Le plus grand pourfendeur de la « Françafrique » a perdu son combat contre la maladie.
| François Xavier Verschave est mort Le plus grand pourfendeur de la « Françafrique » a perdu son combat contre la maladie. vendredi 1er juillet 2005 | ||
François Xavier Verschave est décédé mercredi 29 juin des suites dun cancer. Il avait 59 ans. Membre fondateur de lONG Survie, il était lauteur ou co-auteur dune vingtaine douvrages explosifs sur les relations économico-politiques entre la France et ses anciennes colonies. Il sétait donné pour mission de dénoncer les relations occultes quentretenaient dirigeants français et chefs dEtats africains, nébuleuse désormais connue sous le nom de « Françafrique ». | |||
Par Anna-Alix Koffi
Soupirs de soulagement dans les salons feutrés de lElysée, lavocat de la dignité africaine nest plus. François Verschave a été emporté, mercredi, par un cancer à lâge de 59 ans. Il sétait notamment illustré dans son combat pour la vérité dans les relations franco-africaines. Celui qui navait de cesse de nous montrer lenvers du décor, notamment avec une série de livres sulfureux pour la France et les dirigeants de certaines anciennes colonies africaines.
Contre le soutien de la France aux dictatures en Afrique
Économiste de formation, François Xavier Verschave a dabord lutté pour des actions politiques contre « lextermination par la faim », premier combat duquel est née en 1984 lantenne française de lONG Survie, dont il prendra la présidence en 1995. Les buts de lorganisation sont clairs : veiller à ce que largent public ne soit pas détourné de la lutte contre la pauvreté, mettre un terme aux pratiques souterraines de la politique franco-africaine, établir des mécanismes de prévention et de répression des crimes contre lHumanité et des génocides.
Survie, au fait des rouages de la politique africaine de la France, multiplie les mises à lindex. La dérive génocidaire du Rwanda est dénoncée dès 1993, en 1996 lors de la participation un contre G7, cest le mépris français envers la créativité politique, culturelle et lesprit dinitiative des Africains qui est fustigé. En juillet 2000, François Xavier Verschave crée BPEM « Biens publics à léchelle mondiale », une antenne de Survie ayant pour vocation de promouvoir et de relayer les revendications citoyennes favorables à la construction dun monde plus équitable. Plus récemment en 2004, Survie lançait « les dictateurs amis de la France ! ? », une campagne contre le soutien de la France aux dictatures en Afrique.
Sentinelle médiatique
Sur tous les fronts avec son ONG, Verschave nhésitait pas à sengager à titre personnel, les tribunes et les entretiens publiés dans divers titres, la vingtaine douvrages signés, témoignent dun ardent désir de vérité et de justice. De de Gaulle à Chirac sans omettre Mitterrand père et fils, politiques et hommes daffaires français néchappent pas à la diatribe dun véritable investigateur. Selon Verschave, lindépendance des anciennes colonies nétait quun leurre, dès les années soixante, le Président de Gaulle chargeait Jacques Foccart, son principal collaborateur, dériger un système qui allait aliéner les pays dAfrique, les asservir à la métropole : la Françafrique était née. Un système éponyme dun livre dédié que Verschave publie en 1998. Clientélisme, amitiés privilégiées, argent et fraudes électorales organisées et assassinats Verschave a trouvé quatre mobiles pour ces indépendances avortées : le rang de la France aux Nations Unies devait nécessiter un réseau de clientélisme, un accès garanti aux matières premières, lapport financier pour les activités politiques du gaullisme, pour finir, la France jouait un rôle de sous traitant des Etats-Unis dans la guerre froide.
Idriss Déby, Omar Bongo Denis Sassou Nguesso épinglés
La quête de vérité de Verschave na jamais épargné les chefs dEtats africains accusés de jouer le jeu de la France afin de se maintenir au pouvoir. En 2000, Noir silence vaut à lauteur et à son éditeur Laurent Beccaria un procès pour « offense à chefs dEtat étranger ». Idriss Déby (Tchad), Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), se seront sentis trop exposés. Malgré la verve de leur défenseur commun, lavocat Jacques Vergès, les trois Présidents se sont vus déboutés, le tribunal reconnaissant le sérieux de linvestigation de lauteur.
Malgré les efforts du serviteur de la dignité africaine, plusieurs pays du continent semblent demeurer les antichambres du pouvoir français. Quelle est la force dun tel système et quand en est il de ceux qui souhaitent sen défaire ? Verschave était, en autre, là pour nous éclairer. Il sen est allé. Avec lui une des clefs des dessous de la « Françafrique » disparaît. Malheureusement trop tôt.
