Les familles des "disparus du Beach" accusent la France de bloquer les

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

Les familles des "disparus du Beach" accusent la France de bloquer les
poursuites

LE MONDE | 03.02.05
 
Depuis 1999, aucune procédure visant les responsables congolais de la
répression n'a abouti.
A quelques jours de la visite de Jacques Chirac à Brazzaville, plusieurs
associations françaises et congolaises ont tenu, mardi 2 février, au siège
de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) à Paris, une
conférence de presse pour dénoncer le"double langage" de la France en
matière de droits de l'homme. Elles accusent le pouvoir politique d'avoir
exercé des pressions sur la magistrature pour arrêter les poursuites
engagées en France contre des responsables de la République du Congo mis en
cause dans "l'affaire des disparus du Beach".

Il s'agit de l'un des plus sinistres épisodes de la fin des guerres civiles
des années 1990 au Congo. En mai 1999, de nombreux Congolais qui avaient
fui les combats et s'étaient réfugiés en RDC (République démocratique du
Congo), répondant à l'appel des autorités congolaises et du
Haut-Commissariat aux réfugiés, regagnent Brazzaville. A leur arrivée au
port fluvial, le Beach, les familles sont séparées, les hommes jeunes sont
arrêtés. Selon des témoignages de rescapés, certains, emmenés par la garde
présidentielle périront lors d'un massacre organisé dans l'enceinte même du
palais présidentiel. Les associations évaluent à 350 le nombre des disparus.

C'est parce que deux responsables congolais présumés impliqués dans ces
événements ont une double résidence et une adresse à Meaux qu'une plainte a
pu être déposée en France par les organisations non gouvernementales (ONG),
en décembre 2001, et des procédures engagées.

En mai 2002, Norbert Dabira, inspecteur des armées au Congo, est arrêté à
son domicile de la région de Meaux, puis relâché sur décision du juge qui
voulait cependant continuer de l'entendre. Il repart dans son pays et ne se
présentera plus aux convocations du juge. Le Congo, contestant la
compétence de la justice française, dénonce une arrogance néocolonialiste
et se déclare en mesure de le poursuivre lui-même s'il y a lieu.

"PETITS ARRANGEMENTS"

Le 1er avril 2002, Jean François Ndengue, chef de la police congolaise, qui
en 1999 était responsable de la sécurité du port fluvial de Brazzaville,
est interpellé à Meaux et transféré le lendemain à la prison de la Santé.
Le parquet demande qu'il soit mis fin à la garde à vue. Il est relâché
quelques heures plus tard dans des conditions rocambolesques, à 3 heures du
matin, sur ordonnance prise en pleine nuit par la présidente de la chambre
de l'instruction de la cour d'appel de Paris. "Une justice de nuit, une
justice aux ordres", commentait, mardi, l'avocat de la FIDH Patrick
Beaudoin, en relatant cet épisode. Le 29 avril 2002, le juge d'instruction
de Meaux, Jean Gervillié, entendu à sa demande par le Conseil supérieur de
la magistrature, dénonçait les pressions dont il estimait avoir fait
l'objet.

Le procureur de Meaux ayant demandé l'annulation de la procédure contre
Jean François Ndengue, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de
Paris a statué sur cette requête le 23 novembre 2004. A la consternation
des défenseurs des droits de l'homme, elle a annulé non seulement la mise
en examen de M. Ndengue mais l'ensemble des procédures relatives à
l'affaire du Beach. On sonnait la fin de partie dans une affaire par trop
gênante pour les relations de la France avec le Congo-Brazzaville.

Les ONG et les associations de familles de disparus n'ont pas baissé les
bras. Elles ont fait un recours en cassation et entendent utiliser tous les
moyens possibles contre la décision du 23 novembre, qui éteint leurs
efforts : "Si nous perdons à la Cour de cassation, nous irons devant la
Cour européenne, devant le comité contre la torture de l'ONU, devant la
Cour internationale de justice."

Elles récusent catégoriquement l'argument selon lequel la justice
congolaise est plus légitime et qu'elle s'est saisie de l'affaire. Les
procédures engagées à Brazzaville ne sont, selon elles, que "mascarade"
pour étouffer une affaire qui pourrait mettre en cause les plus hautes
autorités de l'Etat congolais, jusqu'au président Sassou Nguesso. Le
gouvernement congolais "mène une vraie campagne pour nier le crime et faire
croire qu'il n'y a pas eu de disparitions ou très peu. Il est même allé
jusqu'à créer une "association de prétendus disparus du Beach"", a
rapporté, mardi à Paris, un représentant de l'Observatoire congolais des
droits de l'homme.

"Nous étions là quand on nous a pris nos enfants au Beach !" s'est écrié le
père de l'un des disparus. Antoine Bernard de la FIDH a dénoncé "les petits
arrangements entre amis"auxquels se livre la France, tandis qu'à l'ONU elle
préside le groupe de travail chargé d'élaborer une convention
internationale sur les disparitions. Elle le préside mais y mène un jeu
suspect, en s'efforçant de faire disparaître ce qui permettrait de faire
jouer un mécanisme de "compétence universelle", c'est-à-dire l'obligation
pour chaque Etat de poursuivre les responsables de crimes graves, quelle
que soit leur nationalité et celle de leurs victimes. Soit exactement ce
qui l'embarrasse dans l'affaire du Beach.

Claire Tréan

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.02.05
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Publié dans La justice

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