Déclaration Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

Abidjan le 7 mars 2005

DECLARATION DU COMITE CENTRAL

SUR LES EVENEMENTS EN COURS A L’OUEST DU PAYS.

 

Depuis la nuit du dimanche 27 au lundi 28 février 2005, toutes les informations en provenance de la ligne de front indiquent que les hostilités ont repris dans la ville de Logoualé entre la rébellion et des miliciens du pouvoir FPI. Ces informations émanent de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), des forces françaises Licorne, des responsables des forces rebelles. Les officiels (présidence de la république, gouvernement) n’ont ni infirmé ni confirmé ces informations. Les responsables de Forces Armées Nationales (FANCI) ont, pour leur part, reconnu la réalité des affrontements tout en s’empressant de dégager leurs responsabilités. Ces attaques sont revendiquées par le Mouvement Ivoirien de Libération de l’Ouest de la Côte d’Ivoire (MILOCI), dirigé par un certain pasteur GAMMI. La presse dans son ensemble s’est fait l’écho de l’information. La presse proche du pouvoir donne le sentiment d’avoir été informée de toutes les étapes de la préparation de l’attaque considérée par elle comme un soulèvement populaire contre la rébellion.

Le jeudi 3 mars 2005, les jeunes miliciens faits prisonniers lors de ces affrontements, 87 au total, ont été remis aux autorités ivoiriennes par les responsables de l’ONU pour que ces éléments soient jugés par les tribunaux ivoiriens compétents. Aux dernières nouvelles, ces éléments auraient été triomphalement reçus puis aussitôt libérés.

Selon le rapport de l’ONUCI, les 87 miliciens sont tous partis soit d’Abidjan, soit de Guiglo, c’est-à-dire que s’il y a eu " soulèvement populaire ", les paysans de Logoualé ne se sont pas sentis concernés et n’y ont pas pris part.

Nous apprenons également qu’à quelques kilomètres au sud de Logoualé, dans le village de Fengolo, des affrontements entre communautés Baoulé (allogènes) et Guéré (originaires de la région) ont éclaté le jeudi 3 mars comme une conséquence de l’attaque manquée de Logoualé et après la découverte de 5 corps de personnes ivoiriennes non originaires de la région. La mort de ces personnes est attribuée aux miliciens qui ont pu s’échapper de Logoualé. Il n’est pas à exclure que d’autres morts soient déplorés dans les jours à avenir dans ce conflit visiblement interethnique sur fond de litiges fonciers.

Nous venons ainsi d’assister à un rebondissement de la guerre réactionnaire entretenue par la bourgeoisie et surtout par les tenants du pouvoir qui comptent sur les conflits de terres, les conflits intercommunautaires pour se maintenir au pouvoir. C’est une violation du cessez le feu que les forces dites impartiales pratiquant la politique de l’autruche n’osent pas dénoncer comme elles auraient dû le faire conformément à leur mission. Cette tentative s’inscrit pourtant dans un plan de reprise de la guerre réactionnaire sur tous les fronts.

Les peuples de Côte d’Ivoire ont tout intérêt à maintenir leur vigilance face au danger de reprise généralisée de la guerre réactionnaire, à ne pas compter sur les forces " d’interposition " mais sur leur engagement pour imposer la fin de la guerre. Il est d’ailleurs heureux de constater que la grande majorité des Ivoiriens et des observateurs ne se sont pas laissés tromper par le coup de Logoualé.

Rappelons que cette région de l’ouest fait partie des zones où les conflits non résolus autour des questions de la terre sont nombreux. Ces conflits ont, avec le temps, pris le caractère d’oppositions entre ethnies, entre communautés. Des affrontements meurtriers avaient eu lieu dans cette zone en 1995, 1998 et spécialement à Fengolo. Le régime de Bédié n’avait posé aucune base de résolution de ces conflits, bien au contraire, il avait contribué à les exacerber en tenant des propos vexatoires pour les populations autochtones qui depuis toujours veulent récupérer les plantations qu’elles considèrent comme " illégalement " créées sur leurs terres.

C’est d’ailleurs l’une des raisons profondes de l’adhésion d’un nombre important de Guéré au FPI qui leur a promis de restituer leurs terres. Mais depuis l’arrivée du FPI au pouvoir, il n’a entrepris aucune action pour résoudre cette épineuse question par des réformes audacieuses. Il se contente de l’utiliser comme un moyen de pousser à la révolte sporadique une partie des populations qu’il compte ainsi maintenir dans son sillage en lui faisant miroiter la possibilité de récupérer les terres par l’action armée. Mais le FPI ne peut étaler à visage découvert cette politique essentiellement tribaliste. Sinon, il aura à choisir entre les Guéré, les Baoulé et les Dioula, les principales tribus ivoiriennes impliquées dans ces conflits. D’où les subterfuges consistant à simuler des " soulèvements populaires ", des " guerres de libération ".

L’utilisation démagogique et politicienne qui est actuellement faite des questions de la terre par les tenants du pouvoir n’est conforme aux intérêts ni des " autochtones ", ni des " allogènes ". Il est absolument fallacieux de prôner une " guerre de libération " de paysans parcellaires ivoiriens contre d’autres paysans parcellaires ivoiriens et étrangers.

S’il y avait réellement soulèvement populaire contre la rébellion, cela aurait dû être fait pour des problèmes politiques au-dessus des clivages ethniques. Or ce ne semble pas être le cas, puisque les affrontements et tueries à Fengolo liés à l’attaque à Logoualé ont un caractère ouvertement ethnique. En effet, Fengolo n’est pas dans une zone tenue par les rebelles pour permettre de parler de " soulèvement populaire " contre la rébellion.

Suite à tous ces événements déplorables, le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire tient à réitérer sa conviction selon laquelle les questions de la propriété et de l’utilisation des terres constituent un vrai problème dans le monde paysan ivoirien, en particulier dans les régions ouest et centre ouest de notre pays. Ce problème doit être traité avec responsabilité. Sa juste solution ne peut être trouvée dans des prétendues guerres de libération qui opposent des petits paysans entre eux, sous l’arbitrage des armées étrangères. Ce qui se passe à l’ouest doit montrer aux peuples qui y sont impliqués ou que des politiciens réactionnaires veulent impliquer et à tous les peuples de Côte d’Ivoire, que de tels affrontements fratricides n’apporteront pas la solution qu’ils souhaitent aux problèmes qu’ils vivent.

La vraie lutte de libération qui permettra de résoudre les problèmes de démocratie dont ceux de la terre exige l’entente et l’unité des peuples de Côte d’Ivoire, la fin de la guerre réactionnaire en cours à travers le respect des accords politiques inter ivoiriens. Elle requiert l’adoption de lois modernes à même de sécuriser le monde paysan. C’est à ces conditions que l’impérialisme français sera battu ainsi que ses complices, fauteurs de guerre et que les citoyens ivoiriens et les étrangers pourront vivre en paix dans une république démocratique moderne.

Fait à Abidjan, le 7 mars 2005.

Pour le Comité Central.

Le Secrétariat Général

 

 

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Publié dans Messages divers

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