| Les Echos du Matin - 1/26/2005 11:14:30 PM
Les rebelles ivoiriens semblent avoir décidé dinstaller une ceinture géante autour de la zone gouvernementale contrôlée par le Président Laurent Gbagbo. Les activités quils mènent ces temps-ci à Lomé militent dans ce sens.
La rébellion qui déchire la Côte dIvoire depuis le 19 septembre 2002 a de la suite dans les idées. Cest le moins que lon puisse enseigner au vu de la nouvelle stratégie mise sur pied par Guillaume Soro et les siens, et qui en dit long sur leur volonté de porter lestocade finale au Président Laurent Gbagbo, lennemi juré. Ainsi, après les quartiers généraux (QG) établis à Bamako et Ouagadougou, et qui sont aujourdhui connus du monde entier, léminence grise qui booste le mouvement rebelle a choisi dinvestir une nouvelle place forte frontalière. Question bien évidente détendre ses tentacules pour dresser une sorte de ceinture géante autour du pouvoir de Laurent Gbagbo. Le nouveau QG se nomme Lomé, la capitale du Togo voisin.
Linstallation des rebelles à Lomé De sources proches de la communauté ivoirienne au Togo, lon remarque depuis quelques semaines une présence fort visible des animateurs de la rébellion. Ils ont pour noms Emmanuel Guéi, Seydou Ouattara, Doumbia Moussa et lieutenant Koné Abdoulaye. Le premier officie en qualité de coordinateur de la rébellion ivoirienne au Togo. Il est chargé des transactions commerciales sur lor, le diamant extrait des zones assiégés et sur les armes au profit des bandes armées qui occupent le Nord et une partie de louest de la Côte dIvoire. Rappelons que ce dernier avait été arrêté courant avril 2004 à Abidjan pour trafic darmes, avant dêtre relaxé quelques semaines plus tard. Le second sur la liste, Seydou Ouattara, est le secrétaire régional chargé des relations extérieures. Lui soccupe des véhicules pour le compte des rebelles. Il tient un commerce sur le boulevard du 13 janvier près du maquis La Hacienda El Pocha, une place bien connue à Lomé. Quant à Doumbia Moussa, il est propriétaire du maquis le Contact, sur le même boulevard du 13 janvier, en face de la CNTT. Le lieutenant Koné Abdoulaye, quant à lui, officie en qualité de président de lAssociation des Ivoiriens réfugiés politiques et demandeurs dasile. Un poste hautement stratégique sur lequel nous reviendrons dans les prochaines lignes. A en croire nos sources, les hommes de Guillaume Soro, dans leur volonté de prendre pied à Lomé ont utilisé le manteau dopérateurs économiques. Nantis des millions acquis dans les trafics de tous genres à partir des zones sous leur contrôle, ces éléments avancés du secrétaire général du Mpci ont acheté à tour de bras maquis, boîtes de nuit et magasins, intégrant ainsi le tissu économique togolais. Et quand on sait le niveau de vie du Togolais moyen, on nest pas surpris, fait-on remarquer, de lattachement de plus en plus grand de jeunes locaux à ces généreux Ivoiriens. Au sein de la communauté ivoirienne de Lomé, les relais togolais de Soro sont également logés à meilleure enseigne. Champions de la manipulation, ils ont appâté nos compatriotes avec une assistance soutenue et en leur établissant un statut de réfugiés politiques et des passports HCR. En contrepartie, les heureux bénéficiaires sont chargés de projeter limage dune Côte dIvoire liberticide qui nhésite pas à jeter certains de ses fils sur la route de lexil. On les a même vu défiler récemment lors des festivités du 38è anniversaire de la prise de pouvoir du général président Etienne Gnassingbé Eyadéma, portant des slogans hostiles au pouvoir dAbidjan. Ces bras valides, les rebelles chargés dinstaller le mouvement à Lomé comptent également les utiliser à dautres fins.
Une attaque se prépare contre lEst ivoirien En dehors des activités commerciales qui leur servent de parapluie, les collaborateurs de Guillaume Soro travaillent secrètement et minutieusement sur un projet dattaque de lEst ivoirien. Selon des sources bien informées, sous les ordres du lieutenant Koné Abdoulaye, (déserteur du 1er BCP de larmée ivoirienne) des combattants sont recrutés pour le compte du Mpci. Objectif final, rejoindre les 900 hommes que les rebelles envisagent de regrouper à Bouna avant de les convoquer vers Noé après avoir contourné Bondoukou et Abengourou en passant en terre ghanéenne. A charge pour ces 900 combattants regroupés dans le front patriotique suprême du peuple de Côte dIvoire (MPSP-CI) de mener une attaque sur le Sud-Est ivoirien. Dans leur ligne de mire, ils ont les localités de Noé, Takikro, Adiaké et Aboisso. En cas de succès de son offensive annoncée pour bientôt, le MPSP-CI ambitionne de progresser avec le soutien de la coalition rebelle, vers Abidjan. Un cas de figure qui, pense-t-il, favorisera une prise de pouvoir à Abidjan par larmée qui instaurera une transition militaire après discussions avec les mouvements rebelles. Notons que les recrues du lieutenant Koné Abdoulaye sont issus des milieux des militaires togolais démobilisés et de lassociation des Ivoiriens réfugiés politiques et demandeurs dasile. Cest donc pour superviser les travaux de ses émissaires en terre togolaise que Guillaume Soro lui-même, a séjourné du 18 au 22 janvier dernier à Lomé, en compagnie du sémillant porte-parole du Mpci Konaté Sidiki, et de son chef détat-major particulier Touré Métan Hervé dit Vétcho. Les suites n° 2409 et 2407 quils ont occupées à lhôtel du 2 février leur servaient de quartier général où Soro et les siens tenaient réunion sur réunion. Le petit président de Bouaké au cours de son séjour, a bénéficié, dit-on, du soutien de Gbaï Tagro (du parti républicain de Côte dIvoire) qui tout en apportant son soutien à la cause rebelle, a soutenu que la seule solution qui reste en Côte dIvoire, est lélimination physique du Président Laurent Gbagbo. Sur la place de Lomé, nos sources indiquent que les hommes de Guillaume Soro nhésitent pas à confier à leurs proches que ce sont leurs relais à Conakry qui ont tenté, la semaine dernière, déliminer le président guinéen Lansana Conté quils entendent, disent-ils, dégommer au bénéfice de lopposant Alpha Conté. Il est à noter que dans leur retranchement togolais, les rebelles ivoiriens pensent compter sur des soldats français de Force Licorne Togo comme lindiquent si bien les tee-shirts quils arborent fièrement dans les rues de Lomé. Ces soldats, prenant prétexte dune attaque imminente de déserteurs de larmée togolaise contre les institutions de la République, ont à la demande des autorités locales, pris pied à Lomé après le Recamp IV organisé en décembre dernier à Cotonou (Bénin). Leur étroite collaboration sur le terrain avec les hommes de Guillaume Soro dope visiblement le moral de ces derniers qui, assurés du soutien total de la France, confient à qui veut lentendre que le règne du Président Laurent Gbagbo prendra bientôt fin. Est-ce la raison profonde de linsolence et de la surenchère affichées ces derniers jours par le secrétaire général de la rébellion ivoirienne ? Les prochains jours nous situeront .
Pierre Lemauvais et Yves De Séry Envoyés spéciaux à Lomé (Les Echos du Matin (Abidjan)) |