interview du Professeur bamba

Publié le par Professeur bamba

Je vous expédie l'intégralité de l'interview du professeur Bamba Morifere SG du PPS(gauche socialiste). J'adhère au contenu qui, rejoint ma position  sur la situation en Côte d'ivoire. "quelque soit le problème qui nous sépare il ne faut pas brader l'indépendance dont la conquète reste inachevée"
cordialement Doumbia Major
www.doumbiamajor.blogspot.com
 
interview du Professeur bamba
INTERVIEW DU PROFESSEUR BAMBA MORIFERE
SECRETAIRE GENERAL DU PPS

1- Professeur, pensez-vous que le nouveau Gouvernement que vient de constituer le Premier Ministre Charles Konan BANNY est à même de remplir sa mission ?

Comme nous l’avons déjà expliqué précédemment, BANNY a pratiquement été imposé par des puissances étrangères comme Premier ministre sans aucune consultation du peuple ivoirien ; une telle consultation du peuple ivoirien aurait pu être organisée sous la forme d’une concertation nationale comme nous l’avions proposé, ce qui aurait doté le premier ministre et le gouvernement de transition de la légitimité nécessaire pour réaliser les tâches importantes que les ivoiriens attendent après l’échec du précédent Gouvernement . On constate par ailleurs que ce sont les mêmes acteurs, dont certains figurent sur les listes des auteurs de violation grave des droits de l’homme et du droit humanitaire international établies par les Nations – unies, responsables de l’échec du Gouvernement précédent qui ont été reconduits.

Par ailleurs, vous vous souvenez certainement que la composition du précédent gouvernement dit de réconciliation nationale constitué suite aux accords de paix conclus à Linas – Marcoussis avait été circonscrite aux partis représentés à l’assemblée Nationale.

D’où vient-il alors aujourd’hui qu’on nous parle de représentants de la Société civile dans le Gouvernement BANNY, lorsque l’on sait que la société civile qui est bien organisée en CI n’a jamais été consultée ? Même la fameuse concertation prévue à Yamoussoukro évoquée initialement par les Nations – Unies pour avaliser après coup le choix imposé de l’extérieur n’a pas eu lieu.

En réalité, ce Gouvernement, constitué de manière partisane fait la part belle à l’ancien parti unique, le PDCI dont le Premier Ministre se réclame ouvertement. En outre, Charles konan BANNY n’a jamais caché ses ambitions politiques puisqu’il était candidat déclaré à la future élection présidentielle, comment ne pas penser dans ces conditions qu’il n’utilisera pas sa position actuelle comme tremplin pour son avenir politique personnel ? On est donc très loin de la position de neutralité que l’on est en droit d’attendre d’un premier Ministre de transition. Il me parait par conséquent difficile avec un tel Gouvernement d’entrevoir l’évolution de la situation politique sous de meilleurs auspices qu’avec le précédent gouvernement de Seydou Diarra.
Dans ces conditions, l’irruption de BANNY, plutôt que d’être un facteur de stabilisation de la transition, nous paraît au contraire constitué un facteur de complication supplémentaire pour le processus de paix en CI.

2- Je voudrais vous faire remarquer professeur, qu’il a bien été indiqué que Monsieur BANNY ne peut être candidat à la prochaine élection présidentielle

A notre avis, la question ne se pose pas en terme de candidature ou non de BANNY à la prochaine élection présidentielle, elle se pose d’abord en terme de neutralité, or, sur ce plan, il est indéniable que BANNY est bel et bien membre du PDCI, ce qu’il ne conteste nullement. De plus, il est manifeste que ce Gouvernement est majoritairement PDCI. Ensuite, il est établi que BANNY envisage être candidat un jour ou l’autre, c’est-à-dire qu’il a des ambitions politiques avérées pour le futur, de sorte que les actes et décisions qu’il sera amenés à poser ne pourront naturellement être dénués d’arrière pensées politiques. Cette situation ne peut qu’influencer de manière négative le processus de transition en cours, en dehors du fait que BANNY ait été imposé aux ivoiriens par des mains étrangères et n’a donc aucune légitimité démocratique.

Par ailleurs, sur ce plan de candidature ou non, je vous rappelle le cas Seydou Diarra pour lequel on avait également indiqué qu’il ne pouvait être candidat, mais qu’en est-il aujourd’hui puisqu’il n’est plus premier Ministre ? Il était même admis que Diarra restait en place jusqu’aux élections. Dans les circonstances de transition cahotique que connaît notre pays aujourd’hui, qui peut prévoir à l’avance dans quelles conditions les prochaines élections auront lieu ?

3- Qu’attendez-vous du nouveau Gouvernement ?

Qu’il réalise sans délai, conformement aux accords de paix, le programme minimum suivant :
- mettre fin à l’impunité en demandant la publication immédiate par les Nations – Unies des rapports d’enquête sur l’ensemble du territoire national afin de traduire devant la Justice internationale les auteurs des violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire international ainsi que les auteurs des infractions économiques graves ;
- procéder au désarmement ;
- procéder à la restructuration et à la refondation des Forces de Défense et de Sécurité
- créer un climat de paix et de sécurité pour les personnes et les biens sur l’ensemble du territoire national pour permettre aux partis d’exercer librement leurs activités sur l’ensemble du territoire national
- procéder à l’amendement de la constitution ou à l’adoption d’une nouvelle constitution par la voie démocratique du référendum
- mettre en place une commission électorale véritablement indépendante au sein de laquelle seront représentés tous les partis ayant participé à la CNE mise en place en 2000, avec à sa tête une personnalité indépendante des partis politiques.
L’organisation des prochaines élections générales ne peut avoir lieu sans avoir réglé auparavant ces questions cruciales.

4- Le Premier ministre vient de former son cabinet au sein duquel apparaissent des personnalités déjà connues qui ont notamment appartenu au Gouvernement BEDIE de 1993 à 1999, qu’en pensez-vous ?

Cela confirme nos appréhensions quant au caractère partisan du Gouvernement actuel. En effet, les personnalités que vous évoquez sont bien connues des ivoiriens. Il s’agit de celles là mêmes qui ont tristement symbolisé la politique de l’ivoirité et de répression mise en œuvre par le régime BEDIE et qui est à l’origine de la grave crise que connaît notre pays. L’une d’elle, qui se trouve être curieusement chargé auprès du Premier Ministre des questions électorales est celle là même qui a codifié au plan électoral la politique de l’ivoirité et d’exclusion et mis en oeuvre la « technologie électorale » du régime BEDIE et qui a été à l’origine du boycott actif de 1995.

C’est également elle qui a fait de feu Djény KOBINA un apatride en faisant annuler sa candidature à l’élection législative à Adjamé en 1995, prétextant qu’il était ghanéen et invalidé l’élection d’un député de l’opposition à Gagnoa en 1995, au prétexte qu’il était étranger.

Quant à la seconde, chargé du DDR auprès du Premier ministre, ses méthodes autoritaires, pour parler avec pudeur, contre les manifestants de l’opposition de l’époque, jusque à l’intérieur des mosquées et contre les leaders de l’opposition qu’il se plaisait à humilier sont encore vivaces dans les mémoires. Par ailleurs, le fait que ces personnalités que vous évoquez aient été pressenties par certaines puissances extérieures pour le poste de premier ministre de transition en dit long sur le drame et la tragédie que vit notre peuple.

5- Ne pensez-vous pas que ce cabinet du premier Ministre constitue un Gouvernement bis au vu des personnalités qui l’animent ?

Sûrement, c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est une véritable écurie présidentielle, personne ne doit être dupe. C’est la raison pour laquelle nous considérons qu’il s’agit non seulement d’un Premier Ministre et d ‘un Gouvernement partisans, mais également d’un Premier ministre qui a des arrière pensées politiques pour des ambitions futures, ce qui n’augure rien de positif pour le processus en cours et qui peut constituer à terme une véritable menace pour la paix en CI.

6- En Octobre dernier, vous aviez organisé une conférence de presse avec le Général PALENFO pour réclamer une transition, où en êtes vous avec cette position ?

Notre position n’a pas changé d’un iota. Nous restons toujours convaincus que seule une transition crédible, animée par des personnalités crédibles bénéficiant d’un minimum de légitimité populaire, prenant en compte l’ensemble des composantes et forces vives de la société ivoirienne, civil comme militaire, est capable de mettre en œuvre un programme minimum de transition tel que je vous l’ai indiqué, dans l’intérêt supérieur de la CI.

La situation actuelle consistant à imposer aux ivoiriens avec la complicité de certains acteurs politiques, un premier ministre, membre avéré de l’ancien parti unique, dépourvu d’un minimum d’expérience personnelle dans le domaine politique et en quête d’un tremplin pour des ambitions politiques futures ne nous semble pas de nature à réunir les conditions favorables pour un retour à la paix dans notre pays.
C’est la raison pour laquelle nous avons appelé au rassemblement pour une nouvelle alternative politique sur la base des valeurs patriotiques et progressistes.
Aujourd’hui, compte tenu de l’implication durable des forces et des intérêts étrangers dans la crise actuelle et de l’état de déliquescence avancée de la situation, la crise politique s’est aggravée par une crise de souveraineté et de l’indépendance de la CI.

En effet, les signataires des accords de paix, à force d’être instrumentalisés, dès le départ par des intérêts étrangers pour les uns, et d’attendre leur salut de la bonne volonté des Chefs d’état étrangers et de la communauté internationale pour les autres, ont perdu toute capacité de défendre les intérêts nationaux de la CI ou de résister peu ou prou aux dictats venus de l’extérieur. Dans ces conditions, la seule solution durable de sortie de crise réside dans la constitution d’une nouvelle alternative politique par un sursaut patriotique et progressiste pour maintenir la souveraineté de la CI et assurer sa renaissance. C’est à cette tâche que nous avons décidé de nous atteler.

7- Quelle est votre position sur la prolongation ou non du mandat des députés ?

Notre opinion sur cette question est très claire. A partir du moment où le mandat présidentiel se trouve être prolongé, celui de l’assemblée nationale doit être prolongé automatiquement, c’est une question de bon sens et de parallélisme sur laquelle le conseil constitutionnel a dit le droit. C’est une question de principe et non de politique politicienne et partisane.

Dans le fond, nous aurions souhaité qu’après le 31 Octobre, la question de la transition soit traitée dans son ensemble de manière globale dans le cadre d’une concertation par les ivoiriens avec l’appui de la communauté internationale, compte tenu du caractère inédit de la situation reconnu par tous les constitutionnalistes éminents. Ni l’Union Africaine, ni le Conseil de sécurité des Nations – unies n’avait le pouvoir de décider de la prolongation du mandat présidentiel comme ils l’ont fait.
Aujourd’hui, il ne peut y avoir lieu à polémique ou même à négociation sur cette question dès lors que le mandat présidentiel est prolongé dans les faits, celui de l’assemblée nationale doit être prolongé de manière automatique.

8- Que pensez-vous de la proposition du GTI de ne pas prolonger le mandat des Députés, proposition qui est à l’origine des derniers évènements survenus en CI ?

Sur cette question, la position exprimée par le président OBASSANDJO du Nigeria lors de sa visite éclair en CI au plus fort des manifestations nous paraît correcte. En effet, il n’est pas dans les prérogatives, ni de la responsabilité du GTI de décider de la prolongation ou non du mandat des députés ivoiriens, ni même de proposer quoique ce soit. Ce groupe de travail est un groupe de suivi des accords qui devrait plutôt s’atteler à aider à la mise en œuvre de la feuille de route. Dans la forme comme dans le fond, la position du GTI frise la provocation ou même la diversion à un moment où le Gouvernement BANNY devrait avoir des tâches plus urgentes.
Dans le fond, proposer de ne pas prolonger le mandat des Députés dans le but de donner les pleins pouvoir à un premier ministre qui n’a aucune légitimité populaire est inacceptable et pose le problème de l’intention réelle de la communauté internationale dans la mesure où l’on se souvient que Seydou Diarra n’a pas bénéficié d’une telle sollicitude, d’une telle implication et d’un tel empressement de la part de la communauté internationale lui, dont la neutralité ne pouvait être mise en cause, c’est à se demander s’il n’y a pas un agenda caché.

L’on a même entendu dire que le parti au pouvoir serait majoritaire au parlement, ce qui est inexact, et qu’il pourrait ainsi gêner l’action du premier ministre par ce biais. A supposer même que ce soit le cas, ce ne serait que le jeu normal de la démocratie. Je rappelle que toutes les transitions en Afrique (RDC, RCA, etc..) se sont dotées de Parlements de transition pour servir de contre poids à l’action du gouvernement.

Ce qui est surprenant par contre, c’est d’entendre certains acteurs politiques dire des inepties du genre « le mandat des députés ne peut être prolongé » ou du genre « il faut en faire une chambre consultative ou leur confier des missions » ou en faire un objet de négociation, comme si eux avaient une autorité quelconque pour en décider.

En effet, dans les circonstances actuelles, la prolongation du mandat des Députés ne peut faire l’objet de négociation, elle s’impose tout simplement, c’est une question de principe. C’est la raison pour laquelle la dernière mission Sud-africaine en CI était inopportune et sans objet.

9- Est-ce que cette proposition du GTI pose vraiment un problème de souveraineté pour la CI, comme le disent certains ivoiriens ?

Il est vrai qu’une telle prise de position d’un groupe de travail composé de représentants de pays tiers et chargé d’accompagner la transition, dans un domaine aussi sensible que celui de l’assemblée nationale qui est par escence et historiquement le lieu d’expression de la souveraineté populaire au sens noble et donc à ce titre représente un symbole fort de la Nation, est de nature à heurter le sentiment national des ivoiriens, à un moment où partout dans le monde, les peuples et les pays aspirent à leur indépendance véritable et à leur libération.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les dernières manifestations qui dans l’ensemble se sont déroulées pacifiquement et que nous avons totalement approuvées. A contrario, l’absence de réactions de la part des ivoiriens aurait été un mauvais présage pour l’avenir de notre pays et de sa jeunesse.
Lorsque l’on entend par exemple le Chef d’état major des armées françaises déclarer au cours de ces évènements que le temps est venu de sanctionner la CI, on ne peut qu’être choqué en tant qu’ivoirien.
La communauté internationale ne doit pas se méprendre sur la signification profonde de ces manifestations en les réduisant à des gesticulations de « patriotes pro-GBAGBO » comme on l’a entendu dire. De jeunes démocrates et patriotes sincères y ont participé et ont manifesté pour l’honneur de leur pays en considérant qu’il est aussi le leur et non la propriété de Laurent GBAGBO, et en considérant que le parti au pouvoir n’a pas le monopole du patriotisme vrai, au-delà de toute politique politicienne et partisane.

10- La CI est-elle sous tutelle des Nations – Unies, au vu de la polémique actuelle ?

Votre question est pertinente, on peut raisonnablement se le demander au vu de l’implication de plus en plus manifeste du GTI dans la transition en cours depuis la nomination de BANNY. On note en tout cas une telle volonté de mise sous tutelle de la CI dans l’imbroglio actuel. Pourtant, la constitution ivoirienne n’ayant pas été suspendue, elle ne peut qu’être en vigueur, il ne peut donc être question de mise sous tutelle de la CI.

D’ailleurs, seul un coup d’état peut créer les conditions de suspension de la constitution. C’est la raison pour laquelle certains acteurs n’ont pas hésité à parler de logique de coup d’état, ce qui est parfaitement compréhensible, à l’occasion de la prise de position du GTI sur la prolongation du mandat des députés.

Par ailleurs, l’usage abusif par le Chef de l’Etat de l’article 48 de la constitution qui a été préconisé lors des « arrangements » de Pretoria et que nous avons dénoncé à juste titre en son temps, pour faire en sorte que certains ivoiriens soient déclarés d’office éligibles alors que d’autres ivoiriens verraient leurs candidatures soumises à la procédure constitutionnelle pose la question pertinente de savoir si la constitution ivoirienne est toujours en vigueur dans les faits.

11- Le Président GBAGBO vient de prendre un décret de prolongation du mandat des Députés, qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas si le chef de l’état a compétence pour prendre un tel décret, je ne le crois pas eu égard à la séparation des pouvoirs prévu par notre système constitutionnel. En tout état de cause, ce décret est sans objet puisque le mandat présidentiel étant prolongé dans les faits, le mandat des députés doit être automatiquement prolongé dans les mêmes conditions comme l’a préconisé le conseil constitutionnel.

Certains acteurs politiques ont considéré à juste titre que ce décret est nul et de nul effet, j’engage ces acteurs, dans un souci de cohérence à considérer aussi que la déclaration du chef de l’état les déclarant éligibles d’officce à l’élection présidentielle par l’usage abusif de l’article 48 de la Constitution, est également nulle et de nul effet.

12- Eu égard à la dernière déclaration de Koffi Anann, secrétaire Général des Nations – Unies, quel est au juste le rôle et la responsabilité des Nations – Unies en CI ?

En principe, il s’agit d’un rôle d’accompagnement de la transition. Nous observons d’ailleurs que les différentes résolutions qui ont été votées sur la CI n’ont jusqu’ici jamais indiqué que la constitution ivoirienne était suspendue, ce qui n’est du reste pas dans les pouvoirs des Nations – Unies.

Cependant, force est de constater que le ton de certaines déclarations du Secrétaire général des nations – unies prêtent à confusion et peut donner lieu à interprétations. Pourtant, Il n’est en effet pas dans les pouvoirs du Secrétaire Général des Nations – Unies de décider de la prolongation ou non du mandat des Députés de l’Assemblée Nationale de CI, dès lors que la Constitution ivoirienne est en vigueur et dès lors que notre pays n’est pas sous tutelle des Nations – Unies.

D’ailleurs, je vous fais remarquer que dans un pays sous tutelle on ne peut parler d’Assemblée Nationale puisque par définition cette institution n’existe pas.

13- Il semble que l’on se dirige vers des sanctions du conseil de Sécurité des Nations – Unies contres certaines personnalités ivoiriennes, quels sont vos commentaires ? Pensez-vous que ces sanctions soient efficaces ?

Les dernières dépêches indiquent effectivement que le conseil de sécurité s’apprêterait à sanctionner deux anciens dirigeants du mouvement étudiant pour avoir organisé les dernières manifestations contre les casques bleus et un chef militaire de l’ex rébellion pour des violations graves des droits de l’homme commises en 2004.

Si ces informations s’avéraient exactes, nous les considérerions comme étant non seulement de l’amalgame, mais également une diversion.

En effet, depuis bientôt deux ans, le secrétaire Général des Nations – unies n’a de cesse d’expliquer à l’opinion publique internationale qu’il s’apprêterait à déférer devant la justice internationale les auteurs de violations graves des droits de l’homme figurant sur une liste établie par l’ONU pour mettre fin à l’impunité en CI. Les noms figurant sur cette liste sont devenus un secret de polichinelle. Pourquoi alors faire aujourd’hui deux poids deux mesures en sanctionnant un chef de guerre comme bouc émissaire?

D’autre part, pourquoi aujourd’hui faire l’amalgame entre les responsables des dernières manifestations pacifiques démocratiques et les auteurs de violations graves des droits de l’homme, soi-disant dans le but de sanctionner les deux camps ?

Par ailleurs, nous considérons que le Secrétaire général de l’ONU ne devrait pas passer par pertes et profits les manifestants ivoiriens tués dans l’ouest et lui demandons de diligenter une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les circontances exactes de leur mort.

Dans cette affaire, les Nations – Unies risquent de perdre l’autorité morale dont elles jouissent auprès des populations africaines et qui a toujours fait leur force ainsi que leur crédibilité si elles persistent à entretenir le flou artistique auquel l’on assiste aujourd’hui sur leur rôle et leur mandat en CI.
Dans de telles conditions, la question de l’efficacité des sanctions ne se pose pas dans la mesure où le principe même de la sanction et son objet sont faussés à la base, sinon biaisés.

14- L’implication directe et récurrente de la France dans la résolution de la crise ivoirienne ne donne-t-elle pas lieu à interprétations comme on le constate en ce moment ?

Si tout le monde s’accorde à dire que l’intervention de la force Licorne et celle de la communauté internationale à travers les casques bleus de l’ONUCI, dites forces impartiales, ont permis au début du conflit, d’éviter un bain de sang et par voie de conséquence une guerre civile à la Rwandaise, force est de constater aujourd’hui que les conditions de nomination du Premier Ministre et l’implication de plus en plus directe de l’ONU à travers le GTI en faveur d’un Premier ministre issu de l’ancien parti unique dont la politique de l’ivoirité est la cause principale de la crise actuelle et dont l’hégémonie est de plus en plus manifeste au sein de la transition en cours, Premier ministre à qui le GTI tente coûte que coûte de donner soi-disant les pleins pouvoirs y compris au détriment d’une Assemblée nationale élue, sont en train de changer radicalement la donne en CI.

Cette situation constitue une donnée nouvelle en CI dont les conséquences peuvent être désastreuses pour l’avenir du processus de paix dans notre pays, tant les forces dites impartiales sont perçues aujourd’hui comme partisanes.

15- Cinq mois après la fin de la première transition et deux mois après la nomination du nouveau premier ministre et suite aux derniers évènements, peut-on croire encore à une chance pour la paix en CI ?

Sans jouer les Cassandre ou les Prophètes de mauvais augures, Il est permis d’en douter au vu de l’évolution de la situation.

Au vu des derniers développements, nombre d’ivoiriens ont à tord ou à raison le sentiment que la communauté internationale et des pays tiers, à l’instigation de la France, ancien colonisateur, ont perdu leur neutralité, leur rôle d’arbitre accompagnant la transition et le processus démocratique, pour tenter d’imposer des dirigeants de leur choix dans leur propre intérêt et non celui des ivoiriens.

Les initiatives en cours actuellement aux Nations - Unies, tendant à augmenter le nombre de casques bleus de l’ONUCI par l’envoi notamment d’une brigade mécanisée du Nigeria actuellement basée au LIBERIA, sont inopportunes et inappropriées, car elles ne feront qu’envenimer la situation.


Doumbia
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Publié dans Messages divers

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