contribution épistolaire de Doumbia Major

Publié le par Doumbia Major

POURQUOI LES PAYS DE LA CEDEAO ET LA FRANCE NE PEUVENT ËTRE MEDIATEURS DANS LA CRISE INTER-IVOIRIENNE

 

 
Pourquoi les pays de la CEDEAO ne peuvent pas faire la médiation dans la crise ivoirienne ?

Lettre aux ivoiriens

Chers compatriotes, Dans un conflit, un médiateur par définition est quelqu'un qui se retrouve au milieu et sert d'intermédiaire pour concilier les parties antagonistes.
Pour juger en toute objectivité, le médiateur ne doit pas avoir d'intérêts personnels ou de profit à tirer de l'une des issues du jugement qu'il doit rendre.
C'est le non respect de cette condition indispensable et qui garantie l'impartialité de toute médiation qui, a servi d'argument rationnel à l'opposition ivoirienne pour récuser le médiateur sud africain.
Même si certains avancent que ce sont des allégations mensongères tendant à discréditer Mr Mbéki, le simple fait d'avoir avancé que le médiateur entretien des rapports commerciaux avec le président Gbagbo avait pour optique et suffisait pour déstabiliser sa posture d'homme neutre.
Après ces polémiques et ces récusations de Mr Mbéki, l'on se demande qui peut bien conduire une médiation neutre entre les belligérants du conflit ivoirien?
Les pays de la CEDEAO et la France peuvent-ils se prononcer en toute neutralité sur la crise que traverse notre pays?
Pour répondre à cette question par l'affirmative il faut que ces pays n'aient aucun intérêt à défendre en côte d'ivoire et qu'ils ne tirent aucun profit d'une des issues de la médiation.
Ce questionnement nous amène à nous interroger sur les intérêts en jeu et les causes du conflit militaro-politique que subit le pays depuis septembre 2002.
C'est ce à quoi nous tenterons de répondre pour finalement situer les uns et les autres sur la capacité des pays de la CEDEAO et de la France à pouvoir tenir une position objective dans la crise ivoirienne.
J'avais déjà essayé de répondre à cette question dans la revue française de géopolitique "Outre terre", toutefois pour le grand public je me prêterai à nouveau à cet exercice.
suivez mon regard:
En Cote d'ivoire, nous sommes confrontés à une rébellion au centre d'intérêts multiformes dont la non satisfaction a entraîné des problèmes
Parmi les problèmes on peut citer:
1 -L'ivoirité de Bédié qui a entraîné la haine entre ivoiriens et la xénophobie (c'était une stratégie de conservation du pouvoir que Bédié à mis en place pour manipuler les populations, afin de marginaliser politiquement un adversaire et détourner la fronde sociale)
2- la croyance chez certains ivoiriens et chez certains étrangers que le président Gbagbo ne s'était pas démarqué de la politique ethniciste initiée comme stratégie de diversion, de conquête et de conservation de pouvoir par Bédié .
3- La peur de certains pays de la CEDEAO de subir le rapatriement massif de leurs nombreux ressortissants en côte d'ivoire, du fait au discours dominant qui est anti-étrangers. Surtout que ces ressortissants sont accusés à tord ou à raison de soutenir un candidat présenté comme non ivoirien. (Les pays qui ont leurs ressortissants massivement présent en Côte d'ivoire sont : Sénégal, Niger, mali, Burkina, Guinée, Nigeria etc.) . Ces pays courent le risque de voir débarquer des millions de ressortissants installés en Côte d'ivoire depuis la période coloniale pour certains. Des ivoiriens, descendants de ressortissants de pays de la CEDEAO sont également menacés par ce discours . Ce flux inattendu fait courir à ces pays un risque de chamboulement économique, politique et social car, ces réfugiés potentiels ne sont pas prévus dans les budgets et les planifications de politique intérieur.
4-La France, puissance coloniale a quant à elle des intérêts économiques immenses en Cote d'ivoire : Ces intérêts sont remis en cause par le discours gauchiste et nationaliste du régime.
*La codification de l'ivoirité (idéologie ultranationaliste) par Bédié à travers le code foncier que Gbagbo ne remet pas en cause, va diviser les ivoiriens et faire croire aux étrangers qu'ils courent un risque d'expropriation en Côte d'ivoire (le président wade à affirmer qu'un étranger africain se sent mieux en France qu'en Cote d'ivoire).
La cause de cette haine contre les populations étrangères étant attribuée à la référence à l'ethnicité dans le discours, certains pays de la CEDEAO à travers leurs dirigeants se voient contraint de soutenir ceux qui prétendent donner des gages pour mettre un terme à la persécution des étrangers de la CEDEAO en Côte d'Ivoire.
Il y va pour ces dirigeants de pays de la CEDEAO, d'un devoir de protection de leurs ressortissants à l'étranger et de la protection de l'équilibre interne de leurs pays qui, ne peut pas faire face à des flux imprévus de plusieurs millions d'habitants.
Par ailleurs, sans être sinistre, la persistance de la crise ivoirienne arrange économiquement certains pays de la CEDEAO qui ont vu leurs ports devenir des destinations nouvelles.
La France quant à elle, défend plutôt ses intérêts économiques mis à mal par un président nationaliste qui se démarque des relations privilégiées qui liaient la Cote d'ivoire et la France.Le président Gbagbo veut contourner les procédures traditionnelles de passation de marchés publics entre la France et la Côte d'ivoire.
C'est une classe politique nouvelles qui, en plus de l'indépendance politique revendique une indépendance économique.
Ceci n'est pas forcément du goût des intérêts français qui, souhaitent que les choses restent en l'état.
La France se maintient dès lors dans une position équilibriste qui tout en ne chassant pas Gbagbo du pouvoir, fera pression pour emmener ce président "gauchiste" à céder sur les questions d'intérêt économique pour la France.
Si cela n'est pas fait elle soutiendra ceux qui lui donneront des garanties concernant la défense des intérêts économique Français.
L'impérialisme Français est vivace et sévit en Côte d'ivoire sous l'argument fallacieux d'action humanitaire.
S'appuyant sur la division interne, la France, mène une guerre pour garder la Côte d'ivoire sous son contrôle économique.
La preuve en est que les soldats français en Côte d'ivoire, sont supposés être placés sous mandat de l'ONU mais, ils reçoivent leurs ordres de l'Elysée.
Cette peinture que nous venons de faire des intérêts en jeu dans la crise ivoirienne, montre que certains pays sont mal placés pour avoir un regard neutre sur le conflit ivoirien, dans la mesure où leurs intérêts nationaux sont en jeu.
Il en découle que ces pays ne peuvent pas avoir la distance nécessaire pour jouer le rôle de médiation.
C'est également le cas d'un président comme Omar Bongo qui, traité de zozo par Gbagbo, ne peut pas avoir une neutralité affective suffisante pour faire une médiation en toute objectivité.
Considérant cette situation et ces enjeux, pour éviter toute présomption, les pays de l'Afrique de l'ouest doivent se tenir en dehors de la médiation de la crise ivoirienne.
L'Union Africaine( UA) doit se saisir de ce dossier et le confier à une personne de carrure qui est loin de la question ivoirienne et qui doit conduire la médiation ou s'adjoindre au médiateur actuel. Ceci est nécessaire pour équilibrer les choses et éviter la fébrilité et les suspicions des uns et des autres. Nous proposons à monsieur le président Konaré à cet effet de designer comme médiateur l'ancien Président Kenneth Kaunda qui en a la carrure, en appui au médiateur actuel.
Mais, il faut pas perdre en vue le fait que, c'est avant tout à notre peuple de trouver en lui les ressources pour se réconcilier avec lui même et aller à la paix. Personne ne fera notre bonheur à notre place. Quelque soit le médiateur qu'on choisira, quelque soit le nombre d'accords qui seront signés, nul ne pourra nous imposer la paix si nous la refusons ou si certains groupes, pour la défense de leurs intérêts particuliers s'y opposent.
Au moment où tout le peuple aspire à la paix social, certains individus qui ne tirent leur légitimité d'aucun suffrage, se sont arrogés le droit de proférer des menaces et de parler de violence en son nom.
L'adoption de certaines lois permet aujourd'hui le désamorçage de l'aspect interne du conflit. Il faut consolider ses acquis et redonner confiance à tous en arrêtant de jouer aux pyromanes.
Le peuple n'a pas besoin de guerre et d'instabilité, le peuple a besoin de paix.
Nul ne dispose du monopole de la violence et quiconque crée un cadre d'illégitimité par l'usage de la force, n'est pas lui-même à l'abri de violence à son encontre. Car, il est légitime d'user d'actes illégitimes pour combattre tous ceux qui s'imposent à nous par la force.
La loi du plus fort conduisant inexorablement à l'anarchie et au chaos, il s'impose à nous de trouver une solution politique à nos problèmes.
C'est pourquoi, tout en respectant la constitution, nous recommandons au président Gbagbo, d'accepter la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale à partir du 26 octobre.
Il n'y aura pas d'issue à la crise par la voie de la belligérance.
En dehors de certaines revendications qui ne sont que de la surenchère politique, tous devons comprendre que ce n' est pas en nous excluant les uns les autres que nous arriverons à la paix.
Si le motif de cette crise est l'exclusion d'une partie des ivoiriens alors, ce n'est que par l'inclusion de tous que nous y trouverons une solution qui garantisse une paix durable.
Faisons notre le leitmotiv suivant : "Ensemble construisons l'avenir"
Vive la Côte d'Ivoire éternelle
Doumbia Major
Président du (CSIE)
 
 
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Publié dans Messages divers

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