Faut-il stériliser Pascal Sevran ?

Publié le par Denis Dambré

Faut-il stériliser Pascal Sevran ? par Denis Dambré 

Article sur Afrikara.com
19/12/2006

Je n’avais pas jugé utile de réagir aux propos de Pascal Sevran sur les Noirs dans son ouvrage Le privilège des jonquilles. Pas de temps à perdre. Et pas envie de contribuer à l’augmentation des ventes d’un livre peu utile. Au demeurant, je considérais que les réactions d’autres personnes suffiraient à faire comprendre à l’auteur que son niveau de réflexion sur les problèmes du monde accuse une chute vertigineuse à mesure que son portefeuille s’enfle grâce à la redevance. Eh oui, il arrive chez certains que trop d’argent tue la pensée. Mais les récents événements m’incitent à prendre la parole. Auparavant, n’ayons pas peur de la vulgarité ! Oyez, braves gens, les propos de l’animateur préféré de ma grand-mère : « La bite des noirs est responsable de la famine en Afrique ». Et sans doute pour relancer la vente, il a cru bon de confirmer ces derniers jours dans Var matin : « Et alors ? C’est la vérité ! L’Afrique crève de tous les enfants qui naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète ! ».

 

Voilà. Tout est dit. Les démographes qui s’échinent dans leurs laboratoires peuvent aller se reposer. Les économistes aussi. Car un animateur de télévision a trouvé la réponse aux questions qui les tracassent. Il suffit de stériliser ces Noirs enclins à la prodigalité en matière séminale pour enrayer la famine en Afrique. Point de négrillons, point de famine. Comme si les habitants de la planète avaient partout la même histoire, la même formation, la même appréhension des problèmes démographiques. Comme si l’information sur la contraception circulait partout de la même manière. Comme si les pays riches avaient de tout temps roulé sur l’or. Comme si aucun des ancêtres Jouhaud – c’est le vrai nom de famille de Pascal Sevran ! – n’avait mis au monde moult descendances. Empathie ? « connais pas ! » répond M. Sevran. Tenez, pourquoi donc n’a-t-on pas stérilisé ses ancêtres ? Je n’en serais pas à répondre à des inepties pareilles. Et mon portefeuille anorexique à cause de la redevance s’en serait mieux porté.

 

Mais je les entends, les défenseurs de l’eugénisme à la Sevran  ! Comme lui, ils n’ont lu sur l’Afrique que Tintin au Congo. Mais ils se fendent d’un : « Mais il a raison ! Les Noirs font beaucoup d’enfants pour ensuite nous demander de les aider à les nourrir ! ». A tous ceux-là, je conseille au terme de cet article une petite bibliographie qui les aidera à mieux comprendre le monde. Pas des ouvrages écrits par des Noirs. Ce serait suspect. Des livres écrits par de bons Européens blancs qui ont cherché à comprendre les raisons de la pauvreté en Afrique et n’en sont pas revenus. Ils y découvriront que l’Afrique regorge de richesses qui ne profitent qu’à une poignée de dirigeants et d’entreprises étrangères protégés par des militaires stationnés ici ou là. Ils comprendront que les enfants d’Afrique ne naissent ni ne meurent d’un excès de lubricité de leurs géniteurs. Ils doivent leurs souffrances et leur mort précoce à un système politique et économique qui étend ses racines sur la planète et favorise une minorité – dont Pascal Sevran fait partie – au détriment de la majorité des terriens. De ce système, M. Sevran ne peut parler puisqu’il l’ignore ou feint de l’ignorer. Le plus écœurant est que ses propos immondes rappellent une idéologie des années 1930 dont il aurait lui-même été la victime s’il avait eu le malheur de voir le jour plus tôt et de vivre en Allemagne durant ces années-là.

 

Dans ses Médiations poétiques datées de 1820, le poète Alphonse de Lamartine énonce un principe qui reste d’actualité si nous ne voulons pas que l’humanité bascule dans la barbarie : « Le bonheur du faible est la gloire du fort ». Pascal Sevran s’est déshonoré en s’en prenant de la sorte à des personnes en situation de fragilité. Mais qu’il se rassure ! Je ne serai pas de ceux qui prennent prétexte de ses propos pour s’adonner à l’homophobie ou suggérer qu’on lui coupe les attributs. Car toute discrimination est à mes yeux honteuse. Monsieur Sevran, vos attributs sont saufs ! Je n’accepterai jamais qu’on vous stérilise.              

 

 

 

 

Bibliographie non exhaustive pour ceux qui souhaitent savoir avant de parler :

 

Xavier HAREL, Afrique : pillage à huis clos (Comment une poignée d’initiés siphonne le pétrole africain), Fayard, novembre 2006, 281 pages

 

François-Xavier VERSCHAVE, La Françafrique  : le plus long scandale de la République , Stock, 1998, 380 pages

 

François-Xavier VERSCHAVE, Noir silence : Qui arrêtera la Françafrique  ?, Les arènes, 2000, 597 pages       

 

François-Xavier VERSCHAVE, Laurent BECCARIA, Noir procès : Offense à chefs d’Etat, Les arènes, 2001, 382 pages

 

Jean ZIEGLER, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Fayard, 2002, 364 pages

 

 

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