BENIN: LES TRAVAILLEURS ET LES PEUPLES SAURONT-ILS DIRE UN JOUR ADIEU AUX CENA DES CORROMPUS ?
("La Flamme" N° 289 Spécial du 22/09/05)
1. Après des jours et des nuits de tractations, les députés représentant les différents clans de la haute bourgeoisie se sont mis d’accord, le lundi 12 septembre 2005 sur la liste de leurs représentants à la prochaine Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) et aux Commissions Electorales Départementales (CED). Le mercredi 14 septembre, à l’issue du Conseil hebdomadaire des ministres, le gouvernement a également nommé ses représentants à la CENA et dans les CED. Le mercredi 21 septembre 2005 au petit matin, l’Assemblée Nationale a parachevé son œuvre en désignant ses représentants dans les Commissions Electorales Communales (CEC). (La liste complète est publiée dans le journal «LA NATION»). Avec ces désignations, on connaît le visage particulier de la prochaine CENA chargée d’organiser les 4èmes élections présidentielles du règne du Renouveau Démocratique, sa nature étant depuis longtemps acquise avec son institution au départ et ses éditions successives lors des diverses élections antérieures (présidentielles, législatives et municipales) comme à la présente. 2. Les particularités de l’actuelle CENA ont été présentées par les députés en «direct» malgré les institutions d’Etat, dans un spectacle nauséeux joué devant tout le peuple. Nous avons assisté à la vie d’une bourse des valeurs où les cotations des parlementaires varient avec les jours voire les heures selon les offres d’acheteurs d’hommes qui agissent selon des plans que seuls les acteurs semblaient bien comprendre. Les variations semblaient aller de soi et le président du parlement savait observer une patience sublime dans l’attente de quelque député qui apparaissait et reparaissait aux yeux du profane selon les humeurs. Chaque mouvement au niveau des groupes parlementaires correspondait presque instantanément à ceux des compositions géopolitiques, ethniques et claniques de la CENA et de ses démembrements et cela dès que les accords ont fini par être conclus au sommet. Ainsi, toutes les distributions semblent avoir été instantanément réalisées aujourd’hui au sein des structures électorales officielles avec pour paramètres les clans de la haute bourgeoisie et ce, depuis la CENA au sommet jusqu’aux bureaux électoraux des quartiers et villages. 3. Comment en est-on arrivé là ? Dès leurs créations en février 1990, les organes d’Etat du Renouveau Démocratique : les gouvernements avec tous leurs ministres, le Parlement dans ses compositions successives, la Cour Constitutionnelle, les Commissions Electorales Nationales Autonomes (CENA), la Cour Suprême, la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication ( HAAC), etc., étaient devenus aussitôt, par leurs budgets annuels réguliers, les instruments de financement des politiques de ceux qui en avaient la charge et la «garde». Les clans se forment et se reforment au sein d’une classe spéciale pour se partager et se repartager ces organes d’Etat et de financement du Renouveau Démocratique. La démocratie s’exerçait et continue de s’exercer pour les clans de cette classe sociale. Lorsque des intérêts de clans particuliers se heurtent au maintien de l’équilibre de l’édifice aux innombrables règles, les clans peuvent pousser bien loin le jeu de la «lutte démocratique» pour des intérêts particuliers avant de se rendre compte que le spectacle est allé bien loin face aux spectateurs intérieurs (les travailleurs et les peuples du Bénin) et aux observateurs extérieurs au nombre desquels les bailleurs de fonds dont on se réclame honteusement dans le mépris le plus abject de son pays et de ses compatriotes. 4. Avec ce bref aperçu de l’histoire des institutions du Renouveau Démocratique, on peut noter que la révolution produit une contre-révolution de plus en plus forte, de plus en plus compacte. Comme dans un élan vers des valeurs éthiques de plus en plus élevées, les travailleurs, la jeunesse, les peuples exigent plus de transparence dans la gestion et le respect du bien public. Et comme si cela irritait là-haut, les hauts bourgeois s’empiffrent encore davantage, verrouillent le système autour d’eux et toutes les institutions dites de contre-pouvoir, elles-mêmes gangrenées et paralysées, observent, immobiles. Les scandales défraient la chronique : des ministres sont ouvertement accusés de vol des biens publics et de rackets sans que ni le Parquet ni la Présidence de la République ne réagissent ; des milliards donnés par le Maroc peuvent se volatiliser en laissant planer au-dessus des étudiants un piège à rats dont on dit qu’il peut s’effondrer, et personne ne s’émeut ; les journaux peuvent dire et ressasser que les transferts frauduleux de plusieurs milliards ont lieu sur le dos du peuple sans que rien ne bouge. Au surplus, les mafieux peuvent se taper la poitrine et se gausser du peuple, forts des biens pillés. Tant et si bien que ce qui naguère devant la jeunesse était honteux, individuel et pudiquement dissimulé dans les chambres ou sous les blousons peut aujourd’hui devenir organisé, visible, ostentatoire. La morale pourrie de la contre révolution au sommet a réussi à susciter de multiples organisations de jeunes pour servir de réceptacles pour recueillir des butins de rapines qui dégoulinent des panses et poches des hauts bourgeois. On les voit ainsi, non plus mendiants épars mais groupes organisés allant de hauts bourgeois en hauts bourgeois escroquer. Ils ont aussi appris à se faire coter à la bourse !! C’est à qui prétendra contrôler tel village ou quartier de ville, telle université ou couche socioprofessionnelle et à offrir ses services au mieux disant pour aller à son tour souiller les masses et se transformer en bras armés d’un ou plusieurs clans de la haute bourgeoisie. 5. L’histoire de l’organisation des élections au Bénin du Renouveau Démocratique n’est que la chronique du développement des magouilles les plus nauséeuses, de l’étalage de la corruption et de l’achat des consciences, le déploiement de la fraude ; bref tout ce que peuvent offrir comme pourriture au monde, les différents clans de la haute bourgeoisie au pouvoir. Dès 1995, Houngbédji Adrien apparaît aux yeux de tous comme le champion en matière de fraude et d’achat des consciences. Et depuis lors, tous les autres piliers du Renouveau Démocratique : Kérékou, Amoussou Bruno, Soglo rivalisent avec lui dans ce panier à crabes où tous les coups sont permis pour le contrôle du pouvoir d’Etat, tremplin pour le pillage des richesses nationales. Les CENA deviennent bien vite le champ clos de ces pratiques et, bien vite, elles révèlent leur vrai visage : une machine à fraude et qui les contrôle, dispose de moyens de fraude en sa faveur pour conquérir et/ou conserver les rênes du pouvoir. Les hommes désignés dans cette institution deviennent l’objet de combats de gladiateurs et chaque CENA voit défiler à sa tête des hommes de plus en plus vils, de plus en plus mafieux dont les seules vertus résident dans leur appartenance partisane à un clan où à un autre de la haute bourgeoisie et dans leur ingéniosité à jouer l’autre, à se jouer du peuple, à tricher, bref à frauder. Peut-on en citer ? Nous avons eu ainsi les AGBANTOU Saïdou, les DOSSOU Léopold et autres BOSSOU Moïse, les AGBETOU Ibrahim, SOULE Ibrahim et autres BRATHIER sans oublier les AGUIAR Kint. Avec les CENA, notre pays a connu des expériences cocasses et inédites où (en alliance avec la Cour Constitutionnelle), le chiffre des inscrits sur la liste électorale varie au cours d’un même scrutin, où les urnes se baladent dans tous les endroits, y compris les casernes avant de déboucher sur les lieux de décompte final, où les résultats sont donnés à la force des sous versés. 6. La vénalité, la débauche sont devenues des pratiques généralisées au niveau du sommet et l’actuelle CENA touche au paroxysme au point de faire s’écrier même les plus chauds défenseurs du système comme ces journalistes juchés au sein du journal «La Fraternité», organe de mafieux. Les hommes qui sont désignés dans la CENA actuelle sont pour l’essentiel des tortionnaires, des mafieux et des mouchards à l’image des structures parlementaires et gouvernementales ayant servi à leur désignation. Un ISSA Salifou dit Saley à la tête du groupe parlementaire UBF contrôle près de la moitié des membres de la CENA. Le PRD de Houngbédji et autres éléments mafieux en contrôlent le reste. Ainsi, la mouvance stricte, sous le contrôle plus ou moins direct de l’autocrate Kérékou contrôle entièrement la CENA actuelle. Ainsi comme produits de ces magouilles, de cette pourriture défiant toute morale, la CENA 2005 affiche des hommes comme DASSIGLI Barnabé, ancien membre du PRPB, tortionnaire puis connu comme l’un des plus grands voleurs de parcelles de Cotonou ou ZANFONGNON Félix son alter ego à Porto-Novo. Les CED sont tout aussi truffées de mouchards, de mafieux et de tortionnaires comme LALEYE Ibitècho, GODJO Aubin de même acabit que AZINLO Louis. Autrement dit, c’est la constitution d’un groupe compact contre-révolutionnaire pour monter à l’assaut du peuple. 7. Cette contre-révolution aura comme réussi à recouvrir entièrement le beau et le nouveau bourgeonnant contre lequel elle s’est constituée, répandant et faisant triompher la dégénérescence morale. 8. Où allons-nous avec un tel état des choses ? Où allons-nous avec une classe de dirigeants politiques entièrement et consciemment vouée à spolier le peuple, à vider le pays de ses richesses et de son sang quitte à s’entredéchirer dans le partage du butin et avec un peuple désabusé et de plus en plus recouvert par la morale pourrie dégoulinant de haut ? A un pays sans âme dont les fils errent dans les rues en attendant que les mafieux repus les paient pour quelque sale besogne ? A un pays dont les jeunes qui n’auront pas réussi à se transformer en escrocs se transforment en pauvres hères allant de pays en pays à la recherche de leur pitance ? A un pays dont les jeunes valides n’auront bientôt pour se défouler d’autres activités que celles de mercenaires organisés en milices se battant pour le compte, sous les ordres et le regard goguenard des clans de hauts bourgeois repus ? 9. Le Parti Communiste du Bénin ne veut pas demain porter la responsabilité de n’avoir pas tiré sur la sonnette d’alarme. Il ne veut pas demain être le bouc émissaire pour n’avoir pas crié à temps : réveillez-vous donc ! il est encore temps de se lever contre toute ignominie au sommet commise en votre nom et au nom du pays. Il y a aujourd’hui un véritable danger de dégénérescence, morale pour les hommes et physique pour le pays. Il est temps de se ressaisir pour éviter ce danger, pour aller vers une construction vigoureuse et ferme de l’émancipation de la patrie et de son peuple. C’est aujourd’hui un défi, un challenge devant une génération pour un futur radieux. Pour le relever, il faut oser abhorrer la CENA hideuse qui vient d’être accouchée avec tout ce qu’elle comporte comme parrains, parents et rejetons et ainsi dire adieu à toutes les CENA passées et présente de l’ère du Renouveau Démocratique. Aurez-vous le cran, le courage, la noblesse de le faire, Peuple du Bénin ? Nous ne le savons trop, mais le peuple le peut, s’il apprend à compter avec la duplicité de ses ennemis, si fermement il peut commencer à s’opposer à tous ceux qui disent et diront que les travailleurs en grève sont violents, que les communistes sont violents ; s’il s’élève jusqu’à la hauteur de sévir contre tous ceux qui appellent les autorités à sévir contre les travailleurs et les communistes. Le PCB le souhaite vivement pour le Bénin et ses fils. Cotonou, le 22 septembre 2005 Le Bureau Politique du PCB Visitez et faites visiter le site de "La Flamme" : www.la-flamme.info