A quand le retour de Doumbia Major au pays ?

Publié le par Doumbia Major

Interview Doumbia Major au " Courrier d'Abidjan"
A quand le retour de Doumbia Major au pays ?
Mon retour au pays pour l’instant ne se pose pas comme un problème. Je ne vois pas pour l'instant, l'urgence d'un retour au pays et en plus cela ne se pose pas comme la préoccupation majeur du moment.
Actuellement j’ai des occupations au niveau de mon équipe de recherche. Je suis membre d'une équipe doctorale qui travaille sur l'analyse automatisée du discours politique en Côte d’Ivoire. Cela nécessite une présence régulière et un travail suivi.
Par ailleurs, j’estime que la situation sécuritaire n’est pas au beau fixe. Quand la situation va s’améliorer et que l’accalmie reviendra, je me ferai le devoir de me rapprocher du pays et participer à mon humble niveau à l’effort de développement. Un pays dans lequel il y a des Forces onusiennes, des Forces d’interposition et autres, vous convenez avec moi que nous ne sommes pas forcément en sécurité.

Donc de façon objective, vous n’êtes pas contraint à l’exil comme le soutiennent certaines personnes qui sont en dehors de leur pays ?
L’exil c’est un choix que l’on fait parce qu’on craint pour sa vie. Et ce, pour diverses raisons ; ça peut être pour une atteinte à votre intégrité physique due au pouvoir, à des partisans du pouvoir, vos adversaires politiques. Si je suis encore à l’extérieur, cela est dû à la présence de trop d’insécurité au pays. Je suis d’ailleurs en contact avec mes amis au pays pour que, une fois les conditions de sécurité réunies, je rentre au pays.

Doumbia Major, aujourd’hui en rupture de ban avec Soro et IB, peut-il nous dire où il en est avec la rébellion ?
Je suis surpris qu’on me dise que je suis en rupture de ban avec Soro ou quiconque. Quand, depuis Paris, je me suis engagé aux côtés de la rébellion, ce n’est pas à cause de Soro ni à cause d’IB. J’ai apporté mon soutien à ce que je considérais comme une cause juste. Il y a eu une insurrection dans laquelle il y avait des militaires, des civils et, en tant que civil, j’ai estimé que les problèmes qui étaient posés au début de cette rébellion étaient des problèmes justes. Quand des individus demandent à être reconnus comme des citoyens dans leur propre pays, c’est une cause juste. J’ai donc estimé que je pouvais apporté mon soutien à ces individus, à ces populations qui pensent être brimés dans leurs droits. Pour moi, c’était un combat pour l’unité nationale, pour amener les différents acteurs politiques à créer les conditions pour qu’il y ait une entente, une cohésion sociale Un tel conflit n’a pas pour but de détruire son adversaire.
Vous pouvez estimer à un moment donné de votre vie, que vos droits sont foulés c 'est un devoir de vous insurger pour reclamer vos droits. le droit à l' insurrection est reconnu par la convention universelle des droit de l' homme.
Lorsque le dialogue est rompu, et que les choses ne peuvent pas se régler par le dialogue et que vous pensez être brimé, il faut arriver à créer une situation qui va aboutir à la définition de nouvelles conditions pour vivre ensemble. C’est en cela que j’estime que le conflit du 19 septembre 2002 n’avait pas pour objectif de détruire la Côte d’Ivoire. Son objectif était de créer des conditions pour que les Ivoiriens puissent vivre ensemble, définir de nouvelles règles pour dire : «désormais, puisse que nous sommes d'accords que certains ivoiriens estiment à tort ou à raison que leur citoyenneté est bafoué, qu'ils sont traités comme des citoyens de seconde zone, on doit revoir les lois du pays qui font qu'ils se perçoivent ainsi ou que les autres les perçoivent de cette manière».
Je ne me suis pas engagé pour soutenir des individus, mais pour soutenir une cause que je pensais être juste et que je continue de penser comme juste : que tous les Ivoiriens se considèrent comme Ivoiriens.
Maintenant, des individus qui sont porteur de l’aspiration des masses peuvent avoir des objectifs qui sont différents de l’objectif de ces masses et détourner à leur profit personnel la lutte des masses. Si certaines populations ont soutenu la rébellion aux premières heures de la crise, c’est parce qu’elles ont pensé à un moment donné que ces individus là étaient porteurs d’un message dans lequel elles se reconnaissaient.
Moi je ne soutiens pas des individus je soutiens des causes que je pense être justes pour le peuple . le combat pour l' unité nationale est une cause juste , c 'est ce combat que je soutien et non des individus qui peuvent dévier.

Est-ce que vous avez conscience aujourd’hui des massacres d’innocentes populations, de la suppression des vies humaines qui en ont découlés, même au sein des populations que vous dites s’être reconnues dans cette cause juste ?
Des actions qui vont dans le sens de détruire des individus sont des actions que je ne soutiens pas. J’ai dit depuis le début de la rébellion que je condamne la violence sous toutes ces formes, que ce soit du côté de pouvoir ou des adversaires du pouvoir. Mais je pense qu’au-delà de l’action de violence, il y a un problème de fond qui demeure. Et il faut trouver une solution à ce problème de fond. S’il y a des individus qui ont tué des innocentes personnes, des femmes et des enfants, il faut qu’ils répondent de leurs actes en tant opportun devant la justice. Je ne peux pas repondre des actes que pose un individu qui sait qu'il ya des conventions qui régissent les guerres.
Il y a des gens qui ont par exemple la peau blanche, qui sont des libanais, mais qui n’ont autre terre de rattachement que la Côte d’Ivoire. A ces gens là on ne peut pas dire qu’ils ne sont pas des Ivoiriens.C' est pour tous ceux là que moi je me bats. Pour moi, il faut faire la différence entre la citoyenneté ivoirienne et l’ethnie. Une personne peut parler l’Arabe et être Ivoirien et réclamer de jouir des droits et dévoir rattachés à sa nationalité, quitte au peuple de dire à cet habitant : «Monsieur nous estimons que nous n’avons pas suffisamment confiance en vous pour vous confier la gestion de notre pays.»
Pour moi on ne lui refuse pas un de ses droits car cela fera de lui un citoyen de seconde zone. C’est cela le problème de fond qui se trouve dans la Constitution. Je pense aujourd’hui que beaucoup d’efforts allant dans le sens de la modification des lois sont en train d’être faits. Ces actions sont de nature à corriger ces erreurs qui se perpétuaient dans nos lois et règlent des situations d'apatridie qui existaient dans notre pays. Beaucoup d’Ivoiriens sont en train de retrouver leur citoyenneté et nous tenons à remercier les acteurs de ces changements.

Est-ce que les raisons profondes de la crise que nous subissons, selon vous, peuvent-elles justifier l’entrée en scène de la France et son armée qui se sont négativement illustrées ces dernières années ?
La guerre qu’il y a aujourd’hui en Côte d’Ivoire a plusieurs causes. Il y a une cause que je viens d’évoquer, qui est celui du malaise entre nous-mêmes Ivoiriens du au fait que certains sont considéré comme des moitiés d'ivoiriens. Par un discours que Bédié a envoyé, un cancer social a été inséminé et a divisé notre pays en créant des citoyens de seconde zone. Le discours «ivoiritaire», qui était le discours rendu dominant, par les stratèges de l'Ivoirité a été mis en place pour maintenir Ouattara en marge de la scène politique.
Cette stratégie a donc créé chez certains Ivoiriens qui se sont laissé manipulé un sentiment qui fait que certains ivoriens du nord et des ivoiriens d'origine étrangère ainsi que les populations burkinabé et d’autres catégories de populations étrangères se sentaient menacés sur le territoire ivoirien.
Dès lors les pays d'origine de ces ivoiriens d'origine étrangère et ces étrangers là craignaient aussi que les flux de leurs populations par le fait de ce discours dominant en Côte d’Ivoire n’arrivent chez eux. Le Burkina a près de 2 millions de ressortissants en Côte d’Ivoire, le Mali a aussi des ressortissants, le Sénégal qui a tout un quartier à Treichville, le Niger dont les ressortissants sont dans la vente du bois et autres. Pour ces pays là, si on chasse subitement leurs ressortissants, comment vont-ils gérer ce flux ? Si par exemple on rapatrie du coup les 2 millions d’habitants burkinabés dans leur pays, Blaise Compaoré aura en face de lui tout un flux de populations qu’il ne pourra pas gérer. Ce sont 2 millions d’étrangers qui ont eu le courage d’aller à l’étranger, mais qui n’ont pas peur du changement, qui sont capables aussi de ne pas le voter s’ils ne trouvent pas de solutions à leurs problèmes, parce qu’ils n’ont pas été pris en compte par la planification du budget national. C’est la même chose pour les autres pays tel que le Niger, le Sénégal. Et donc les présidents de ces pays craignent pour leurs situations internes. Ceci étant, Blaise Compaoré ne voit pas de mal à soutenir des personnes qui viennent lui proposer de les aider à effectuer un changement en Côte d’Ivoire dans lequel ses compatriotes auraient un bien être. Il y a un autre intérêt majeur, c’est celui de la France en Côte d’Ivoire. Notre pays qui est une des colonies de la France contribue à financer le trésor public de cette puissance par des mécanismes économiques. Et la France tire des plus values dans toutes les transactions qui se font. La Côte d’Ivoire est un pays indépendant que de nom ; la réalité c’est une indépendance politique, mais l’essentiel des entreprises qui sont en Côte d’Ivoire sont des entreprises françaises. Quand vous prenez une entreprise nationale comme Côte d’Ivoire Telecom, elle a été rachetée par la société publique de télécommunication française, il y a le Grand moulin d’Abidjan (GMA) qui nous donne la farine, des entreprises qui font les routes telles que «Jean Lefèvre», la gestion de l’eau et de l’électricité, c’est Bouygues, le tabac avec SITAB, tous sont des entreprises françaises. La France a des intérêts colossaux dans notre pays qui fait que la Côte d’Ivoire représente une plate forme pour la gestion de toute l’Afrique occidentale. Elle a donc besoin d’avoir un contrôle total sur ce pays. Et quand viennent au pouvoir, ceux qu’on appelle ici en France, des gauchistes, par exemple Laurent Gbagbo qui entame des reformes gênantes, Mamadou Koulibaly qui dit que nous allons sortir du franc Cfa, cela a été pris comme un sacrilège, parce que c’est le franc Cfa qui contribue à payer les chômeurs en France, à financer le trésor public. Quand il y a un discours nationaliste au niveau des hommes politiques ivoiriens, cela entraîne automatiquement des changements au niveau de l’économie française et la France n’est pas prête à accepter cela. Gbagbo et ses camarades, sur qui la France comptait pour contrôler son flux économique, une fois au pouvoir, ont commencé à développer une politique nationaliste qui n’arrange pas les intérêts de l’ex-puissance coloniale. Au regard de la remise en cause des accords de 1958, des accords passés avec De Gaulle, la France s’est dite qu’il faut balayer ce régime gauchiste qui menace ses intérêts. Il y a alors eu une convergence de plusieurs intérêts qui ont entraîné cette crise que nous vivons.

Selon vous est-ce qu’il n’était pas tant que cette politique nationaliste dont vous parlez tantôt soit menée pour la Côte d’Ivoire qui commençait à avoir ses propres problèmes socioéconomiques à résoudre ?
Vous savez en politique, on a coutume de dire que les pays n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts. Chaque responsable de famille se bat pour nourrir ses enfants. Chaque président est comme un père de famille qui recherche par tous les moyens des ressources pour nourrir ses enfants d’abord. C’est ce que fait Chirac pour nourrir les français. Vous devez également savoir qu'entre pays, il n’existe que des relations de concurrence et d’intérêt qui ne sauraient laissé place à du sentimentalisme, ni à de l’amitié.
On a coutume de dire en Afrique que c’est lorsque le mur est fendu que l’araignée peut trouver une voie pour y entrer. Si nous ne sommes pas diviser, si des gens ne tiennent pas des discours qui soutiennent que certains sont plus ivoiriens que d’autres, nous pourrions former un socle fort et mettre en place toute sorte de politique pour l’indépendance économique de notre pays, nourrir nos ressortissants et développer notre Nation. La Côte d’Ivoire est un pays riche et, en matière de ressources économiques, nous sommes plus riches que la France. La France n’a pas de pétrole, de fer, alors que nous les avons. Pour moi, vous devez savoir que je ne soutiens pas la politique de la France, mais c’est par notre inconséquence, notre division nous-mêmes que la France peut venir piller chez nous. Si non, notre souhait c’est que tous les Ivoiriens se soignent gratuitement. Les français ont la sécurité sociale, pourquoi les Ivoiriens n’en auraient pas ? Les Français ont l’école gratuite, pourquoi pas les Ivoiriens ? Lorsque nous avons un président qui met en place une politique pour donner une partie des ressources à ses populations à travers l’école gratuite, la santé pour tous, la construction des routes, c’est des choses que nous devons saluer. Mais, le président Laurent Gbagbo pouvait le réussir pleinement avec le soutien de tous, s’il avait réglé au préalable le problème de la division nationale créé par le discours «ivoiritaire» de Bédié. Nous sommes de la génération qui criait «Houphouët voleur en 1990», parce qu’on estimait que le PDCI gardait par dévers lui toutes les ressources du pays et ne les redistribuait pas aux populations. Si des individus arrivent au pouvoir et mènent une politique de redistribution des ressources, c’est des choses que nous ne pouvons que saluer. Mais cela ne peut se faire que lorsqu’il y a un climat social apaisé. C’est une honte pour moi d’avoir une armée française dans mon pays alors qu’il n’y a pas d’armée ivoirienne en France pour défendre les intérêts des Ivoiriens et les protéger.

Est-ce que vous pensez qu’en seulement deux ans de pouvoir, sachant bien les conditions dans lesquelles le président lui-même a été élu et des tentatives de coup d’Etat essuyées ça et là doublées de crispation de l’atmosphère politique, le président Gbagbo pouvait-il désamorcer cette bombe sociale ?

Peut être que les gens ont été trop pressés de le diaboliser, peut être qu’on ne lui a pas aussi laissé le temps de réconcilier pleinement les Ivoiriens, parce qu’il savait qu’il y avait un problème de réconciliation. Le président Gbagbo qui prend aujourd’hui des Burkinabés, des enfants d’immigrés, qui les reçoit au Palais pour leur dire que s’ils veulent la nationalité ivoirienne qu’ils fassent la demandent et ils l’auront. Et, qu’ils ne se laissent pas manipulés. Juste après sa prise de pouvoir, il pouvait tenir ce discours.
Il pouvait dire par exemple : «j’ai été un stratège, j’ai manœuvré bien pour prendre le pouvoir, mais maintenant vous devez savoir que nous sommes tous Ivoiriens. Il n’y a pas de division entre nous, il n’y a pas d’ethnie supérieure. Jugez-moi sur la base de mon travail.» Voilà ce qu’on attendait du président Gbagbo le jour de sa prestation de serment. Maintenant, je ne sais pas si c’était de façon stratégique, parce que Ouattara n’avait pas renoncé à ses ambitions et qu’il avait sous son couvert des militants victimes d’ethnicité. Mais je crois que les Ivoiriens ne sont pas la propriété d’un parti politique. Les Ivoiriens suivent ceux qui font leur affaire et qui leur donnent à manger, qui soignent leurs enfants et qui les scolarisent. Nous nous attendions à ce que le président Laurent Gbagbo dise aux uns et aux autres «vraiment les gens nous ont divisé avec ces idéologies liées à l’ivoirité, il est temps Ivoiriens du Sud, du Nord, enfants d’immigrés, comme il l’a dit lui-même nous sommes tous métis, que nous formions une Nation forte.» Si cela avait été fait, il n’y aurait pas de raison pour que des populations soutiennent des personnes qui prennent des armes. Nous disons qu’il n’est jamais trop tard pour rassembler un peuple. Une fois que nous serons rassemblés comme un seul homme, on ne donnera pas 25 ans pour que la Côte d’Ivoire renaisse de ses cendres. Nous avons des ressources naturelles, nous avons des hommes de compétence pour développer notre pays.

Après trois ans de crise, c’est le statut quo malgré la mise sur pied d’un gouvernement de réconciliation nationale. Aujourd’hui encore, nous sommes à la recherche d’un Premier ministre qui pourrait nous apporter la providence, Vous qui suivez tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire, comment entrevoyez-vous le retour de la paix ?
Je pense que ce n’est pas la nomination d’un Premier ministre qui va ramener la paix en Côte d’Ivoire. Cette bataille est une bataille d’arrière-garde dans la mesure où elle ne règle pas les problèmes de fond. En science sociale il y a ce qu’on appelle le principe de causalité. Quand il y a une cause qui produit un effet, il faut faire disparaître la cause pour que l’effet disparaisse à son tour. Dans le mal en Côte d’Ivoire il y a trois acteurs qu’il faut prendre en compte pour la résolution de la crise ; la question interne concernant l’unité nationale, la peur des pays voisins qui craignent que le discours ivoiritaire de Bédié soit une porte ouverte à la chasse des étrangers. Il faut que le président Laurent Gbagbo qui est un homme politique averti rassure Blaise Compaoré, Wade, le Niger pour dire qu’on ne fera pas de chasse à leurs ressortissants. Il faut qu’il dise : «Ils sont avec nous, qu’ils continuent de payer leurs cartes de séjour, qu’ils travaillent de façon honnête, mais qu’ils subiront aussi la rigueur de la loi s’ils commettent des délits.» Comme ça les gens n’auront pas peur et ne financeront plus des rébellions. Le dernier problème, c’est celui de la France. Ce pays a des intérêts en Côte d’Ivoire et croit qu’elle est sa propriété. Mais les Ivoiriens disent que la Côte d’Ivoire n’est pas la propriété de qui que ce soit. Elle a le droit de passer les marchés publics à qui elle veut, il faut que tout le monde ait la même chance d’avoir nos marchés publics. On a le droit d’avoir une politique monétaire adaptée à la nouvelle réalité. Pour cela, il faut être indépendant politiquement et économiquement. Mais c’est des choses qui ne peuvent se faire quand on n’a pas l’unité chez soit. Parce que la France a plus de moyen que nous. Elle a RFI qui était l’ancienne Radio des colonies et plusieurs autres relais d’opinion. Elle a aussi une puissance au niveau de l’ONU qui est un cercle de décision.
C'est donc tenant compte de cette réalité que nous devons négotier en douceur notre indépendance .

Quelle analyse faites-vous aujourd’hui de l’attitude de nos hommes politiques aujourd’hui ?
L’analyse que je fais c’est qu’il y a beaucoup d’immaturité. En politique il faut avoir ce qu’on appelle le principe de cohérence, c’est-à-dire ce que tu as dit hier il faut continuer de le dire dans l’avenir. On ne peut pas aller s’associer à Bédié qui a fait la promotion de l’idéologie ivoiritaire qu’on a combattue, alors qu’il n’a pas donné la preuve de renoncer à cette idéologie. Il met en avant l’aspect culturel alors que lui-même sait que l’ivoirité lui a servi comme instrument de combat. Il a réussi à marginaliser toute une partie de la population. C’est une véritable hypocrisie de la part de Djédjé Mady d’aller présenter ses excuses au RDR. Ce sont des regrets à titre posthume et des regrets mal appropriés. Parce que l’idéologie identitaire dont ils ont fait la promotion n’a pas uniquement eu des conséquences sur les militants du RDR. Quand des personnes, à cause de leur patronyme sont victimes de tracasseries, on ne cherche pas à savoir s’ils sont militants du RDR, du FPI ou du PDCI. Ce sont des Ivoiriens en général qui sont victimes de la politique identitaire de Bédié. Donc ce n’est pas la peine de présenter des excuses au RDR, mais il faut présenter des excuses à tous les Ivoiriens qui ont été bafoués dans leurs droits. Je suis personnellement contre une alliance de qui que ce soit, notamment avec le PDCI. Tant que ceux qui ont été à la base de la division de la Nation ne présentent pas publiquement leurs excuses, des alliances avec eux ne conduiront à rien. On a vu les scandales des 18 milliards, il y a eu des personnes comme Dibonan qui transformait l’Or en cuivre, des gens comme Ouassénan qui sont les artisans de «A fa kaya» se font passer aujourd’hui pour des démocrates. Ils ont mêmes oublié les tortures qu’ils nous faisaient subir à l’école de police où, pour toute la journée, on n’avait pour seule nourriture qu’un grain d’arachide. Des gens qui attribuaient des bourses d’étude à leurs enfants pour étudier à l’extérieur alors que ceux qui le méritaient croupissaient dans la misère. Aujourd’hui ce sont ceux là qui réclament le pouvoir. Ce n’est pas parce qu’il y a une guerre qu’il faut oublié subitement ce qui s’est passé hier. A la vérité, on ne redonne pas le pouvoir aux anciens voleurs. Des gens aujourd’hui font des alliances opportunistes pour le pouvoir, mais est-ce que des populations se sont engagées dans des actions depuis septembre 2002 pour que des individus parviennent au pouvoir ? Moi je dis non. On s’est engagé pour que tous les Ivoiriens aient les mêmes droits. Et le problème se trouve dans la Constitution. Aujourd’hui, la Constitution est mise en veilleuse et ce qui préoccupent les uns et les autres, c’est la conquête effrénée du pouvoir. Ils se réunissent à Paris pour se distribuer les postes de l’administration général d’un pays. Je note que des gens font des combats pour eux-mêmes et non des combats pour le peuple. On demande que pour changer la Constitution il faut faire un referendum, mais pourquoi des gens ont peur de ce referendum ? Comme argument on nous brandi les conditions qui ne seraient pas réunis. Alors, dans quelles conditions feront nous les élections si celles dans lesquelles doit être fait le referendum ne sont pas réunies. Je pense que ce qu’il faut faire avant toute chose, c’est un referendum, c’est-à-dire demander l’avis du peuple. Après trois ou quatre ans de guerre, on ne peut pas aller directement à des élections présidentielles. On ne peut pas dire qu’on est démocrate et empêcher le peuple de se prononcer. Concernant le poste de Premier ministre, je suis surpris par l’attitude de certains hommes politiques. J’estime que la Constitution a prévu qu’en cas de trouble, le président en exercice continu son pouvoir jusqu’à l’organisation d’une autre élection. Ce qui répond au principe de continuité d’un état, parce dans un régime présidentiel, un pays ne peut pas exister sans président. Le président est le chef de l’administration et il faut que quelqu’un nous représente devant d’autres Institutions. J’ai participé à la rédaction de cette Constitution et on a estimé qu’il y a le principe de la continuité de l’état qui est sauvegardé. Maintenant d’autres estiment qu’il y a un vide total, mais ce qui étonne c’est qu’en même temps qu’on le dit, on se bat pour être le Premier ministre de celui qu’on récuse. Si on se bat pour être le Premier d’un président c’est que son mandat continue. Que nos hommes politiques nous prennent au sérieux. Malheureusement il y a des affamés politiques qui veulent être toujours au pouvoir sans se soucier du vrai problème actuelle des Ivoiriens qui est la question de l’unité nationale.

Il y a aussi certains hommes politiques qui bloquent le processus de paix quand la situation ne penche pas en leur faveur parce qu’ils disent qu’ils sont majoritaires, qu’est-ce que vous en dites ?
Je sais que les électeurs ne sont jamais acquis totalement et que, même les militants acquis peuvent avoir des positions qui changent. Nous sommes une population de 15 millions d’habitants, peut-on nous dire comment on mesure sa majorité ? Est-ce que les problèmes que les gens posent sont-ils les problèmes du peuple ? Ce n’est pas parce que des gens se sont réunis à Marcoussis qu’ils sont devenus automatiquement dépositaire de la pensée du peuple. Il y a d’autres structures associatives qui n’étaient pas à Marcoussis, mais qui peuvent parler et donner un autre son de cloche.

Un discours qui a été tenu par l’un de nos leaders politiques soutient qu’en Côte d’Ivoire les Akan représentent 35%, les Malinké et les Dioula 35%, ce qui fait 70% au total, donc une alliance, selon lui, entre les leaders issus de ces communautés peut faire basculer le pouvoir en leur faveur …
Un tel discours est un discours divisionniste et tribal. On ne peut tenir un tel discours parce que les Akan ne sont pas la propriété privé d’un quelconque homme politique. Les Malinké ne sont pas la propriété privée de tel autre parti pour que leur mise ensemble fasse 70% de moutons qui, n’ont pas d’autres choix que de voter tel ou tel autre groupe. Ce genre de discours est dangereux. Moi je suis de père Malinké et de mère Baoulé où ce leader me classera? Où classera t-il les métisse? où classera t-il les enfants de père Dioula et de mère bété ? Les individus ne sont pas déterminés politiquement par leur ethnie. Ils se déterminent à partir des propositions que leur fait chaque groupe d’intérêt politique. Et c’est sur la base de ces propositions que les individus font leur choix. Il ne faut pas que des gens pensent que nous sommes confinés dans des groupes tribaux.Ces ce genre de croyances qui font que certains n'installent plus de section de leur parti car ils pensent qu'il y a des moutons qui les suivront toute leur vie à cause de leur ethnie. Ces gens ne comprennent pas que la Côte d’Ivoire est en train de changer.

Au regard de la situation humanitaire qui prévaut aujourd’hui dans le Nord de la Côte d’Ivoire, Doumbia Major peut-il donner raison à certaines populations de cette partie du pays d’avoir soutenu Soro et ses parrains dans leur lutte armée contre le pouvoir ?

Je vous ai précisé en début d'interview qu'on ne s'engage pas dans une lutte pour soutenir des exactions. Les populations qui ont soutenu la rebellion à ses débuts ne l'on pas fait pour Soro où pour qui que ce soit. Elles l'ont faites parce que cette dernière posait un problème juste qui est celui de la citoyenneté égale pour tous les ivoiriens. Ces populations estimaient que la raison de leur considération comme citoyens de seconde zone se trouvait dans la constitution et que la rébellion résoudrait ce problème qui les retablierait dans leur dignité.
Donc ces populations ne sont pas responsables des exactions commises par la rébellion, elles en sont les victimes et en tant que victimes elles peuvent aujourd'hui regretter leur soutien à la rebellion. Mais je pense que la population ne doit pas tout comme moi d'ailleurs, regretter son soutien à la cause car nous la pensions juste et nous continuons de la penser juste.
Le problème ce n'est pas la population mais les individus qui, après plusieurs coups bas ont pris le contrôle de la rebellion pour en faire une boutique et un business.
A l'abri des forces d'interposition et loin de tous medias, la direction actuelle de la rebellion s'est livrée au pillage des ressources du pays, ils ont cassés des banques et mis l'argent sur des comptes à Monaco et ailleurs, alors que les populations qu'ils disent défendre meurt dans la faim. Tout ce que les populations décriaient comme pratiques sont aujourd'hui normales en zone rebelle. Les chauffeurs et les passagers sont racquettés par des gens qui disent parler en leur nom.
Les hôpitaux sont dans un état de délabrement avancé, alors que ceux qui se disent leaders se sont enrichis et continuent de s'enrichir de façon illicite. Ils font creuser l'or et le diamand par des enfants qui ne vont pas à l'école alors que leurs enfants à eux vont à l'école à Paris. Les paysans nous joignent souvent pour nous dire que leurs récoltes ont été confisquées. Des chefs militaires confisquent des troupeaux des éleveurs. Les forêts classées sont pillées. La seule justice qui règne est celle de celui qui porte une arme où est proche d'un chef de guerre : au point où la prostitution de jeunes filles auprès de chefs de guerre est devenu un moyen de salut pour ne pas se faire agresser.
Les populations vivent dans la terreur, les commerçants sont victimes d'impôts dont les montants changent au gré des humeurs des chefs de guerre. Méprisant la convention de Génève des gens sont arrêtés mis en prison et fusillés sans avoir eu droit à un jugement équitable. Même un étudiant volontaire pour les cours d'alphabétisation,du nom de Koné Marc Morel a été personnellement égorgé par le porte voix actuel de la rebellion. Le chef des populations Anago(nigérians) a été fusillé à Bouaké sans jugement.
Au moment où les jeunes qui se sont engagés dans le noble combat du début ont besoin qu'on leur donne les moyens pour se réinstaller dans les coopératives, les individus qui se sont enrichis avec le bien collectif préfèrent donner cet argent à leurs maîtresses, qui ne savent même pas combien pèse une kalache.
Ce n'est pas toutes ces exactions dont elles sont elles-mêmes victimes que les populations ont soutenues. Des individus se sont servis des problèmes des populations pour les prendre en otage dans une guerre dans laquelle eux, leur parrains et leurs proches s'enrichissent : Voilà le problème. Sinon le problème que pose la population est juste, nous la soutenons et nous continions de porter le message de ces populations même si des carriéristes et opportunistes ont dévié leurs aspirations justes et légitimes.
Après toutes ces exactions, certains veulent être premier ministre . vous comprenez que sans être contre quelqu'un on peu pas les soutenir. car queslqu'un qui a eu la responsabilité d'une moitié du pays et l'a mis dans une situation de lambeau social ne peut avoir ma confiance pour gerer la totalité du pays . C'est juste une question de bon sens surtout qu'en plus du passif de ces personnes, ils n'ont pas la compétence réquise pour gérer un pays où ce ne sont pas des moutons qui vivent.

Quelle est votre appréciation du combat des jeunes patriotes ivoiriens avec à leur tête «le général» Blé Goudé à l’avènement de la crise ? Etes-vous en contact avec le leader de la jeunesse patriotique?

Tout combat qui défend la patrie est un combat juste tant qu'il est inclusif. Il faut qu'on soit uni avant d'espérer gagner n'importe qu'elle bataille. Personne ne peut soutenir l'asservissement de la mère patrie qui lui a tout donné. Le combat pour la souveraineté politique et économique nationale, c'est nous tous qui devont le mener, mais il faut le faire dans un pays uni. Etre patriote ce n'est pas spolié les étrangers de leur bien, car nous avons besoin de ressources extérieurs pour nous dévélopper.
Tant que nous serons divisés de l'intérieur, les intérêts de ceux qui nous entourent les poussera à armer certains d'entre nous contre les autres pour profiter de notre division.
Tant que nous serons divisés, la patrie sera fragile. C'est pourquoi le premier combat des jeunes patriotes devrait être celui de l'unité nationale. La Côte d'ivoire est une puissance en devenir mais divisés nous ne seront rien. C'est pourquoi nous devons trouver en nous les ressources pour aller à la paix et construire notre unité interne. C'est ça le premier pas vers le développement.
Si ce combat pour l'unité nationale, pour la paix et à la reconciliation devient celui des jeunes Patriotes, tout le peuple comme un seul homme se retrouvera dans leur combat. Car, tant que certains seront exclus, ils ne se reconnaîtrons pas dans le combat actuelle qui, au demeurant peut être un combat juste.
Pour parler de contact avec Charles Blé Goudé, il faut dire que je ne vois pas de mal à ce que nous ayons des échanges si cela peut ramener la paix et l'unité à nos compatriotes. Faire la politique, ce n'est pas se confiner dans des tranchés et passer le temps à se tirer dessus. On peut échanger avec tout le monde tout en restant soi-même. Pour le moment j'observe Blé goudé, mais si les évènements nous imposent des échanges, je ne m'y opposerai pas si cela peut aller dans l'intérêt de notre peuple.

Votre dissidence au sein de la FESCI a créé en son temps ce qu’on a appelé «la crise des machettes», quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

J'en garde un souvenir indicible. Ce fût l'opposition entre deux visions au sein de notre organisation. Une incarnée par moi , qui pensait qu'il fallait pas que la FESCI s 'engage dans le processus politique compte tenu de la pluralité de sa base, et une autre vision incarnée par Blé, qui estimait que le mouvement devait prendre une part active dans le processus démocratique.
Ces deux visions antagonistes n'étaient pas conciliables et les oppositions idéologiques ont été à la base d'une situation dramatique.
Le régime militaire d'alors a soutenu une des tendances contre une autre car elle tirait profit du soutient de la Fesci auquel j'étais opposé. Les partis politiques auxquelles la neutralité profitait avaient une sympathie pour notre tendance. Mais cette sympathie n'a pas été active car ils n'ont jamais eu le courage de l'affirmer.
Aujourdhui, au regard de la situation actuelle de la FESCI, avec du recul, le peuple est bien placé pour dire qu'elle tendance avait raison. Je laisse le peuple juger car tout ce que je fais, je le fais selon mon intime conviction, avec pour seule souci de défendre la justice et la vérité.
L'important, c'est de déplorer ce qui est régretable dans nos actions passées, d'en tirer les leçons pour s'engager résolument dans des voies nouvelles qui apportent la paix et le bonheur pour nos compatriotes.
Le militantisme est un sacerdoce, un acte d'abnégation au service des autres. Mon objectif c'est de servir le peuple et non m'en servir. Mon combat à la fesci était un combat pour une école juste égalitaire qui ne défavorise pas les pauvres, c 'est le même combat que je poursuis pour les populations. Comme tout le monde je peux faire des erreurs ou faire des mauvais choix, mais mon objectif reste le bonheur des populations car, j'estime que chacun de nous a une dette vis à vis du peuple. C'est une obligation morale dont je ne compte pas me dérober. Chaque fois je dirais au peuple ce que je pense être juste.

Saint-Claver Oula
saintcoula@yahoo.fr/07600145


Doumbia
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