix, sans les rancœurs qui ont miné la bonne entente et provoqué la grave crise qu’elle connaît depuis décembre 1999, amplifiée par la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Les Ivoiriens sont fatigués et ils aspirent à retrouver la paix et la prospérité ensemble. Fort des expériences douloureuses de ces dernières années, dont les causes sembles futiles au regards des conséquences qu’elles ont engendrées, les représentants de la classe politique Ivoirienne ont accepté de se retrouver et de mettre un terme aux querelles qui les divisaient. Ils ont reconnus qu’il existait plus de choses qui les unissaient que celles qui les opposaient. Fort de ce constat, ils se sont promis de prolonger cette rencontre et de travailler ensemble au maintient de la cohésion entre Ivoiriens. En espérant que ce 04 juin 2006 soit l’amorce du dialogue nécessaire dans l’optique d’aplanir les différents et faire taire définitivement les armes, on ne peut qu’émettre le vœux que cela soit suivi d’actes concrets et que cette poignée de main, symbole fort de l’unité, se reproduise cette foi dans le même état d’esprit sur les bords de la lagune Ebrié par les leaders politiques Ivoiriens.

 


 


 


 


 

Les participants

Conférence-débat organisée par le Parti Communiste de l'Oise avec les représentants des partis politiques ivoiriens en France. Etaient sur la table de séance :

FPI : Brigitte Kuyo

PDCI : Célestin Joel Tchétché

 UDPCI : Marcel Youpeh

RDR : Vincent Gnizako

Mouvement des Citoyens : Laurent Kessé

Parti Communiste Français : Christophe Sandlar.

Les mouvements suivants ont fait des contributions

Collectif des Ivoiriens de France pour la Démocratie et les Droits Humains : Oumou Kouyaté

ASAPSU Auto Promotion Sanitaire Urbain : Solange Koné

1 ivoirien : Kouamé Kouakou Ok

Mouvement des Jeunes Socialistes Ivoiriens : Vincent Napla

Mouvement Européen de Défense de la Démocratie en Afrique (MEDDA) : Christian Bailly-Grandvaux

 

Les propositions du PCF

Christophe Sandlar

Membre du Groupe d'analyse et de réflexion internationale du PCF

Animateur du Collectif Afrique du PCF 75

 

Analyse et propositions

 

La Côte d’Ivoire souffre depuis la fin des années 1980 des politiques d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale, du poids de la dette, de l’effondrement des cours des matières premières et d’un débat politique intérieur d’autant plus délétère que la situation économique et sociale se détériore. C’est dans ce contexte qu’interviennent les différentes tentatives de coups d’Etat depuis le putsch du 24 décembre 1999 qui mit au pouvoir le général Guëi. La tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002, contre un pouvoir élu dans des conditions difficiles, auquel gouvernement participaient des représentants de tous les grands partis politiques présents au Parlement ou pas, a engendré un état de guerre civile larvé.

 

Parmi les conséquences de cette crise qui s’installe figurent une division de fait du pays en deux zones, des milliers de morts, de blessés, des millions de déplacés et de réfugiés, des viols, des tortures. L’économie légale est de plus en plus parasitée par des circuits parallèles et de contrebande.

 

Aujourd’hui la Côte d’Ivoire est, selon le PNUD, parmi les pays les plus mal placés en terme de développement humain. Du fait de l’appauvrissement des populations, d’absence de politique d’accompagnement social, de la très faible proportion de titres de propriété légaux et des relations très complexes et fragiles d’interdépendance entre les “ maîtres ” des terres et ceux qui les travaillent, les campagnes constituent un terrain propice pour de multiples conflits violents et même parfois meurtriers entre autochtones et allogènes ivoiriens ou étrangers voire entre membres d’une même famille. Ces conflits peuvent être à leur tour être facilement instrumentalisés par les partisans de la politique du pire.

 

La libre circulation de l’information sur l’ensemble du territoire national n’est pas assurée. Les émissions de radios internationales ont été brouillées à Abidjan aux temps forts de la crise et celles de la RTI sont systématiquement empêchées de diffusion en zone rebelle. Certains journaux ont vu leurs sièges incendiés et saccagés à Abidjan et d’autres se voient systématiquement empêchés de diffusion dans le nord du pays. Par ailleurs, des journalistes ont été tués, blessés, pris en otage ou ont disparu.

 

Par la présence de ses troupes sur place – la plus grande intervention militaire française de ces 20 dernières années – la France est au cœur de ce conflit qui déchire la Côte d’Ivoire. Les milliers de ses ressortissants présents, souvent parfaitement intégrés et participant au tissu économique en Côte d’Ivoire, ont subi et subissent les contrecoups de cette crise tout comme d'autres ressortissants étrangers de la sous-région avec plus de violences encore et même et surtout des Ivoiriens.

 

L’image de la France s’est ternie considérablement depuis que ses troupes ont en novembre dernier tué et blessé des manifestants civils suite au bombardement d'un camp militaire français par un avion de chasse ivoirien et la destruction de l'ensemble de la flottille de guerre ivoirienne par la France. Du fait de ces événements tragiques, du passé colonial de la France et du véritable retour en force des multinationales, françaises notamment, dans l’économie ivoirienne -  conséquence directe de la privatisation de nombreuses sociétés d’Etat - la présence française est vécue de plus en plus par une part croissante de populations comme celle d’une puissance néocoloniale défendant exclusivement ses intérêts économiques. Au fil du temps il paraissait de plus en plus difficile qu’elle puisse être un facilitateur de paix. La conséquence en sera l’implication plus forte d'autres Etats, africains notamment, comme l'Afrique du Sud et le Nigéria. Par ailleurs d’autres puissances que la France comme les Etats-Unis et la Chine notamment s'intéressent de près à ce pays et à ses richesses. Je vous rappelle que le PCF a demandé une commission d'enquête et une mission d'information au sujet des évènements de 2004 que la droite a refusée.

 

Le temps est trop court pour discuter sérieusement au-delà d'un certain nombre de constats que je viens de faire des véritables raisons de cette grave crise dont le peuple ivoirien et les autres peuples de la sous-région souffrent. Chacun des protagonistes que nous venons d'écouter a son opinion sur la question, mais je pense qu'en tant que représentant du collectif international du PCF je me dois d'énoncer quelques souhaits et pistes de réflexion pour avancer vers une paix durable qui passe par le désarmement, les élections et l'identification. Parmi ces souhaits figurent la mise en œuvre des engagements internationaux pris à Marcoussis et Accra notamment dans le respect à la fois de la légalité internationale et des institutions ivoiriennes et ce dans un esprit de paix, de réconciliation et d'apaisement aussi bien de la part des autorités ivoiriennes que des institutions internationales et de la France. La mission de la présence militaire française en Côte d’Ivoire et de toutes les troupes de l’ONUCI doit se faire dans le sens du respect de l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire et du retour de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire, avec pour objectif un retrait de la force Licorne et de toutes les autres forces étrangères et non pas l'instauration d'un nouveau protectorat international ou une éternisation de la division du pays.

 

Mais une paix durable ne peut être obtenue par le seul retour d'une légalité formelle. Il serait indispensable de mettre en oeuvre pour tous une politique d’école publique gratuite pour tous, entamée en 2001 avec la gratuité des fournitures scolaires, ainsi qu’une plus grande intégration dans la nationalité et la citoyenneté des populations actuellement étrangères mais résidant de longue date en Côte d’Ivoire, si elles le souhaitent.

 

Parmi les pistes d'une paix durable figure également l'application réelle de la loi votée à l’unanimité en 2001 instaurant une Assurance maladie universelle et dont les sources de financement pourraient être les salaires et les revenus agricoles mais aussi les retenues sur les ventes des matières premières, les cultures d’exportation et les revenus du capital financier.

 

Il est à mon sens aussi nécessaire que l’Etat et le peuple ivoirien aient une maîtrise démocratique des richesses de son sous sol et qu'une partie des revenus engendrés par la vente des gisements de pétrole et de gaz abondent un fonds de développement et d'entretien des infrastructures nécessaires au pays.

 

Dans le même esprit et en vue d’éviter en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays de la sous région des coups d’Etat il s’agirait, à tout le moins, que tous les Etats du Conseil de l’Entente s’engagent solennellement de ne pas servir de base arrière ou d’entraînement à tout groupe voulant renverser le pouvoir d’un autre pays par la force et que les accords de défense avec la France soient renégociés dans le sens d’un respect de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et des choix politiques de son peuple.

 

 

Je pense aussi que les différents protagonistes se doivent de mettre fin à toute dérive ethniciste en respectant l’esprit et la lettre de la “ Charte pour l’harmonie inter-ethnique ” signé en mars 1999 par tous les grands partis politiques à part l'UDPCI qui à l'époque n'existait pas. Il serait souhaitable que toute dérive tribaliste, ethniciste, xénophobe et sécessionniste venant en particulier de personnalités publiques ou de journalistes, subisse les sanctions prévues par la législation en vigueur.

 

Je pense enfin qu'il s'agirait d'assurer et garantir la libre circulation de l’information et la pluralité des opinions, fondement de la démocratie en mettant en place notamment un mécanisme de sécurisation et de protection de l’ensemble des entreprises de presse comme le demandent les organisations de journalistes ivoiriens. De réelles poursuites de ceux qui y portent atteinte doivent être mises en oeuvre par les services juridiques et policiers compétents et des décisions doivent être prises en faveur de la diffusion des programmes de la Radio télévision ivoirienne (RTI) sur tout le territoire national.

 

Pour aider au financement et à la réalisation de toutes ces mesures  et en plus d’une aide d’urgence massive adaptée il est indispensable d'annuler la dette de ce pays et que la France contribue à mettre en œuvre un plan de reconstruction européen de la Côte d’Ivoire nécessaire au redémarrage de l’économie. Les conditions doivent être créées pour que les services publics essentiels pour les populations soient rétablis et que des instruments de régulation permettant aux populations rurales d’avoir un minimum de revenus.

 

La conclusion du débat

Christophe Sandlar

Membre du Groupe d'analyse et de réflexion internationale du PCF

Animateur du Collectif Afrique du PCF 75

 

Conclusion

 

Retrouver la paix et le développement est la plus grande urgence pour le peuple ivoirien, avec le besoin d’une vie authentiquement démocratique aux plans national et local. L’exercice des responsabilités ne peut être que le produit de la volonté du peuple et non pas celui des armes et de la violence.

 

Il faut des mesures d’urgence pour la paix et mettre en perspective des mesures sociales dont certaines connaissaient un début d’application avant la tentative de coup d’Etat de septembre 2002.

 

C'est urgent parce que le tribalisme, l’ethnicisme et la xénophobie peuvent triompher partout là où la mobilisation citoyenne a échoué. Et la mobilisation citoyenne échoue partout où le substrat socio-économique censé lui correspondre, se révèle trop faible et trop mal réparti pour apparaître comme l'outil privilégié d'un devenir collectif prometteur.

 

C'est pourquoi il est aussi urgent de multiplier des missions de médiation pourvus de moyens sociaux et économiques suffisants pour ne pas laisser dégénérer des situations conflictuelles en milieu rural notamment et soulager les souffrances des populations paysannes. Une politique de logement social tant en milieu rural qu’en milieu urbain adapté aux besoins est aussi nécessaire. Des moyens considérables sont indispensables pour cela et la France ne peut se soustraire éternellement à être partie prenante en Côte d'Ivoire comme ailleurs d'une politique de coopérations mutuellement avantageuses.

 

Mais je pense aussi qu'il est indispensable de faire la lumière sur les événements de novembre qui se sont soldés par des dizaines de morts ivoiriens et dans lesquels la France s’est directement et gravement impliqué et plus généralement sur toutes les implications privées et étatiques dans le déroulement de cette crise tant internes qu’externes. Ce n’est qu’en révélant les responsabilités de chacun dans la crise que l’on reconstruira une amitié durable entre les peuples qui ne peut reposer sur les mensonges d’Etat.

 

Photos et texte d’introduction du MEDDA

 

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Publié dans medda

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T
C'est une belle initiative du PCF d'organiser de telles rencontres. Esperons que les volontés pour un reglement pacifique de la crise soient effectives sur le terrain. A cinq mois de la fin du mandat de Banny, les avancées, certes, significatives, sont très insufisantes. wait and see !!!
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