Un Journal Burkinabé Dénonce Le Parti Pris De Kofi Annan - Facture à Gbagbo

Publié le par San Finna


Fraternité Matin - 3/3/2006 8:35:36 PM

Jamais Kofi Annan n'aura été aussi teigneux dans une opposition à un chef d'Etat qu'il l'est vis-à-vis du président ivoirien Laurent Gbagbo. Jamais aussi dans sa rage d'avoir raison d'un adversaire, il ne sera allé aussi loin, au risque de se couvrir de honte mais aussi de dévoiler aux yeux de tous, ses intentions cachées. En effet, en envoyant une facture en bonne et due forme de plus de 3,5 millions de dollars US (environ 2 milliards de F.CFA) au Président ivoirien, pour le préjudice matériel subi par l'ONU suite aux évènements de Guiglo, le patron de la "Maison de Verre" pose un acte de plus qui montre sa posture partisane dans la crise ivoirienne. Mais par cet "aveu" également, il bafoue la dignité des Africains.
Il suffit pour s'en convaincre, de repenser au comportement des troupes onusiennes envoyées en interposition à travers le monde et spécialement sur le continent. Rares sont les pays où les Casques bleus envoyés n'ont pas eu à commettre des exactions à l'encontre de populations : trafics en tout genre, viols, esclavage sexuel mais aussi homicides… Et jamais on n'a vu ces populations ni leurs Etats présenter des factures aux Nations Unies pour réparation des préjudices subis. Plus caractéristique, il est arrivé que les populations elles-mêmes s'en prennent aux Nations Unies en réaction contre ce qu'elles subissaient. Cela s'est passé au Timor, au Rwanda, au Burundi mais cela se passe également en Haïti, en RDC, en Erythrée, au Darfour…
Mais jamais, on n'a entendu que Kofi Annan intime l'ordre aux dirigeants de ces pays de payer pour les dommages matériels subis aux Nations Unies, ou pour ceux subis par les Casques bleus ou par leurs ayants-droits, pour cause de blessures ou de mort. Pourquoi dans le cas particulier de la Côte d'Ivoire, Kofi Annan a-t-il jugé impérieux de se rendre justice à lui-même ? Qui l'a fait grand maître de la justice internationale pour qu'il préjuge des responsabilités dans les évènements survenus en Côte d'Ivoire pour condamner sans jugement, sans partage, le pouvoir ivoirien et fixer lui-même le montant de la réparation ?
A la vérité, Kofi Annan, en sa qualité de juge et partie, applique tout simplement la raison du plus fort. Quels sont, en effet, les éléments du dossier qui permettent d'induire la responsabilité exclusive du pouvoir dans les évènements ? Des préjudices, il y en a eu. Mais ne peut-on les attribuer à la provocation du Groupe de Travail International (GTI) qui, contre la Constitution, contre les différents accords signés dans le cadre de la crise, contre la résolution 1633 de l'ONU, contre la prévention des patriotes, a décidé que le mandat des députés était arrivé à échéance et qu'il ne fallait pas le reconduire ? Le GTI, bien qu'informé de la situation et mis en garde par les patriotes, en agissant comme il a fait dans une provocation, aggravée par la préméditation, ici manifeste. Il y a dans la justice des cas d'exonération, d'atténuation de peines, de partage de responsabilités lorsqu'il y a infraction consécutive à une provocation.
Et cela ne concerne pas seulement le mari ou la femme qui se venge, sous l'impulsion de la passion, devant le flagrant délit d'adultère. Ici, les patriotes n'ont fait que réagir sous l'impulsion de cette provocation, comme en état de légitime défense pour protéger leur honneur, leurs institutions bafouées. Mais Kofi Annan, qui a déjà préjugé, dont l'objectif est déjà arrêté, balaie ces arguments du revers de la main. En somme, il faut traquer la "bête" qui ne veut pas mourir, jusque dans ses ultimes retranchements. Venant après la condamnation des patriotes ivoiriens comme obstacles à la paix, alors que les vrais responsables de la crise sont connus, il y a de quoi attiser la haine dans le cœur des Ivoiriens et des Africains. Une haine d'autant plus justifiée que les forces onusiennes à Guiglo ont paniqué devant la réaction des patriotes. La Force Licorne le reconnaît : les forces onusiennes elles-mêmes n'en disconviennent pas. Formées pour faire face à de tels évènements, elles ont manqué de sang froid et utilisé des moyens disproportionnés pour faire face à une menace qu'ils croyaient totale : elles ont ainsi tué 5 personnes et fait de nombreux blessés. Qu'en est-il de la douleur éprouvée par les ayants-droits de ces personnes à jamais disparues ? Qu'en est-il du préjudice de ces victimes dont certaines seront handicapées à vie ? Pas un mot de compassion, pas un geste pour tenter de réparer ces dommages incommensurables.
Non, ce qui importe seul à Kofi Annan, c'est d'enfoncer encore plus ce régime qui se débat contre 1001 difficultés. Ce qui importe pour lui, en tendant honteusement cette facture non pas au Premier ministre à la limite, mais au président de la République, c'est de continuer de le diaboliser ; de tenter, grâce à ses appuis diplomatiques et médiatiques, d'ancrer définitivement dans l'opinion internationale, que Laurent Gbagbo est le "Mal" à extraire. Ainsi, la voie lui sera offerte dans l'escalade programmée des sanctions onusiennes, pour en finir avec le président ivoirien. Le hic, dans toute cette triste cabale, c'est que non seulement les Africains ne se laissent plus abuser par le conditionnement diplomatique et médiatique (ce qui enlève beaucoup de son impact à l'initiative de Kofi Annan), mais surtout c'est que, comme par l'effet d'une justice immanente qui vient toujours au secours de ce pays agressé depuis plus de 3 ans, cette énième charge se retourne encore une fois contre les agresseurs. En dévoilant davantage l'iniquité profonde qui se trouve à la base du traitement de cette crise par la communauté internationale. (Source :
L'Hebdomadaire burkinabé "San Finna") V.T

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Publié dans L'O.N.U.

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