Ilan, Fofana et les machinations macabres de Sarkozy

Publié le par Elijah Laggoh

Dans un Thriller, on écrirait en introduction : ceci est l’histoire de l’assassinat du juif français Ilan Hilami par Youssouf Fofana, un français d’origine ivoirienne, devenu délinquant par la conjugaison de plusieurs facteurs de son éducation en France où il est né, et les contours politiques de cette affaire. Mais ce qui suit n’est pas une fiction. C’est de la réalité pure et triste.

En rappel, il s’agit du meurtre de Ilan Hilami, un juif français dont le corps a été découvert le 13 février dernier, marqué par plusieurs traces de tortures. Plusieurs personnes ont été interpellées à cet effet par la police française. Mais le chef du gang s’est enfui en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de ses parents. Après une coopération franche entre les polices française et ivoirienne, le présumé malfrat est arrêté à Abidjan deux jours plus tard et mis à la disposition des 2 policiers français, spécialement envoyés à Abidjan pour suivre l’affaire.

Selon le délinquant, il aurait commis le crime pour cause d’argent. Mais à Paris, sans toute attache, les organisations religieuses et laïques sont jetées dans la rue pour disent-elles dénoncer l’antisémitisme.

Comment est-on passé de l’un à l’autre ; Pourquoi a-t-on crié immédiatement à l’antisémitisme alors que rien n’indique, du moins jusqu’à présent, une piste antisémite, Puisque selon les propos qui nous sont parvenus de la police qui a interrogé le franco-ivoirien, aucun motif antisémite ne l’aurait guidé.

Croyant que les parents de sa victime étaient riches, le présumé coupable se serait attaqué à Hilami dans l’intention d’extorquer de l’argent à sa famille. C’est donc un kidnapping ordinaire pour exiger une rançon. Comment en est-on donc parvenu à la déplorable thèse de l’antisémitisme à Paris ?

Un cadre africain vivant en Allemagne s’est ouvert à nous pour éclairer notre lanterne. Cet homme qui condamne absolument la mort d’Ilan soutient mordicus que la mobilisation parisienne sert à tomber définitivement Laurent Gbagbo. Pour lui, étant entendu que les rebelles de Côte d’Ivoire avaient soutenu dans les premiers jours de leur combat qu’ils en veulent à Gbagbo pour des raisons d’exclusion et de racisme, en mobilisant SOS-racisme, un symbole fort de la lutte contre l’exclusion, des représentants religieux et quelques hommes politiques on veut établir clairement que le chef de l’exécutif à Abidjan est vraiment "infréquentable". Après les campagnes des enfants esclaves dans les plantations ivoiriennes, après les campagnes contre l’ivoirité, « ses détracteurs pensent qu’il ne sortira pas indemne de la campagne antisémite » affirme notre interlocuteur pensif avant de continuer. « Aussi sait-on ses rapports avec Israël et la forte protection que lui apportent les services secrets israéliens. Lui coller l’antisémitisme à la peau, ce serait définitivement lui couper les herbes sous les pieds et le rendre absolument vulnérable ».

Par ailleurs, sachant ce que le président israélien, Moshé Katsav, pense de la France et de son antisémitisme, l’occasion est donnée aux français de faire croire que les actes antisémites dans l’hexagone sont plutôt le fait de Français issus de l’immigration, des enfants des banlieues et non des "Français de souche". Si le front national de Le Pen et Sarkozy se retrouvent à la même marche, Si le très respectable ex-premier ministre Lionel Jospin a marché aux côtés de Sarkozy et du front national, c’est que l’intérêt de cette manifestation est d’autant important qu’il se situe au-dessus des quelques divergences de points de vue politiques. Il s’agit de défendre l’image de la France, longtemps considérée par Israël comme l’un des pays les plus antisémites d’Europe.

"C’est un cri des Républicains contre ceux qui voudraient réinstaller en France le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie", a déclaré Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, venu "au nom de tous les députés, de droite comme de gauche". Nous rapporte Reuters. La France s’embourbe vraiment dans une réalité utopiste. Se servir de Ilan pour faire croire ce qui ne l’est pas est triste. Heureusement, les autres pays occidentaux ont une lecture différente des évènements qui ne se laissent plus prendre aux démagogies bon marché de la France. Depuis le conflit des banlieues, on observe autrement la France. On sait qu’elle est capable de campagnes d’intoxication incroyables.

En organisant leur marche, ce dimanche, Sarkozy, Débré et tous les autres pensaient détourner sur la Côte d’Ivoire la suspicion des juifs à l’égard de la France. Mais on ne peut pas cacher le soleil avec la main. Israël a sûrement ses raisons de craindre la France. Ce n’est pas l’utilisation éhontée de la mort du jeune Ilan qui fera disparaître d’un trait les sentiments, les expériences personnelles, les souffrances vécues. Non, ce serait trop facile et penser une telle possibilité, c’est d’ailleurs porter outrage à la capacité de jugement des juifs, c’est penser qu’on peut penser pour eux.

En outre, ce que Sarkozy, l’un des instigateurs de cette campagne, feint d’ignorer, c’est que d’Houphouët-Boigny à Gbagbo la Côte d’Ivoire a toujours été un partenaire privilégié de l’Etat hébreu. L’actuel ministre de l’intérieur français ferait donc mieux de chercher ses chances aux présidentielles de 2007 dans des actions plus honnêtes et moins macabres que celle qu’il mène actuellement.

Cela surtout, parce que ceux qui creusent en toute occasion suspectent déjà les services secrets français liés au ministère de Sarkozy d’avoir volontairement laissé sortir Fofana, parce que les stratèges politiques parisiens pensaient que le délinquant étant ressortissant du nord de la Côte d’Ivoire, une région actuellement inaccessible au président ivoirien, s’il parvenait à se cacher dans un village du nord, il serait pratiquement impossible à la police ivoirienne de l’arrêter. Ainsi, on aurait pu faire croire que c’est à cause de ses mauvaises relations avec Paris et pour des raisons antisémites que Laurent Gbagbo protège le malfrat franco-ivoirien.

Mais ce que ces "stratèges" ignorent, c’est que Youssouf Fofana ne connaît pas le nord du pays d’origine de ses parents et que pendant ses nombreux voyages en Côte d’Ivoire, c’est à Abidjan q’il a toujours séjourné. Et puis le style de vie (boîtes branchées, coupé-décallé, faro-faro) auquel il est habitué n’existant pas au nord, ce serait pratiquement impossible pour Fofana de se cacher longtemps dans le nord.

Un journaliste ivoirien pense, quant à lui, que si le ministère de l’intérieur français a laissé sortir le présumé meurtrier d’Ilan Halimi, à Abidjan aussi on savait qu’il arrivait. Ainsi ses mouvements étaient suivis.

Autant de supputations qui laissent entrevoir que Ilan Halimi, barbarement assassiné par des malfrats sans foi, est utilisé malheureusement par des politiciens véreux qui ne veulent louper aucune occasion pour conforter leur ascension politique. Il est terriblement regrettable et humainement triste de remarquer comment les politiques se battent au chevet d’une jeune personne qui n’était en rien politiquement engagée et qui se rendait tous les matins dans son shop avec l’espoir qu’un jour ses affaires fructifieraient, qu’il pourrait se permettre une vie meilleure...

En souhaitant à Ilan de reposer en paix, en dépit de ce que font tous ces agitateurs aux raisons lugubres, nous dénonçons et condamnons avec la ferme énergie toute sorte de pègre pour qui tous les moyens sont bons pour s’enrichir le plus rapidement possible ou pour préserver un standing acquis au prix de la vie d’autres personnes. Nous marchons pour Ilan Halimi contre tous ceux qui font couler le sang d’autres humains pour parvenir à leurs fins, de quelque ordre que cela soit. Nous marchons pour Ilan Halimi pour demander plus de sécurité pour tous, quel que soit le quartier qu’ils habitent et leur rang social. Nous marchons pour Ilan Halimi pour pleurer un homme qui ne demandait qu’à vivre.

Elijah Laggoh

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Publié dans Messages divers

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