Après Bamako et Ouagadougou - Lomé, nouvelle base de la rébellion

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

Après Bamako et Ouagadougou - Lomé, nouvelle base de la rébellion
- [ 1/27/2005 ]

 Les Echos du Matin - 1/26/2005 11:14:30 PM

Les rebelles ivoiriens semblent avoir décidé d’installer une ceinture géante autour de la zone gouvernementale contrôlée par le Président Laurent Gbagbo. Les activités qu’ils mènent ces temps-ci à Lomé militent dans ce sens.

La rébellion qui déchire la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 a de la suite dans les idées. C’est le moins que l’on puisse enseigner au vu de la nouvelle stratégie mise sur pied par Guillaume Soro et les siens, et qui en dit long sur leur volonté de porter l’estocade finale au Président Laurent Gbagbo, l’‘’ennemi jur钒. Ainsi, après les quartiers généraux (QG) établis à Bamako et Ouagadougou, et qui sont aujourd’hui connus du monde entier, l’éminence grise qui booste le mouvement rebelle a choisi d’investir une ‘’nouvelle place forte’’ frontalière. Question bien évidente d’étendre ses tentacules pour dresser une sorte de ceinture géante autour du pouvoir de Laurent Gbagbo. Le nouveau ‘’QG’’ se nomme Lomé, la capitale du Togo voisin.

L’installation des rebelles à Lomé
De sources proches de la communauté ivoirienne au Togo, l’on remarque depuis quelques semaines une présence fort visible des animateurs de la rébellion. Ils ont pour noms Emmanuel Guéi, Seydou Ouattara, Doumbia Moussa et lieutenant Koné Abdoulaye. Le premier officie en qualité de coordinateur de la rébellion ivoirienne au Togo. Il est chargé des transactions commerciales sur l’or, le diamant extrait des zones assiégés et sur les armes au profit des bandes armées qui occupent le Nord et une partie de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Rappelons que ce dernier avait été arrêté courant avril 2004 à Abidjan pour trafic d’armes, avant d’être relaxé quelques semaines plus tard. Le second sur la liste, Seydou Ouattara, est le secrétaire régional chargé des relations extérieures. Lui s’occupe des véhicules pour le compte des rebelles. Il tient un commerce sur le boulevard du 13 janvier près du maquis ‘’La Hacienda El Pocha’’, une place bien connue à Lomé. Quant à Doumbia Moussa, il est propriétaire du maquis ‘’le Contact’’, sur le même boulevard du 13 janvier, en face de la CNTT. Le lieutenant Koné Abdoulaye, quant à lui, officie en qualité de président de l’Association des Ivoiriens réfugiés politiques et demandeurs d’asile. ‘’Un poste hautement stratégique’’ sur lequel nous reviendrons dans les prochaines lignes. A en croire nos sources, les hommes de Guillaume Soro, dans leur volonté de prendre pied à Lomé ont utilisé le manteau d’opérateurs économiques. Nantis des millions acquis dans les trafics de tous genres à partir des zones sous leur contrôle, ces ‘’éléments avancés’’ du secrétaire général du Mpci ont acheté à tour de bras maquis, boîtes de nuit et magasins, intégrant ainsi le tissu économique togolais. Et quand on sait le niveau de vie du Togolais moyen, on n’est pas surpris, fait-on remarquer, de l’attachement de plus en plus grand de jeunes locaux à ces ‘’généreux’’ Ivoiriens. Au sein de la communauté ivoirienne de Lomé, les ‘’relais togolais’’ de Soro sont également logés à meilleure enseigne. Champions de la manipulation, ils ont appâté nos compatriotes avec ‘’une assistance soutenue et en leur établissant un statut de réfugiés politiques et des passports HCR’’.
En contrepartie, les heureux bénéficiaires sont chargés de projeter l’image d’une Côte d’Ivoire liberticide qui n’hésite pas à jeter certains de ses fils sur la route de l’exil. On les a même vu défiler récemment lors des festivités du 38è anniversaire de la prise de pouvoir du général président Etienne Gnassingbé Eyadéma, portant des slogans hostiles au pouvoir d’Abidjan. Ces bras valides, les rebelles chargés d’installer ‘’le mouvement’’ à Lomé comptent également les utiliser à d’autres fins.

Une attaque se prépare contre l’Est ivoirien
En dehors des activités commerciales qui leur servent de parapluie, les collaborateurs de Guillaume Soro travaillent secrètement et minutieusement sur un projet d’attaque de l’Est ivoirien. Selon des sources bien informées, sous les ordres du lieutenant Koné Abdoulaye, (déserteur du 1er BCP de l’armée ivoirienne) des combattants sont recrutés pour le compte du Mpci. Objectif final, rejoindre les 900 hommes que les rebelles envisagent de regrouper à Bouna avant de les convoquer vers Noé après avoir contourné Bondoukou et Abengourou en passant en terre ghanéenne. A charge pour ces 900 combattants regroupés dans le ‘’front patriotique suprême du peuple de Côte d’Ivoire’’ (MPSP-CI) de mener une attaque sur le Sud-Est ivoirien. Dans leur ligne de mire, ils ont les localités de Noé, Takikro, Adiaké et Aboisso. En cas de succès de son offensive annoncée pour ‘’bientôt’’, le MPSP-CI ambitionne de progresser avec le soutien de la coalition rebelle, vers Abidjan. Un cas de figure qui, pense-t-il, favorisera une prise de pouvoir à Abidjan par l’armée qui instaurera une transition militaire après discussions avec les mouvements rebelles. Notons que les recrues du lieutenant Koné Abdoulaye sont issus des milieux des militaires togolais démobilisés et de ‘’l’association des Ivoiriens réfugiés politiques et demandeurs d’asile’’. C’est donc pour superviser les travaux de ses émissaires en terre togolaise que Guillaume Soro lui-même, a séjourné du 18 au 22 janvier dernier à Lomé, en compagnie du sémillant porte-parole du Mpci Konaté Sidiki, et de son chef d’état-major particulier Touré Métan Hervé dit Vétcho. Les suites n° 2409 et 2407 qu’ils ont occupées à l’hôtel du 2 février leur servaient de quartier général où ‘’Soro et les siens tenaient réunion sur réunion’’. Le ‘’petit président de Bouak钒 au cours de son séjour, a bénéficié, dit-on, du soutien de Gbaï Tagro (du parti républicain de Côte d’Ivoire) qui tout en apportant son soutien à la cause rebelle, a soutenu que ‘’la seule solution qui reste en Côte d’Ivoire, est l’élimination physique du Président Laurent Gbagbo’’. Sur la place de Lomé, nos sources indiquent que les hommes de Guillaume Soro n’hésitent pas à confier à leurs proches que ce sont leurs relais à Conakry qui ont tenté, la semaine dernière, d’éliminer le président guinéen Lansana Conté qu’ils entendent, disent-ils, dégommer au bénéfice de l’opposant Alpha Conté. Il est à noter que dans leur retranchement togolais, les rebelles ivoiriens pensent compter sur des soldats français de ‘’Force Licorne Togo’’ comme l’indiquent si bien les tee-shirts qu’ils arborent fièrement dans les rues de Lomé. Ces soldats, prenant prétexte d’une ‘’attaque imminente de déserteurs de l’armée togolaise contre les institutions de la République’’, ont à la demande des autorités locales, pris pied à Lomé après le Recamp IV organisé en décembre dernier à Cotonou (Bénin). Leur étroite collaboration sur le terrain avec les hommes de Guillaume Soro dope visiblement le moral de ces derniers qui, assurés du soutien total de la France, confient à qui veut l’entendre que le règne du Président Laurent Gbagbo prendra bientôt fin. Est-ce la raison profonde de l’insolence et de la surenchère affichées ces derniers jours par le secrétaire général de la rébellion ivoirienne ? Les prochains jours nous situeront .

Pierre Lemauvais et Yves De Séry
Envoyés spéciaux à Lomé

(Les Echos du Matin (Abidjan))
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Publié dans Messages divers

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