MBeki traite Chirac de colon
Le Courrier d'Abidjan - 2/23/2005 10:31:15 AM
Le président sud-africain, médiateur principal dans la crise ivoirienne, vient de sortir son joker, plusieurs semaines après «la sortie de route dakaroise» du président français Jacques Chirac. Une espèce de réponse du berger à la bergère.
On se souvient quà loccasion de sa visite officielle du 3 février dernier à Dakar, le président français avait ouvertement tancé le médiateur sud-africain et jugé inefficaces les efforts déployés par Pretoria pour stabiliser la situation en Côte d'Ivoire. Il avait suggéré à cette occasion au président MBeki de s'immerger dans "la psychologie et l'âme" de l'Afrique de l'Ouest. Le disant, il invitait explicitement son homologue sud-africain à connaître lâme et la psychologie des Africains - et particulièrement des Ivoiriens -, avant dy mener une médiation. Linformation qui avait en son temps fait leffet dune bombe avait obligé les autorités sud-africaines à réagir. De manière policée dabord. Ce par lintermédiaire de M. Aziz Pahad, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères. Ce dernier, à loccasion dune conférence de presse à Pretoria, avait en substance reconnu que bien que handicapée - parce que ne connaissant certainement pas «lâme et la psychologie des Africains - et particulièrement des Ivoiriens -», la médiation MBeki sest cependant montrée plus incisive, en réussissant en trois mois ce que dautres plus avertis (?) navaient réussi en deux années. Dans une raillerie empreinte de diplomatie, il invitait la France au passage grande connaisseuse des dossiers ouest-africains et donc de la Côte dIvoire (sic) à se joindre au médiateur MBeki en lui prêtant son expertise pour le dénouement heureux de la crise ivoirienne. On croyait ce «je taime moi non plus politique» entre Paris et Pretoria réglé surtout avec la récente volonté des autorités sud-africaines de travailler main dans la main avec la France sur le dossier ivoirien - que surgit Thabo MBeki, celui quon surnomme le «renard de Idutywa» région du pays Xhosa doù il est originaire pour régler le contentieux dakarois. Au cours de la visite officielle quil effectue en ce moment à Londres, le président sud-africain a raillé les critiques de Jacques Chirac sur les résultats de la mission. Ce, en des termes pleins de sens ; "Peut-être que nous ne comprenons pas la psychologie des natifs aussi bien que ne le fait la France", a-t-il confié au très sérieux «Financial Times», quotidien londonien des Affaires.
Sens et opportunité dune telle sortie
Cette déclaration extraite dudit entretien quil a accordé hier et repris en partie par lAFP est une réponse qui mérite un commentaire approprié. A lanalyse, le terme «natifs» - voir plutôt natives terme anglais de sous-estimation, traduit expressément avec maladresse pour donner natifs afin den édulcorer la charge dévastatrice - tel quutilisé par lAFP ne rend pas à la citation de MBeki toute sa splendeur. Pour mieux comprendre ce que MBeki entendait ainsi dire, il faut remettre ce mot dans le contexte auquel le médiateur de la crise ivoirienne a voulu certainement le placer. Dans lAfrique du sud du temps de lApartheid, la lexicologie raciale telle que mise en place par le colonisateur boer faisait cas de quatre races. Elle établissait ainsi et de façon flagrante la séparation des races. Il y avait les Boers, colons tout-puissants et maîtres du système inique dit dApartheid, les Colored ou les métis, les Indians, ces indiens venus de lInde du Mahatma Gandhi et enfin les natives ou les indigènes, les nègres. Ceux dont faisaient en son temps partie Mandela, MBeki et autres. Une fois cette subtilité saisie, lon arrive assez aisément à la déduction qui fait comprendre que Jacques Chirac sest comporté en Côte dIvoire comme un colon, un voyou. Traitant les Ivoiriens comme des indigènes, des sales nègres à la limite. Voilà le sens du message fort du médiateur sud-africain. De tels propos prononcés sur le sol anglais au moment où un avocat anglais chargé de défendre les victimes de la barbarie française de novembre est à Abidjan et sapprête à faire payer à Chirac ses crimes de sang ne sont pas faits pour polir la réputation et la politique moyenâgeuse de la France en Afrique de louest et particulièrement en Côte dIvoire. En une seule façon comme en mille, MBeki veut simplement dire que lui le novice, procède par élégance et diplomatie là où Chirac a utilisé le canon lui qui connaît pourtant si bien la psychologie des Africains pour tuer des Ivoiriens. Une invite à la communauté internationale qui devrait comprendre que la France nest plus la solution mais bien le problème dans la crise qui secoue la Côte dIvoire. Le dire sur le sol européen est pire quune humiliation pour Chirac.
William-Varlet ASIA
On se souvient quà loccasion de sa visite officielle du 3 février dernier à Dakar, le président français avait ouvertement tancé le médiateur sud-africain et jugé inefficaces les efforts déployés par Pretoria pour stabiliser la situation en Côte d'Ivoire. Il avait suggéré à cette occasion au président MBeki de s'immerger dans "la psychologie et l'âme" de l'Afrique de l'Ouest. Le disant, il invitait explicitement son homologue sud-africain à connaître lâme et la psychologie des Africains - et particulièrement des Ivoiriens -, avant dy mener une médiation. Linformation qui avait en son temps fait leffet dune bombe avait obligé les autorités sud-africaines à réagir. De manière policée dabord. Ce par lintermédiaire de M. Aziz Pahad, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères. Ce dernier, à loccasion dune conférence de presse à Pretoria, avait en substance reconnu que bien que handicapée - parce que ne connaissant certainement pas «lâme et la psychologie des Africains - et particulièrement des Ivoiriens -», la médiation MBeki sest cependant montrée plus incisive, en réussissant en trois mois ce que dautres plus avertis (?) navaient réussi en deux années. Dans une raillerie empreinte de diplomatie, il invitait la France au passage grande connaisseuse des dossiers ouest-africains et donc de la Côte dIvoire (sic) à se joindre au médiateur MBeki en lui prêtant son expertise pour le dénouement heureux de la crise ivoirienne. On croyait ce «je taime moi non plus politique» entre Paris et Pretoria réglé surtout avec la récente volonté des autorités sud-africaines de travailler main dans la main avec la France sur le dossier ivoirien - que surgit Thabo MBeki, celui quon surnomme le «renard de Idutywa» région du pays Xhosa doù il est originaire pour régler le contentieux dakarois. Au cours de la visite officielle quil effectue en ce moment à Londres, le président sud-africain a raillé les critiques de Jacques Chirac sur les résultats de la mission. Ce, en des termes pleins de sens ; "Peut-être que nous ne comprenons pas la psychologie des natifs aussi bien que ne le fait la France", a-t-il confié au très sérieux «Financial Times», quotidien londonien des Affaires.
Sens et opportunité dune telle sortie
Cette déclaration extraite dudit entretien quil a accordé hier et repris en partie par lAFP est une réponse qui mérite un commentaire approprié. A lanalyse, le terme «natifs» - voir plutôt natives terme anglais de sous-estimation, traduit expressément avec maladresse pour donner natifs afin den édulcorer la charge dévastatrice - tel quutilisé par lAFP ne rend pas à la citation de MBeki toute sa splendeur. Pour mieux comprendre ce que MBeki entendait ainsi dire, il faut remettre ce mot dans le contexte auquel le médiateur de la crise ivoirienne a voulu certainement le placer. Dans lAfrique du sud du temps de lApartheid, la lexicologie raciale telle que mise en place par le colonisateur boer faisait cas de quatre races. Elle établissait ainsi et de façon flagrante la séparation des races. Il y avait les Boers, colons tout-puissants et maîtres du système inique dit dApartheid, les Colored ou les métis, les Indians, ces indiens venus de lInde du Mahatma Gandhi et enfin les natives ou les indigènes, les nègres. Ceux dont faisaient en son temps partie Mandela, MBeki et autres. Une fois cette subtilité saisie, lon arrive assez aisément à la déduction qui fait comprendre que Jacques Chirac sest comporté en Côte dIvoire comme un colon, un voyou. Traitant les Ivoiriens comme des indigènes, des sales nègres à la limite. Voilà le sens du message fort du médiateur sud-africain. De tels propos prononcés sur le sol anglais au moment où un avocat anglais chargé de défendre les victimes de la barbarie française de novembre est à Abidjan et sapprête à faire payer à Chirac ses crimes de sang ne sont pas faits pour polir la réputation et la politique moyenâgeuse de la France en Afrique de louest et particulièrement en Côte dIvoire. En une seule façon comme en mille, MBeki veut simplement dire que lui le novice, procède par élégance et diplomatie là où Chirac a utilisé le canon lui qui connaît pourtant si bien la psychologie des Africains pour tuer des Ivoiriens. Une invite à la communauté internationale qui devrait comprendre que la France nest plus la solution mais bien le problème dans la crise qui secoue la Côte dIvoire. Le dire sur le sol européen est pire quune humiliation pour Chirac.
William-Varlet ASIA
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