Les français : Zéro pointé en orthographe
Zéro pointé en orthographe
Absolument nuls en orthographe. Tel est le constat dressé par le collectif Sauver les lettres (1) après avoir fait rédiger une dictée du brevet à quelque 2 300 élèves de classe de seconde. Le résultat s'est révélé «catastrophique. Plus d'un élève sur deux (56,4%) a obtenu un zéro», note ce collectif de professeurs de lettres.
Compte tenu de la longueur du texte, «plus d'un quart des élèves ne peut écrire sans commettre au moins deux fautes par ligne», ajoutent-ils. Dans le détail de l'enquête, un peu plus de 9% des élèves ont fait plus de trente fautes. A l'opposé, pas plus de 6% des élèves ont obtenu une note supérieure à 15.
Plus inquiétant encore, ce résultat est bien plus mauvais que celui obtenu en 2000 avec le même texte d'Alphonse Daudet tiré des Contes du lundi, et auprès d'un échantillon équivalent d'élèves. A l'époque, «seuls» 28% des élèves avaient obtenu un zéro.
Selon les membres de l'association, ce score désastreux n'a rien de bien étonnant même si «nous n'imaginions pas une telle chute entre 2000 et 2004», commente Michel Buttet, l'un des responsables. Et de dénoncer les «méthodes globales (ou apparentées) d'apprentissage de la lecture», les cours au collège qui se feraient dans la continuité de programmes «destructeurs» du primaire, y compris ceux mis en place en 2002 et, enfin, «des horaires de français en chute libre depuis 1969».
Sur le constat, tout le monde est d'accord. «Le fait que les élèves ont des difficultés avec l'orthographe n'est vraiment pas une nouveauté», assure Roger Chudeau, le sous-directeur des enseignements et des formations à la Direction de l'enseignement scolaire (Desco) au ministère. Déjà, en 1996, une enquête très poussée menée par la Direction de l'évaluation avait montré que le niveau en orthographe des élèves de l'époque était «nettement inférieur» à celui d'élèves de 1920 sur la base d'une épreuve du certificat d'études. «Nous sommes bien conscients qu'il y a un problème avec l'orthographe et la maîtrise de la langue», renchérit Viviane Youx, la présidente de l'Association des enseignants de français.
Mais, sur les raisons du déclin et les moyens de l'enrayer, les avis sont partagés. «Annuellement, les horaires de français ont certes diminué, mais on reste les champions en Europe sur la quantité de cours», assure Roger Chudeau. En primaire, «le programme hebdomadaire d'apprentissage de la langue n'a jamais été aussi important. Les instituteurs doivent y consacrer douze heures par semaine en CP et CE1 et treize heures du CE2 au CM2» depuis les nouveaux textes de 2002.
Pour Viviane Youx, le retour aux bonnes vieilles méthodes n'est pas la solution. «Je suis d'accord pour dire qu'il faut probablement revoir les horaires au collège et certaines priorités, mais ce n'est sûrement pas en remettant en 2005 les méthodes de 1950 que l'on va réussir. Je dirais même au contraire.»
Rien dans les textes aujourd'hui n'interdit à un enseignant de faire des dictées ou d'avoir recours à la seule et stricte méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture. Néanmoins, les sirènes de Sauver les lettres rencontrent un certain écho au ministère. A l'automne, François Fillon, le ministre de l'Education, a adressé une circulaire à tous les collèges, les encourageant dans l'usage des «dictées et des récitations», appelant au «travail systématique de la langue» et à une réelle vigilance orthographique».
Le projet de loi d'orientation précise également que 100% des élèves devront maîtriser les compétences indispensables au terme de la scolarité obligatoire. Enfin, la prochaine circulaire de rentrée devrait demander à tous les enseignants du collège de veiller systématiquement au bon usage de la langue.
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