Une succession togolaise de plus en plus contestée

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

TOGO Le fils du président défunt, Faure Eyadéma, a été investi hier officiellement à la tête de l'Etat
Une succession togolaise de plus en plus contestée

Thierry Oberlé
[08 février 2005]

L'investiture à la tête du Togo de Faure Eyadéma, l'un des fils du président général Gnassingbé Eyadéma, plonge ce petit pays de quatre millions d'habitants dans la crise. Agé de 39 ans, Faure Eyadéma, qui était auparavant ministre de l'Équipement, a prêté serment hier devant des magistrats et des parlementaires, malgré la réprobation internationale. Aucun diplomate occidental n'a assisté à la cérémonie, organisée au palais présidentiel de Lomé où les militaires ont renforcé leur dispositif de surveillance. Seuls les représentants de la Libye, du Ghana, de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Côte d'Ivoire étaient présents.


Intronisé de facto par l'armée au mépris de la Constitution, quelques heures seulement après le décès de son père, Faure Eyadéma n'avait jamais été présenté ouvertement comme le dauphin du doyen politique des dirigeants africains.

Le Togo a tenté de légitimer rétroactivement cette manoeuvre en modifiant à la hâte la Constitution, en vertu de laquelle l'intérim devait être assuré par le président de l'Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba. Mais les députés ont opportunément destitué ce dernier, qui était en voyage à l'étranger, et abrogé l'article sur l'organisation de nouvelles élections.


De nouvelles critiques se sont élevées contre cette manoeuvre grossière qui installe en principe Faure Eyadéma pour trois ans au pouvoir. Après avoir suivi les événements avec une prudente attention, la France a durci le ton. L'ex-puissance tutélaire et principal soutien du président défunt «appelle à l'organisation rapide d'élections libres et démocratiques». «La France exprime sa préoccupation face aux modifications qui s'écartent du processus institutionnel prévu par la Constitution togolaise», indique le Quai d'Orsay. Et de rappeler l'«importance» accordée «à l'organisation rapide d'élections libres et démocratiques pour mettre un terme à la transition ouverte par la disparition du président Eyadéma et donner leur légitimité aux institutions».


L'Union africaine, qui continue également d'exercer des pressions après le «coup d'Etat» de samedi, a affirmé hier sa «détermination à imposer des sanctions» contre le Togo si «la légalité constitutionnelle» n'est pas rapidement rétablie. L'influent Olusegun Obasanjo, le président du Nigeria voisin et président en exercice de l'Union africaine, a exhorté les dirigeants africains à rejeter la nomination de Faure Eyadéma et appelé la communauté internationale à organiser un scrutin véritablement libre. «Les événements qui se sont produits depuis le décès du président Eyadéma ne nous garantissent pas une issue pacifique», a prévenu Olusegun Obasanjo. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a également exprimé sa préoccupation hier et annoncé la tenue demain à Niamey d'un sommet extraordinaire.


Les inquiétudes sont attisées par l'expérience du passé. Le Togo a déjà été en proie à des violences à la fin des années 90. Amnesty International avait alors accusé les forces de sécurité d'avoir tué des opposants en marge de la campagne pour les élections de 1998. L'opposition dénonce une «dictature héréditaire». Le principal adversaire du président défunt, Gilchrist Olympio, a affirmé «qu'il n'acceptait pas» la désignation par les députés de Faure Gnassingbé pour succéder à son père décédé et a appelé à «des manifestations». «M. Eyadéma junior n'a pas pris le pouvoir, c'est un groupe de soldats originaires de son village qui a décidé de le nommer président de la République», a déclaré Gilchrist Olympio, qui vit en exil à Paris, à la suite d'une tentative d'assassinat contre lui en 1999 à Lomé. Quelques incidents ont éclaté près de l'université, où des barricades ont été dressées. Mais le gouvernement, qui a rouvert les frontières, a interdit toute manifestation de rue pour une période de deux mois, soit la durée du deuil national. Des soldats casqués circulant à bord de véhicules pick-up équipés de mitrailleuses lourdes avaient pris position aux carrefours tandis que des policiers filtraient le passage des véhicules.


Le ministre de l'Intérieur, Akila Esso Boko, a de son côté souhaité «une trêve politique», quelques heures après un appel de l'opposition à observer un mot d'ordre «Togo pays mort» à partir d'aujourd'hui.

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