Le Burkina Fasso: Etat mercenaire

Publié le par Mathieu N'Do

Mon intervention est un témoignage. Parce que cela est connu
maintenant, la position du Burkina Faso dans la crise ivoirienne est
difficile. Je dois l'avouer, à mon niveau personnel, parler de mon
pays pose un problème de conscience. J'en arrive à me demander que
faut-il dire pour dénoncer l'arbitraire, et que doit-on garder pour
soi parce que l'on vient d'un pays dont on doit parler ? Mais la
vérité doit être dite.
Pour commencer, je vais relater des événements qui viennent de se
dérouler (samedi matin, NDLR) dans mon pays.

Des mouvements de jeunes issus de partis politiques de l'opposition
et de la société civile qui se sont réunis autour d'un mouvement
qu'ils ont appelé le CODECO (Comité pour la défense de la
constitution) qui ont décidé d'organiser une marche pour protester
contre la candidature de Blaise Compaoré aux élections
présidentielles de novembre prochain. Ces jeunes s'organisent parce
que la constitution en principe interdit à Blaise Compaoré de briguer
un autre mandat après deux de sept ans. Depuis quelques temps, il se
lève des comités de soutien financés par Compaoré pour sa
candidature. Les jeunes ont donc voulu faire une manifestation légale
pour protester contre l'imposture à venir. Lors de la manifestation
ils ont été attaqués par des voyous armées de machettes et de
gourdins qui ont détruits les cars qui devaient les transporter et
fait de nombreux blessés. Voilà une peinture de la situation du
Burkina Faso actuelle.
Le Burkina depuis les années 58 a refusé la présence de l'armée
française en Haute Volta, celle-ci était présente à Bobo-Dioulasso.
Le premier président, Maurice Yaméogo a refusé les accords avec la
France. Les pressions de N'Diori et même de Houphouët Boigny
n'influeront pas sur sa position. Ce départ a eu pour conséquence
la création d'une armée voltaïque porteuse des défis de la
nation. Et consciente des enjeux de libération du continent. Mais 40
ans après, bien que le Burkina ne soit lié par aucun accord
stratégique avec la France, elle sert de main d'ouvre à ses plans
de déstabilisation de la sous région, piloté depuis Paris.

En mai 2002, il y a eu des élections législatives au Burkina. Elles
faisaient suites à l'assassinat du journaliste Norbert Zongo.
L'ambassadeur de France a convoqué les leaders de l'opposition de
l'époque pour leur dire d'arrêter leur participation dans le
gouvernement de large ouverture qui avait été mis en place pour une
transition. Et de laisser Blaise Compaoré gouverner. Cette prise de
position est une anecdote pour permettre de comprendre à quel point le
gouvernement français influence la politique au Burkina faso.
Seulement, ce «conseil» l'opposition burkinabé n'en comprendra
les subtilités que plus tard lors des événements de septembre 2002.
En clair, le coup était en préparation, il fallait éloigner des
gêneurs. Quelque temps après, ''L'Observateur palga'', le
premier quotidien privé du pays a fait un entrefilet dans ces colonnes
qui informait des manouvres militaires dans le nord du Burkina. Avec
pour instructeurs des militaires français. Le lendemain le directeur
de publication a été tancé par le pouvoir évoquant tantôt le
secret défense d'une telle information, la démentant aussi. Plus
tard, l'information s'est vérifiée, des camps d'entraînements
existaient dans le Nord du Burkina, encadrés par des instructeurs
français. A ces étrangers, on a attribué des pièces d'identité
burkinabé, pour compléter la forfaiture. Le rôle du Burkina est
réel dans la crise ivoirienne. On a vu les leaders de la rébellion
ivoirienne se balader à Ouaga. Wattao et Guillaume Soro, je les y
vois. Ils circulent sans être inquiétés avec des 4X4 dans les rues
de la capitale. Et, en ce moment, ils achètent à tour de bras villas,
Night clubs et Bar dancing.

La deuxième chose que le pouvoir a faite a été de diffuser en boucle
sur la télévision nationale le documentaire «Côte d'Ivoire,
poudrière identitaire». La vue du documentaire a formaté
l'opinion. Et le soutien de Blaise Compaoré à la rébellion
ivoirienne est apparu pour celle-ci comme un acte de défense des
intérêts des burkinabé de Côte d'Ivoire. La vision, par les
populations burkinabés des corps présentés comme étant ceux de
leurs compatriotes à jouer sur leur affect. Un problème entre
planteurs a été présenté comme une affaire politique, comme la
nouvelle inflexion de la politique de la Côte d'Ivoire contre les
burkinabé en Côte d'Ivoire. C'est pourquoi en début 2003,
lorsque la rencontre de Kléber est organisée, Blaise Compaoré peut,
à l'aéroport, faire une déclaration tapageuse annonçant que
Gbabgo mérite le Tribunal pénal international. Entre nous, nous
savons tous qui des deux méritent le TPI. Seulement, la mayonnaise a
pris à moitié. Parce que les gens ne sont pas dupes au Burkina. Ceux
qui mènent la guerre en Côte d'Ivoire se regroupent dans un clan
autour de Blaise Compaoré. Ce sont quelques personnes qui comme pour
le cas du Libéria ont fait du Burkina une base de transit pour les
armes et les diamants des la guerre. Ils ont alimentés le Libéria en
mercenaires pris dans l'armée burkinabé. La France a couvert la
méthode. Selon certaines sources, des autorités au sommet de l'Etat
Français avaient des pourcentages dans le trafic de ces diamants de la
guerre. C'est pourquoi le projet de résolution du Conseil de
sécurité de l'Onu en l'encontre du régime de Ouagadougou ne
verra jamais le jour. Après le Libéria, se furent la Sierra Léone,
et ensuite le Guinée. Et tout récemment une tentative de coup
d'Etat contre le gouvernement de la Mauritanie.

Blaise Compaoré s'est retrouvé dans une conjonction d'intérêt
entre lui et la France. Depuis des années, il n'a pas caché son
soutien pour Alassane Ouatara. Et son clan, composé de François
Compaoré son frère, la belle-mère de ce dernier et quelques têtes
au niveau de l'armée et au plan politiques, qui maintiennent la
population burkinabé dans une situation de crise avec le pays frères
de Côte d'Ivoire.

Mais depuis quelques temps, le peuple burkinabé commence à prendre
conscience des véritables enjeux de la crise en Côte d'Ivoire. Les
masques tombent, et il a peut-être fallu que cette guerre dure quelque
peu pour que l'on se rende compte des machinations du régime de
Ouagadougou. La grande crainte de Blaise Compaoré est de perdre son
pouvoir et c'est ce qui se profile à l'horizon. Novembre 2005 sera
un vote référendaire contre Blaise Compaoré. Ce sera un vote
sanction, parce que son action est suicidaire pour les burkinabé
vivant en Côte d'Ivoire.

Je crois qu'il s'agit maintenant pour nous les accords de défense
entre la Côte d'Ivoire et La France était devenus caducs depuis le
coup d'Etat contre Bédié. Mieux, la preuve a été faite que la
crise ivoirienne était une agression extérieure et non une affaire
ivoiro-ivoirienne. Ces accords pouvaient être évoqués. Mais la prise
de position de Michèle Alliot-Marie parlant de la caducité de ces
accords devrait permettre au gouvernement ivoirien de trouver des voies
et moyens pour les dénoncer et les résilier. L'événement fera
tâche d'huile dans la sous région. S'agissant du rapport entre la
Côte d'Ivoire et le Burkina, nous pensons qu'il faut une
commission Vérité Justice et Réconciliation. Enfin, je crois qu'il
faut que se pose clairement le problème de l'immigration des
burkinabé vers la Côte d'Ivoire. Nous ne sommes plus dans les
années soixante pour que notre pays continue d'alimenter les pays
voisins en hommes sans que cela n'atteigne un seuil de tolérance.
C'est cette politique de contrôle de flux migratoire qui a manqué
aux gouvernements burkinabé qui se sont succédés. Il faut une
politique de régulation de ces flux. C'est dans l'intérêt même
du Burkina, et bien entendu dans celui de la sous-région. En
réalité, il s'agit de créer dans nos Etats, les conditions pour
que les populations s'y épanouissent.
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Publié dans medda

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