La crise Ivoirienne, origine et perspectives
FIPDA
Fondation Internationale pour la paix et le Développement de lAfrique
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Communication Portant sur le thème : << lépreuve du nationalisme, dans la révolte des ivoiriens contre la France néo-coloniale >>
Par Dr. Serge-Nicolas NZI, Chercheur en communication, Directeur du centre Africain détudes Stratégiques de Lugano( Suisse)
Vendredi 18 Février 2005 à 10h00 dans la salle de conférence du
Hasbourg Center de Luzerne en Suisse
Centre Africains dEtudes Stratégiques
CP.66 VEZIA-LUGANO CH-6943 SUISSE
TEL : 0041-79246.53.53 Fax : 004191-966.15.94
Colloque sur le thème : << La crise ivoirienne, origine et perspectives >>
Liste des intervenants
Contribution de Mr. Jean-Marc Hessan, Géographe, à Lyon en France, sur le thème : << Marcoussis et La France dans la crise Ivoirienne >>
contribution du Dr. Alioune Diallo, Sociologue, à Genève en Suisse, sur le thème << la Côte dIvoire et les étrangers >>.
Communication du Dr. Serge-Nicolas NZI, Chercheur en communication Directeur du centre Africain dEtudes Stratégiques de Lugano Suisse, sur le thème : << lépreuve du nationalisme, dans la révolte des ivoiriens contre la France néo-coloniale >>
Communication de Mme. Angélica Ficher, journaliste de radio à Luzerne en Suisse, Vice-présidente du club Europe-Tiers monde, sur le thème :
<< la crise ivoirienne et la sous région ouest africaine >>
Contribution du Dr. Elisabeth Kétouré, Médecin-urgentiste à Abidjan Cocody, en Côte dIvoire, sur le thème : << les femmes dans la crise ivoirienne >>
Communication de Mr. Drissa Diabaté, politologue à Fribourg Suisse vice-président de lobservatoire de lAfrique de louest.
<< La Côte dIvoire, quel recomposition après la guerre ? >>
Canevas de la communication sur le thème
<< Lépreuve du nationalisme, dans la révolte des ivoiriens contre la France néo-Coloniale >>
1) Introduction et prise de parole
2) Le présent éburnéen
3) De la révolution parlons-en
4) Le nationalisme, essai de définition
5) Les hommes du drame
6) Les accords de coopération
7) De livoirité à lAkanité
8) La classe politique ivoirienne et la crise
9) Les relations avec la France
10) Les risques de libanisation
11) Pour une Afrique humaine et digne de notre temps
12) Rendre lEtat à la Nation
13) Postulat de conclusion
Introduction et prise de parole
Chers frères et surs des communautés du tiers monde
Chers compatriotes éburnéens, chers amis étudiants.
Nous remercions les organisateurs et en particulier le premier dentre eux le Dr. Karl Schiffer, juriste, que nous avons connu il y a quelques années pour ses prises de positions courageuses en faveur des peuples du tiers monde.
Nous vous remercions et saluons tous vos collaborateurs pour lamitié que vous manifestez à notre endroit en nous conviant à participer à cette rencontre concernant lavenir de notre pays dorigine la République de Côte dIvoire, plongée dans une guerre sans nom, orchestrée par la France néo-coloniale.
Nous saluons des deux mains le Pr. Claude Hagman, du Département de polémologie de lUniversité, Marc Bloch de Strasbourg, modérateur et président du comité Scientifique de ce Colloque, qui apportera nous en sommes persuadé sa grande expérience des rencontres internationales à la direction de nos débats, afin de nous donner un éclairage nouveau sur le fond de la crise ivoirienne. Merci enfin à vous tous pour lintérêt que vous portez à la Côte d Ivoire en participant à ces échanges utiles pour son avenir.
Mesdames et Messieurs, le ton de cette intervention pourrait surprendre ou déplaire, le problème est que nous avons fait le choix de nous exprimer en toute liberté, car cest la peur des peuples qui a amené les bolcheviques au pouvoir en 1917, cest cette même peur du lendemain qui poussa les allemands à porter Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933, sinon comment Benito Mussolini un cordonnier a t-il pu diriger lItalie ? la peur est le principal ennemi de la liberté.
Cest par peur que les citoyens se taisent pour donner leur assentiment au totalitarisme, demandez aux anciens allemands de lest et il vous diront quils ont cohabité avec la peur au ventre pendant 45 ans en sachant quils étaient dans le faux.
Non, nous nintervenons pas ici pour faire du mal à qui que ce soit, ni pour nuire aux intérêts de tel pouvoir ou de telle multinationale, mais de contribuer à lémergence de voies nouvelles pour un sort meilleur pour notre peuple. Comme le dit si bien notre frère le député de Bako, Mr. Mamadou Ben Soumahoro, << Cest la vérité qui est cruelle et non celui qui la dit >>.
La vérité est quil y a eu 800 000 morts au Rwanda dans un génocide orchestré par la France à travers son soutien au gouvernement tortionnaire dHabyarimana et personne na levé le petit doit pour aider ce malheureux pays et son peuple. il y a eu 2 millions de morts au Soudan dans une guerre oublié par loccident. Les sécheresses à répétition de 1973 à 1985 ont fait plus de trois millions de morts en Afrique sahélienne.
Et voilà que le tsunami détruit lAsie du Sud-est onze ans après le génocide rwandais en faisant environ 200 000 morts. comme par hasard, voilà que cette même communauté internationale à la mémoire sélective, se réveille, dans une vrais pluie de dollars pour aider à la reconstruction du sud est asiatique, certains vont jusquà proposer ladoption des enfants Sir Lankais, thaïlandais, bengalis, indonésiens etc.. en disant cela nous ne sommes pas anti-blanc ou anti-français.
La femme qui partage notre modeste vie depuis une vingtaine dannées est une blanche, et nous sommes titulaire nous même dun passeport français, mais contrairement à dautres nous savons faire la différence entre le peuple français et sa classe politique pourrie par sa relation incestueuse avec les milieux de léconomie et le complexe militaro-industriel.
Nous ne sommes pas des politiciens à la recherche dun électorat, nous sommes un historien-chercheur et notre fonction de critique de notre propre société nest rien dautre que la logique qui commande à lhistorien de ne plus se contenter du passé, mais de défricher les voies de la raison pour comprendre et expliquer les causes des malheurs du temps présent.
Les évènements sanglants du mois de novembre dernier en Côte dIvoire, nous offrent loccasion dune analyse critique de la situation en Côte divoire, à laune de lélan nationaliste qui laccompagne, cest cela qui motive notre intervention de ce jour et rien dautre.
Nous, nous posons souvent la question de savoir entre lAfrique et loccident, qui a le plus besoin aujourdhui dentendre parler de partage, dattention du voisin, de solidarité, de justice, de liberté à légard des biens matériels, de non absolutisation de la raison humaine ?
Le présent éburnéen
Lhistoire humaine est la reconstitution, par les vivants, de la vie des morts. Elle naît donc de lintérêt actuel que des hommes pensant, souffrant, agissant, trouvent à explorer le passé.
Recherche dun ancêtre dont le prestige et la gloire se prolongent jusquau présent, éloge des vertus qui firent naître et prospérer la cité, récits des malheurs voulus par les Dieux ou appelés par les fautes des humains qui en précipitèrent la ruine, la mémoire collective comme la mémoire de lindividu part de la fiction, mythe ou légende, et se fraye péniblement un chemin vers la réalité.
Peut-être la conjoncture historique nest-elle pas aussi radicalement originale que nous somme enclins à le penser : à coup sûr, la conscience historique de notre époque est sans précédente. Aucune civilisation ne peut plus ignorer aujourdhui quelle est une entre dautres, née à la vie en un âge lointain, et peut-être promise à la mort.
Les ivoiriens découvrent la particularité collective de leur propre société au moment ou celle-ci entre de façon frontale en contact avec le néo-colonialisme français, jamais les ivoiriens ne le firent avec autant de rage dans le passé.
Aussi dans notre conscience historique déburnéen, se mêlent et sopposent des visions de fataliste. Tout se répète, la colère, les visions mélancoliques une époque sachève, celle de la prééminence de la France sur la Côte dIvoire. Le présent de notre pays et de notre peuple marque autant un début quune fin.
Il nest pas impossible dinterpréter les évènements du mois de novembre dernier à la lumière des évènement analogues en Egypte, en Guinée, et en Algérie. Les ivoiriens ont le sentiment de vivre une époque sans précédente, aussi il nous apparaît vrais ou du moins vraisemblable que les ivoiriens ont vécus au cour du mois de novembre dernier, une sorte de révolution. Peut-être vaudrait-il mieux dire mutation.
De la révolution, parlons-en !
La révolution selon nous, est un mot à double sens qui masque depuis deux siècles une des plus tragiques équivoques qui aient pu égarer les hommes. Par révolution, nous entendons parfois une orientation nouvelle de lesprit humain, une porte ouverte sur lavenir.
Cest dans ce sens que nous parlons du christianisme comme dune grande révolution de lhumanité, parce quil a introduit le principe de légalité des hommes et quil a substitué au polythéisme le monothéisme des juifs.
La révolution est donc différente de la révolte, qui est une indignation et un acte de soulèvement par lequel un groupe de personnes rejettent les règles sociales établies ou lautorité politique dun pouvoir établit, ou dans le cas des ivoiriens, la tutelle et la main mise de la France sur leur pays.
Mais une révolution peut aussi être violente, la révolution nord-américaine fut une rébellion coloniale contre une puissance coloniale. La révolution française fut une rébellion sociale, politique et économique contre ancien régime. Il ne sagissait pas dexpulser une puissance étrangère, mais de détruire lordre intérieur soutenu, des siècles durant, par la tradition, la légitimité et lunion paradoxale de labsolutisme royal et du privilège féodal.
La révolution française détruisit violemment les institutions de lancien régime et les remplaça par des formes nouvelles, peut-être improbables, dautodétermination et de libre association civile. Ces deux révolutions furent très riche en tueries et en exécutions sommaires.
Curieusement en Amérique les droits des populations indigènes ne seront pas protégé par cette révolution, lesclavage sera maintenu jusquà la guerre de sécession, conduite par Lincoln et cest la lutte pour les droits civiques conduite par notre frère le pasteur, Martin Luther King qui permettra à lAmérique de faire son aggiornamento.
En France, la révolution na pas empêché la colonisation et son cortège de mépris pour des peuples dont le seul crime était simplement dêtre différents des français.
Ces deux révolutions furent ainsi marquées par le seaux de linégalité . elles proclamèrent les droits universelles de lhomme, tout en excluant les femmes auxquelles le droit de vote fut refusé. Sur ce point vous conviendrez avec nous que la révolution est aussi un long processus de transformation économique, sociale et politique.
En Afrique, le mot révolution, a été pendant longtemps mis à toutes les sauces, le parti politique sur lequel Mobutu sappuya pour accomplir son funeste destin sappelait le MPR, le mouvement populaire de la révolution, celui de son ami le rwandais Habiyarimana sappelait le MRND le mouvement révolutionnaire national pour le développement. Hamed Sékou Touré, se disait aussi révolutionnaire, son parti le PDG était dit-t-on lémanation de la révolution démocratique Africaine, et pourtant ils ont plongé la Guinée et son peuple dans la misère et la peur.
Vous conviendrez avec nous que la fin tragique de ces trois personnes et de leur parti, justifie la méfiance que les africains ont à légard des mots : révolution, indépendance, socialisme, amitié, coopération et solidarité quand-t-ils sont prononcé par des politicards Européens et leurs valets, les laquais Africains.
Mesdames et Messieurs, le coup détat et le renversement dun pouvoir politique par un autre nest forcement pas une révolution, dans le cas de la Côte dIvoire, il sagit dune révolte populaire, contre le caractère
né-colonial de limplication de la France dans les affaires ivoiriennes.
Le Nationalisme, essai de définition
Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que lunité politique et lunité nationale doivent être congruente. Cest en fonction de ce principe que le nationalisme en tant que sentiment ou que mouvement peut le mieux être défini.
Le sentiment nationaliste est le sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ou le sentiment de satisfaction que procure sa réalisation. Un mouvement nationaliste est un mouvement animé par un tel sentiment., lorsque les égyptiens descendent en masse dans les rues du Caire le 26 juillet 1956 pour saluer la nationalisation du canal de Suez qui bien quen territoire égyptien, appartenait aux Franco-Britaniques.
le sentiment national et la détermination du peuple algérien furent pour beaucoup dans la victoire finale contre loccupant français du 1er novembre 1954 au 02. juillet 1962. le peuple vietnamien grâce à une conscience nationale cimentée par son attachement à la liberté a réussi à chasser la France de lIndochine, après la victoire de Diên Biên phu dans le Tonkin, et cest la queue entre les jambes comme des chiens battus que les français et plus tard les américains ont quitté le Vietnam en laissant derrière eux de nombreux prisonniers, désemparés comme les occupants dune barque de pêcheurs en haute mer au beau milieu dune tempête.
Mesdames et Messieurs, chers compatriotes ivoiriens, chers frères et surs dAfrique et dailleurs, le nationalisme pour nous, est en effet, un mélange de divers sentiments et mouvements ayant pour but lémancipation politique, la valorisation de la culture et de lidentité et donc de la souveraineté, il apparaît comme lune des grandes forces mystérieuses qui meuvent lhistoire humaine et lhistoire africaine en particulier.
La pensée nationaliste selon nous implique un anti-colonialisme, voir un anti-impérialisme viscéral ainsi que les idées de liberté, dunité et de progrès, à notre manière, nous pensons que De Gaule qui incarnait la légitimité du nationalisme français pendant loccupation allemande comprendrait mieux la portée considérable de la volonté des ivoiriens de toutes les couches et de toutes les classes de sengager dans un pays et dans un monde en donnant un sens à soit même.
Pour faire plus simple, il en découle donc du nationalisme une politique dont les objectifs essentiels sont : lindépendance, lunité et la prospérité de sa propre nation et de son propre peuple.
Chirac et Gbagbo, Les hommes du drame
En tout et pour tout Jacques Chirac et Laurent Gbagbo se sont rencontré quatre fois dans la vie, leurs entretiens ont été bref. Cette brièveté suffit-elle pour entraîner une confiance entre les deux hommes qui se connaissent à peine ? pour réussir, comme on le sait, la politique exige le dialogue entre les interlocuteurs et lappréciation mutuelle de leurs qualités.
Exemples : le trio : Molotov, Pham Van Dong et Pierre Mendes France, dans les négociations sur la guerre dIndochine, Henri Kissinger et le Duc Tho, pour la fin de la guerre du Vietnam, Menaem Begin et Anouar el Sadate pour la paix Israelo-Egyptienne, Nelson Mandela et Frederick De Klerck pour la fin de lapartheid, Shimon Pères et Yasser Arafat dans le processus de paix israélo-arabe.
Lincompréhension et la haine entre Chirac et Gbagbo, sont nées des méfiances réciproques quils cultivent lun envers lautre. Pour le Président ivoirien, sont cur, sa raison, les intérêts les plus évidents de son pays, lui font choisir la liberté et lindépendance nationale de la Côte dIvoire, qui ne doit plus être la chasse-gardée de la France, il rejette catégoriquement toute politique visant à perpétuer le régime néo-colonial, la souveraineté de son pays nest pas négociable.
Professeur dhistoire Laurent Gbagbo soutien sans ambiguïté une revendication essentielle la renaissance de la personnalité ivoirienne et africaine. Pour lui les peuples Africains ne doivent plus baisser la tête devant le << blakoro >> français. Ici naît la démarcation entre les deux hommes.
Jacques Chirac, le gaulliste, lhéritier de la croix de Lorraine voit dans cette position du pouvoir ivoirien une ingratitude des socialistes du FPI contre la France qui a donné à la Côte dIvoire plus dattention et dinvestissements que les autres pays dAfrique noire.
Le ton péremptoire teinté dironie qui caractérise son homologue ivoirien lagace au plus haut point ( on ne sort pas dune guerre, comme on sort dun dîner de gala ) habitué à fréquenter les Bongo, Mobutu, Eyadema, Didier Raktsiraka, Compaoré et autres Sassou Nguesso, Chirac, avec condescendance et orgueil ne voit que les intérêts à court terme de son pays et surtout ceux des multinationales qui gravitent autour du Palais de lElysée, situé au 55 de la rue du Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris, France.
Cest justement sur ce point précis quil se trompe et tout le drame découle de cette mauvaise appréciation. Il na pas compris que les ivoiriens veulent un vrais mariage avec la France et non dun concubinage dans lequel, le << blakoro >> français ne cherche quà nous flouer.
Dans la réalité Chirac est un homme qui manque de lucidité, en tant quhistorien nous avons parcourut sa vie sans jamais trouver un message fort, un discours ambitieux et un projet de société novateur pour son pays. Il ny a en lui rien qui fonde un homme dEtat.
Sa dissolution calamiteuse du parlement dans lequel il détenait la majorité en 1997 est lillustration de la cécité politique qui le caractérise, il veut imiter De Gaulle, mais il restera lombre de lui même, cest un animal politique certes, mais il ne sera jamais un homme dEtat.
Nous avons cherché vainement un texte, un discours, un projet de loi qui traduirait lampleur de sa vue et la profondeur de ses réflexionsnous navons rien trouvé, même les historien du néo-gaullisme reconnaissent aujourdhui la pertinence de cette affirmation.