SAINE ADMINISTRATION DE LA JUSTICE AU BURKINA FASO
SAINE ADMINISTRATION DE LA JUSTICE AU BURKINA FASO
DE LA MYSTIFICATION A LA REALITE
Dans une interview récente accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique l'Intelligent, le président de la république burkinabé Blaise Compaoré, parlant de la justice dans son pays, en a fait des appréciations plutôt élogieuses. Si l'on fait le lien entre ses propos et ce qui a été abondamment diffusé par certains médias au moment du procès des présumés putschistes (bravo, on a enfin eu recours à un procès pour une tentative de putsch !) on se trouve dans la même impression d'amélioration de l'administration de la justice, de bonification globale de l'appareil judiciaire. Mais il ne faut pas se laisser mystifier par les savants maquillages et les quelques réformes financées à grands frais et médiatisées à outrance : la justice ne va pas bien au pays des hommes intègres. En témoignent les nombreux cas d'impunité, de corruption, de violation de la Constitution.
Les propos du chef de l'Etat sont à la vérité véhiculés depuis des années selon des techniques et approches différenciées par de nombreuses sources : diplomatiques, médiatiques, d'affaires
Le trait commun et l'objectif ultime de toutes ces sources, c'est de formater l'opinion, de l'amener à adhérer à l'idée qu'au ''pays des Hommes Intègres'', la gouvernance a atteint sa vitesse de croisière, que la justice est sortie de la zone de tempête et que l'Etat de droit démocratique, la bonne gouvernance économique et politique, sont des réalités vivantes. Lorsqu'une telle opinion est soutenue, souvent au prix d'innombrables compromissions, par ces médias nationaux, par ces milieux multiples sus-cités notamment transnationaux, elle ne peut qu'avoir la vie dure et résister à toute attaque.
C'est ainsi que le pouvoir burkinabé pouvait regarder comme une tempête dans un verre d'eau les dénonciations répétées des syndicats, des mouvements de droits humains, des partis politiques, des justiciables, dénonciations (preuves à l'appui) de cette vision fausse de la justice dont on gavait l'opinion.
De la façon la plus curieuse, c'est le pouvoir lui-même, par la personne du Ministre de la justice, qui semble vouloir concéder qu'effectivement, les choses ne sont pas aussi roses que cela. Comment ne pas croire le funambule qui vous met en garde contre l'état défectueux de la corde ? Les Burkinabé ajouteront d'autant plus foi aux propos du Ministre de la justice, que celui-ci prêche à des convertis de longue date.
En effet, ce n'est pas d'aujourd'hui, comme il le dit lui-même, que ''c'était la pagaille'' au Tribunal de Grande Instance, que les magistrats ''font des affaires'' à l'exemple des affaires des juges Kambiré et Natama, que ''le phénomène de la corruption'' au sein de la magistrature nécessitait depuis longtemps l'institution d'une commission d'enquête ou encore que la justice souffrait de la prévalence de l'impunité, à l'exemple de l'affaire Norbert Zongo. Bien avant lui, les critiques s'étaient quasiment généralisées contre cette justice qui est comme une justice retenue qu'on rencontre dans les monarchies absolues et dans les dictatures. Les plaintes fusaient de partout à commencer par le personnel judiciaire qui n'est pas placé dans des conditions qui lui permette d'avoir le cur à l'ouvrage : salaires bas, manque d'instruments de travail efficients, instructions intempestives du Parquet et du Ministère de la justice... Quant au Conseil Supérieur de la Magistrature, le pouvoir il a fait et fait des pieds et des mains pour s'inféoder cette institution qui, en tout pays de démocratie, constitue l'ultime protection des magistrats. Les dernières publications de l'Evènement et de l'Indépendant, qui ont eu le don d'exaspérer la hiérarchie judiciaire, en sont d'autres preuves.
Faut-il croire que finalement, la persévérance des dénonciations et le poids des réalités auront eu raison de l'affabulation et de la mystification ? On ne saurait le dire, mais ce début de passage aux aveux doit permettre de rebondir et de stigmatiser à nouveau le manque d'indépendance de la justice, son inféodation au pouvoir, le manque criard d'infrastructures, l'impunité, la corruption, les affectations arbitraires, la mauvaise gestion des carrières, la chasse aux sorcières organisée contre certains magistrats pour ''délit d'appartenance syndicale'', etc., afin que la réforme globale de la justice soit repensée pour atteindre son objectif.
Mais l'une des morales pouvant être tirée de cette affaire, c'est que les thuriféraires, les glorificateurs de tout poil qui travaillent à la béatification du pouvoir, doivent se dire qu'il n'est pas bon d'être plus royaliste que le roi, et que maintenant ils sachent qu'ils agissent à visage découvert.
La Rédaction