L'histoire d'un hold-up manqué

Publié le par Yves De Séry

Quarante huit heures après, le communiqué final, sanctionnant les travaux de la première réunion du Groupe international de travail de l'Onu, livre ses secrets. Dans sa résolution 1633 du 21 octobre 2005 sur la situation en Côte d'Ivoire, le Conseil de sécurité et de paix de l'Onu a fait sienne la décision de l'Union africaine (en date du 30 septembre 2005 à Addis-Abeba) de créer un Groupe international de travail (GIT) en vue " d'assister le gouvernement dans la mise en œuvre de son programme et aux fins de consolider et de renforcer les mécanismes de suivi existants ". Aussi l'Onu a-t-elle engagé le GIT à se réunir au plus tôt pour accélérer le processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire. C'est ce que le groupement a traduit en actes le 08 novembre dernier à l'hôtel Sofitel d'Abidjan, en produisant un communiqué de fin de travaux qui fait couler aujourd'hui beaucoup d'encre et de salive dans la cité abidjanaise. Tant certains passages de la déclaration apparaissent comme un véritable hold-up constitutionnel. Notamment celui-ci qui affirme que S'agissant en particulier de l'exercice de la pleine autorité du Premier ministre sur son gouvernement, il dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l'administration, civile et militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières". On croirait l'opposition civile et armée au président Gbagbo s'exprimer ainsi tant cette séquence reprend mot pour mot sa lecture de la résolution 1633 qui veut que le chef de l'Etat en soit désormais réduit à inaugurer les chrysanthèmes. De sources proches du GIT, il revient que c'est la France de Jacques Chirac, par le canal de son représentant, Mme Brigitte Girardin, qui a inspiré la rédaction de cette disposition. Bien évidemment cette dernière a été aidée dans sa tâche par certains représentants de pays d'Afrique de l'Ouest francophone. Une fois le communiqué rédigé seulement en français, dame Girardin s'est aussitôt empressée d'adresser copie à l'AFP pour large diffusion. L'objectif visible était de prendre tout le monde de cours et mettre chacun devant le fait accompli. Et cela avant que les représentants de pays anglophones présents dans le GIT n'aient obtenu la version anglaise du document. Comment comprendre que dans une structure où officient autant de francophones que d'anglophones, il n'y ait pas deux versions du communiqué final, si ce n'est l'envie de faire du faux et œuvre de roublardise ? Selon nos sources, dès que le Président Thabo Mbeki a eu écho de la supercherie française, il a aussitôt mis en branle ses services sur la place d'Abidjan à l'effet de recadrer les choses car pour lui il n'a jamais été question de pouvoirs pareils pour le Premier ministre. Avant-hier nuit donc, pendant deux heures (17h à 19h), ses hommes ont travaillé d'arrache-pied pour corriger les dérives du communiqué puis préciser les vrais attributs du Groupe international de travail (GIT) et ceux du nouveau Premier ministre qui doit disposer de “ pouvoirs nécessaires”. Une fois le travail de recadrage fait, les hommes de Mbeki ont mis le cap sur l'Onuci et les différentes chancelleries présentes au GIT pour recentrer le débat. C'est ce qui a valu les précisions apportées avant-hier lors du journal télévisé de 20h. Ceux qui ont pensé que le président sud-africain n'avait plus le cœur à la pâte dans la gestion du dossier ivoirien, viennent d'avoir la preuve qu'il est déterminé à poursuivre sa mission jusqu'à la fin avec notamment la tenue des élections en Côte d’Ivoire. Yves De Séry

Publicité

Publié dans Francafrique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article