L'UNION AFRICAINE AU PIED DU MUR
GESTION DES CRISES
L'UNION AFRICAINE AU PIED DU MUR
L'Union Africaine ne fait pas exception à la crise d'autorité que rencontrent les organisations Internationales et en particulier les Nations Unies. Comme à ces dernières, on reproche à l'Union Africaine de manquer de constance, de fermeté dans ses décisions, d'être récupérée par des Etats manuvriers ou puissants, à des fins d'instrumentalisation, et pour toutes ces raisons, de manquer d'équité. C'est pour toutes ces raisons que, sitôt fondée et après une période d'euphorie qui avait laissé croire que sur les cendres de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) renaîtrait un projet panafricaniste, plus efficace et plus en symbiose avec les peuples, le scepticisme a repris le dessus. Un scepticisme qui s'est renforcé au fil de l'impuissance de l'Union Africaine à régler de nombreuses crises et à ses prises de positions beaucoup plus influencées par les lobbying que par la volonté de trouver des solutions sur la base de l'équilibre et du droit. Mais il faut dire que la résolution de l'instance suprême de l'Union Africaine (Conseil de Paix et de Sécurité) a semblé sonner comme un revirement de jurisprudence. Là, l'Union Africaine a beaucoup plus agi dans le respect de la règle de droit que guidée par les recettes politiques qui jusque-là ont toujours été appelées en renfort pour régler les conflits au détriment de la justice et de la vérité. La prochaine réunion de l'Union Africaine à Abuja de ce point de vue, peut confirmer ou infirmer cette tendance.
Les dossiers République Démocratique du Congo, Côte d'Ivoire et Soudan seront au menu des débats. Dans ces trois dossiers, l'Union Africaine a besoin de montrer de la fermeté et de l'équité. Dans celui de la République Démocratique du Congo, elle doit avoir le courage de hausser le ton, de prendre même des mesures coercitives à l'encontre de certains pays comme le Rwanda, l'Ouganda, qui jusqu'à présent bénéficient de complaisance de sa part comme de la part de la communauté internationale en général. Dans le dossier ivoirien, ce sont les mêmes mesures pour les mêmes raisons qui doivent être prises à l'encontre du régime Compaoré, du régime Amani Toumani Touré et du gouvernement Chirac encore que dans ces cas, la France n'étant pas Etat africain, il s'agirait plutôt de mesures spécifiques. Par contre dans le dossier Soudanais, c'est essentiellement à l'encontre de la partie gouvernementale, que de telles mesures doivent êtres prises, d'autant que le gouvernement de Khartoum, assuré on ne sait de quel soutien, va jusqu'à braver l'autorité de l'Union Africaine.
C'est dans le courage de décisions justes, fermes, que la loi africaine aura, comme toutes les lois, la propriété dissuasive et l'adhésion générale sans laquelle aucune loi ne saurait se prévaloir de la légitimité.
Victory Toussaint