Lon sait depuis longtemps, que deux sièges de membres permanents pourraient être concédés au Groupe africain, doù le problème du choix des deux pays qui éventuellement pourraient le mieux mériter cette élévation.
A Abuja, les chefs dEtat nont curieusement pas pu se mettre daccord, alors même quil apparaissait aux yeux de nombreux spécialistes objectifs, que le choix devrait se limiter à départager trois pays, en loccurrence lAfrique du Sud, le Nigeria, et lEgypte. On a eu droit à un véritable délire de déclarations irresponsables et complaisantes qui reflètent linconséquence avec laquelle les affaires du continent sont gérées. On a ainsi entendu Bongo du Gabon parler de rotation, et Wade du Sénégal émettre des théories les plus insensées, le tout ayant pour seule finalité, le refus de prendre en considération les rapports des forces existants entre les différents Etats. En fait, certains ont voulu en faire un partage du village, sans égard pour la puissance économique, le système politique, lauréole diplomatique
etc.
Et pourtant, si la réforme du Conseil de sécurité fait lunanimité, cest parce que lanalyse des critères énoncés dans la charte pour le choix des membres permanents, montre quil ny a plus de raison que le Japon et lAllemagne qui disposent de capacités technologiques et économiques supérieures à celles de la France et de la Grande-Bretagne, nen fassent pas partie. Dans lesprit des rédacteurs de la charte, il fallait des Etats capables sur tous les plans, dassumer un leadership, mondial et de disposer des moyens de contribuer efficacement au maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Il est par conséquent incompréhensible, que le Gabon en soit à prôner une espèce de rotation comme sil sagissait dune futile tontine de quartier. Et puis, le Président du Sénégal a beau être professeur agrégé déconomie et brillant avocat, son pays na ni le poids du Nigeria, ni la puissance économique de lAfrique du Sud, ni la dimension diplomatique de lEgypte.
La levée des boucliers qui a suivi le coup dEtat au Togo remet à lordre du jour, les préoccupations autour dune thèse que nous développons depuis un certain temps dans ces colonnes. Il sagit de reconnaître quil ne sera plus possible pour le monde et particulièrement pour lAfrique, de saccommoder de régimes et dindividus dont les pratiques politiques internes relèvent de la sauvagerie et de la barbarie. Des individus qui némanent daucun suffrage populaire honnête et qui gèrent leurs pays comme de parfaits bandits des temps antiques, ne seront plus admis aussi facilement quhier dans les forums diplomatiques, et pour ceux qui seront tolérés, il sera difficile délever la voix.
La réaction spontanée à la fois du Président de la Commission de lunion africaine, Alpha Oumar Konaré et du Président en exercice de lUnion, Obasanjo, mettent en exergue une réalité nouvelle, celle dun sentiment de honte généralisé concernant lAfrique. Il y a la crainte de se voir indexé comme de parfaits sauvages dans larène internationale. Comment peut-on en effet aller revendiquer des sièges permanents au Conseil de sécurité de lOnu pour décider du gouvernement du monde aux côtés des autres continents et des autres peuples, si au plan interne, on nest pas sorti de lantiquité ?
Laffaire togolaise comporte à ce niveau, une charge émotionnelle très délicate qui na pas échappé aux Africains dans leur très grande majorité. On mesure encore mieux les dommages pour ceux qui, il ny a pas longtemps encore, se hasardaient à ramener la crise ivoirienne, à la répétition dinjures sur le colonialisme français. Comment accepter le genre de montage bête, grossier et nauséabond que lon a vu au Togo, sans du coup accepter que nous méritons encore plusieurs siècles de colonisation ?
Le débat qui semble faire rage sur lattitude de la France, relève de la fuite en avant. Personne ne viendra expliquer de façon rationnelle, que des gens instruits que lon dit pétris des cultures politiques et juridiques, ne soient pas en mesure de développer le moindre sentiment damour pour leurs pays, et nadhèrent à aucune stratégie dhonneur. Il devient tout simplement intenable de se limiter à des appréciations légères qui accusent lextérieur sur ces différents dossiers de la mauvaise gouvernance en Afrique. La liberté, lindépendance et la dignité passent par la lutte avec toutes ses conséquences.
Cest dans ce contexte, que nous ramenons la principale leçon, à une question de qualité au-delà du Togo.
Premièrement, quon le veuille ou non, la pratique diplomatique au sein de lUnion africaine évoluera vers lindexation, la marginalisation, et lexclusion des Etats gérés par des régimes autocratiques. Il sera de plus en plus difficile dadmettre que les forums de lUnion Africaine se réduisent à des familiarités sans substance entre Chefs dEtat comme avant. Bientôt il faudra prendre des dispositions en termes de révisons qui vont par exemple prescrire que le Nigeria, lEgypte et lAfrique du Sud nont pas les mêmes pouvoirs de vote que le Gabon, la Centrafrique, et la Cap-vert.
Deuxièmement, il est incontestable que la nationalité et la personnalité du Président de la Commission de lUnion africaine, Alpha Oumar Konaré, constituent les socles des égards actuellement réservés à lOrganisation sur la scène internationale. Il faut se souvenir que son élection en face de livoirien était déjà dû aux mêmes critères. Que faut-il en retenir ? En fait, le Mali, bien quéconomiquement pauvre, a démontré une pratique démocratique et une gestion interne qui lui assurent le respect et élargi le champ de son influence diplomatique. En clair, le Cameroun pour ne citer quun exemple, est très loin dégaler le poids du Mali dans le concert des nations dorénavant, si lon sen tient à ces éléments de gestion et de personnalité.
Troisièmement, lexigence de qualité, ne va pas simplement introduire de nouvelles répartitions voire des cloisonnement des pouvoirs de vote au sein de la diplomatie continentale, elle va créer un phénomène de rejet par anticipation. Parmi les réactions à la suite de la mascarade togolaise, lon a beaucoup noté lembarras et le profil bas des chefs dEtat dAfrique centrale. En réalité, cest la preuve du fossé qui sépare les deux grands sous ensembles en matière de progrès démocratiques et de bonne gouvernance. LAfrique centrale apparaît de plus en plus comme le poumon pourri du continent, constituée de régimes autocratiques et impopulaires aux perspectives sombres.
Le Président Bongo, très alerte sur tous les grands dossiers de crise ces derniers temps, sest montré encore plus embarrassé que les autres, parce que au fond, il aurait planifié le même scénario pour sa succession après plus de trente ans de règne. Il nest pas vain de rappeler quun de ses fils est ministre de la défense, pendant que lautre est Directeur général de la Banque gabonaise de développement. Sa famille tient larmée et contrôle tous les leviers économiques. Au Congo, cest lethnie de Sassou, tout comme au Cameroun celle de Biya. On retrouve la même logique partout dans la Cemac.
Leffet danticipation est donc intervenu comme une onde de choc, devant la vigueur des protestations et des condamnations à travers le continent dabord, et le monde ensuite. Ce que ces dictateurs nont pas compris, cest que des personnalités africaines à linstar de Diouf à la tête de lOrganisation Internationale de la Francophonie et de Annan à la tête de lOnu, se sont senties interpellées au premier chef, et blessées dans leurs dignités et leurs auréoles. On croyait quon était sorti de la sauvagerie au point où lon osait même spéculer sur un Pape noir, et voici que des fous au Togo nous ramènent en arrière et rappellent au reste du monde, que nous sommes encore au stade des vers de terre.
Source : le Messager
http://www.lemessager.net