L'histoire de l'immigration en France
Cet article est paru dans Socialisme International en 1995
La classe dominante na pas toujours eu la même attitude qu aujourdhui vis-à-vis de limmigration. Sa politique dans ce domaine a toujours été déterminée par les besoins des patrons et la nécessité de diviser les travailleurs.
Limmigration sest massivement développée après la révolution industrielle, le développement du capitalisme nécessitant toujours plus de main-doeuvre. De 380 000 en 1851, la population étrangère passe à 1 million en 1881 et 2,7 millions en 1931, soit 6,4% de la population totale. Ce taux est le même quen 1990, correspondant à un total de 3,6 millions dimmigrés.
Pendant les périodes de croissance économique, le recrutement dune main-doeuvre sous-qualifiée et bon marché permettait de plus de diminuer la pression des salaires. Les premiers immigrés proviennent dabord des pays limitrophes, la Belgique et lItalie. Pour faciliter larriver des immigrés, des conventions dEtat à Etat sont signées au début du siècle avec ces pays. Elles sétendront à la Pologne et à la Tchécoslovaquie en 1918, trois mois après le traité de Versailles. Il sagit alors de combler la saignée de la guerre. Parallèlement, les patrons organisent eux-mêmes le recrutement en fonction de leurs besoins par lintermédiaire de la Société générale dimmigration. Elle introduit 400 000 étrangers de 1924 à 1930. Dans les mines de Lorraine, 80 % de la main-doeuvre est étrangère. Durant cette période, la classe dominante est opposée à tout contrôle des flux migratoires : limmigrant entre librement dans le pays, seul ou avec sa famille. Aucune autorisation nest requise. En 1927 la législation facilite laccès à la nationalité française. Un traité juridique de lépoque sur la situation des étrangers explique que le droit dexercer une profession quelconque " appartient aux étrangers en France, comme il appartient aux Français : il ne pourrait sans une odieuse tyrannie, leur être entièrement refusé ". Cela nempêche cependant pas la classe dominante dutiliser le racisme afin daffaiblir la combativité des travailleurs. Les journaux titrent sur les " ritals " et les " polaks ". Les spécialistes de limmigration de lépoque parlent de degré dassimilabilité suivant lorigine ethnique.
boom
Le boom prolongé de laprès guerre se traduit également par un accès facilité au territoire français. Lordonnance du 2 novembre 1945 confère à lOffice national dimmigration le monopole de lintroduction de la main-doeuvre étrangère. De 1946 à 1977, deux millions et demi dimmigrés seront ainsi régularisés. Mais les besoins de la classe dominante sont tels que le texte qui subordonne le droit de séjour à la production dun contrat de travail est peu appliqué. Clandestinement ou avec un passeport touristique, le travailleur étranger trouve sans problème un emploi et est rapidement régularisé. La liberté de circuler en métropole est accordé aux Algériens en 1946. Dans les années 1960 des accords de main-doeuvre sont signés avec le Maroc et la Tunisie puis la Yougoslavie et la Tunisie. Les rabatteurs des grandes entreprises françaises vont recruter directement dans les villages portugais et marocains. " Limmigration est un moyen de créer une détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale " explique en 1963 le premier ministre Pompidou qui ouvre ainsi la voie aux politiques de Pasqua et Debré trente ans plus tard. Pour le ministre des affaires sociales de lépoque, limmigration clandestine est même un remède au manque de main-doeuvre.
attaques
Aujourdhui la classe dominante tient le discours opposé et organise la chasse aux clandestins. Après avoir fait venir les immigrés, elle les accuse de tous les maux. Depuis le début de la crise, elle na cessé dattaquer les droits des immigrés et de rendre leur situation de plus en plus précaire. Comme lors de la crise des années 1930, elle cherche à détourner la colère des travailleurs, à développer le racisme pour mieux faire passer ses attaques.
Dès 1972 les circulaires Marcellin-Fontanet tentent de donner un coup darrêt à la régularisation. En 1974 Giscard annonce la suspension de limmigration. Le décret du 21 novembre 1975 conditionne déjà lobtention de la carte de séjour à la situation de lemploi.
Avec la loi Bonnet de 1980, la répression se développe : le séjour irrégulier devient un motif dexpulsion. Elle met en place la reconduite à la frontière et la rétention pénitentiaire. Lamélioration de la situation des immigrés (régularisation de 130 000 clandestins, carte unique de 10 ans) consécutive à larrivée au pouvoir des socialistes est de courte durée. Les deux dernières disposition de la loi Bonnet sont dailleurs conservées. Dès 1983, Georgina Dufoix, ministre socialiste, restreint le regroupement familial.
La première cohabitation marque le début de la chasse aux clandestins.
En 1986 la loi Pasqua rétablit les reconduites administratives à la frontière, limite le renouvellement de la carte de dix ans et affrète le premier charter. En 1991 le gouvernement socialiste dEdith Cresson développe également les mesures répressives : suppression de lautorisation de travail pour les demandeurs dasile, instauration dun visa de transit.
En 1992 le ministre de lintérieur Philippe Marchand crée les zones de transit rebaptisées zones dattentes par son successeur. Elles permettent de retenir pendant 20 jours les étrangers non admis sur le territoire. La loi Pasqua de 1993 limite le droit du sol et entrave laccès à la nationalité, elle autorise les contrôles au faciès, la rétention administrative, lexpulsion et linterdiction du territoire aux parents étrangers denfants français.
Socialisme International
Commentaire du MEDDA:
Voila les donneurs de leçons et les conseils qu'ils se prodiquent qui ne ressemblent en rien à ceux qu'ils prodiquent ausx autres.