Un tortionnaire tchadien renvoyé de la Mission des Nations Unies en Côte dIvoire
Un tortionnaire tchadien redouté est renvoyé de la Mission des Nations Unies en Côte dIvoire
Mahamat Djibrine a été rattrapé par son passé criminel du temps où il servait dans le régime de lex-dictateur du Tchad, Hissène Habré
(New York, le 20 janvier 2005) -- Lun des « tortionnaires les plus redoutés » du Tchad a été renvoyé de lOpération des Nations Unies en Côte dIvoire (ONUCI) suite à une plainte de Human Rights Watch auprès des Nations Unies, a annoncé aujourdhui Reed Brody, juriste de cette organisation de défense de droits humains. Mahamat Djibrine travaillait pour la section de police civile de lONUCI jusquà ce que le gouvernement du Tchad soit amené à le rappeler à NDjaména.
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Daprès le rapport de la Commission dEnquête du Ministère tchadien de la justice sur les crimes du régime de Hissène Habré publié dès 1992, Mahamat Djibrine était lun des « tortionnaires les plus redoutés» du Tchad. Mahamat Djibrine faisait partie de la « Commission chargée de linterrogatoire des détenus » dont le rôle était de « faire avouer les détenus » en recourant « de façon systématique à la torture lors de ses interrogatoires ». La Commission dEnquête ajoute que Mahamat Djibrine fut également membre des deux commissions chargées de larrestation des membres des ethnies Hadjaraï en 1987 et Zaghawa en 1989 lorsque le régime Habré organisa des campagnes de nettoyage ethnique dans tout le Tchad.
Avant de partir pour la Côte dIvoire, Mahamat Djibrine était toujours Chef de cabinet du Directeur Général de la Police Nationale au Tchad. Comme une trentaine de ses ex-collègues de la DDS accusés de tortures et de meurtres par la Commission dEnquête de 1992, Mahamat Djibrine a conservé, jusquà aujourdhui, des fonctions officielles au sein de lappareil sécuritaire de lEtat tchadien. Dès 1992 encore, la Commission dEnquête avait recommandé au gouvernement tchadien « décarter de leurs fonctions tous les anciens agents de la DDS réhabilités et engagés » au sein de la sécurité du Tchad.
« Le gouvernement tchadien naurait jamais dû proposer Mahamat Djibrine pour un tel poste. Cest une insulte faite à ses victimes, à lONU ainsi quaux Tchadiens et aux Ivoiriens dans leur ensemble », a déclaré Jacqueline
Moudeina, Présidente de Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de LHomme (ATPDH). « Cette attitude du gouvernement tchadien est symptomatique de son refus den finir définitivement avec les ex-tortionnaires du régime Habré qui gravitent toujours au sein des échelons les plus élevés de ladministration tchadienne. »
« Cest une honte, une véritable humiliation pour le Tchad » a déclaré Ismael Hachim, Président de l'Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques (AVCRP). « Que nos anciens tortionnaires occupent encore des postes de responsabilité au sein de ladministration tchadienne nous révolte déjà profondément, mais que maintenant ils représentent le Tchad dans les instances internationales, cela dépasse lentendement ».
Plusieurs plaintes criminelles ont été déposées devant les tribunaux tchadiens contre Mahamat Djibrine qui est accusé par ses victimes de les avoir directement torturées. Lune de ces plaintes déposées par Ismael Hachim, peut être consultée à ladresse suivante :
http://www.hrw.org/french/themes/habre-hachim.html
Le professeur duniversité, écrivain et actuellement vice-recteur de luniversité du Tchad, Zakaria Fadoul Khidir, a publié un livre où il raconte son arrestation pendant la répression ethnique de 1989 et son interrogatoire par Mahamat Djibrine. Alors que le professeur Fadoul Khidir proteste de son innocence, Mahamat Djibrine lui répond que « la responsabilité est collective ».
Les fonctions et les actions de Mahamat Djibrine au sein de lappareil répressif du régime Habré sont amplement établies par des documents officiels tirés des archives de la DDS découvertes par Human Rights Watch à NDjaména en 2001. En plus de ces documents, Human Rights Watch et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de lHomme ont procédé à des interviews de dizaines de victimes du régime Habré, dont neuf dentre elles affirment que Mahamat Djibrine a participé ou était présent lorsquelles ont subi des actes de torture.
Rappel - Les Poursuites contre Hissène Habré, un « Pinochet africain »
Lenquête sur les plaintes pour violation massive des droits de lhomme déposées en Belgique contre lancien dictateur tchadien, Hissène Habré, se poursuit activement suite à la mission au Tchad dun juge dinstruction belge, et n'a pas été concernée par labrogation au mois daoût 2003 de la loi belge de compétence universelle. Habré, le « Pinochet africain », qui était président du Tchad de 1982 à 1990, vit actuellement en exil au Sénégal. Il avait déjà été inculpé dans ce pays, il y a cinq ans, de complicité de crimes contre lhumanité, dactes de torture et de barbarie, avant que la justice sénégalaise ne se déclare incompétente pour le juger.
Laffaire Habré peut être consultée sur le site suivant: http://www.hrw.org/french/themes/habre.htm
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