30 Octobre 2005 En Cote D’ivoire - Ce que préparent l’Onu et la France

Publié le par Armand B. DEPEYLA

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), avec l’appui de Paris et de l’Onu, serait sur le point de retirer le dossier ivoirien à la médiation sud-africaine, pour le remettre au président nigérian, Olusegun Obasanjo. L’objectif visé serait de mettre en place une transition en Côte d’Ivoire à partir du 30 octobre 2005, date de l’expiration du mandat du président Laurent Gbagbo. C’est ‘’La Lettre du Continent’’, dans sa publication n° 478 du 27 septembre 2005, qui a levé le lièvre de ce qui se préparerait dans les bureaux onusiens et élyséens à New York et à Paris. Le cheval de Troie pourrait être l’Union africaine (UA), qui avait, on s’en souvient, mandaté le président sud-africain, Thabo Mbeki, pour tenter une médiation dans la crise ivoirienne. Selon une enquête menée à New York par ce journal ‘’d’informations confidentielles’’, spécialisé sur le continent africain, les deux grands parrains (le Nigeria et l’Afrique du Sud) du continent s’affrontent gravement pour la gestion de la crise ivoirienne. A la fin août, le ministre sud-africain de la Défense, Mosiuoa Lekota, avait insisté sur le rôle de son pays. “Le rôle de médiation ne peut pas prendre tout simplement fin. Nous devons faire partie du processus de mise en œuvre ”, avait dit le ministre sud-africain. “ L’Afrique du sud a été dessaisie du dossier sous la pression conjuguée de la France et de Kofi Annan ”, affirme le journal. “ Tous deux ( la France et Kofi Annan) ont réinvesti le chef de l’Etat nigérian et président en exercice de l’Union africaine, qui a reproché, avec véhémence, à Thabo Mbeki son manque de concertation dans un huis clos à trois avec le secrétaire général de l’Onu ”, poursuit ‘’La Lette du Continent’’. Ces derniers mois, la médiation de Thabo Mbeki a été fortement décriée, tant par l’opposition politique que par la rébellion armée. Le 10 septembre dernier, Soro Kigbafory Guillaume affirmait que la rébellion “ ne reconnaîtrait plus le président sud-africain Thabo Mbeki comme médiateur dans la crise ivoirienne ”, ajoutant que “ la médiation sud-africaine, elle, est terminée. Les Forces nouvelles ont récusé cette médiation parce qu’elle a été de parti pris, parce qu’elle a montré clairement son soutien à Laurent Gbagbo. A partir de cet instant, les Forces nouvelles ne reconnaissent pas l’impartialité de la médiation et mettent fin à leur participation et à toute rencontre avec cette dernière. Pour nous, c’est terminé. Cette médiation n’existe plus ”, a tranché Soro Guillaume. Toute l’opposition ivoirienne a récusé le médiateur, estimant qu’il a pris fait et cause pour le Fpi. Thabo Mbeki ayant dit clairement, à l’instar du président du Fpi, qu’il ne saurait y avoir de transition en Côte d’Ivoire.

Nouveau calendrier

La reprise en main de la médiation par la Cedeao qui a le feu vert et l’aval de la communauté internationale va certainement permettre le balayage de tous les obstacles artificiels érigés au sud, comme au nord, pour ne pas coopérer. Le nouveau calendrier, selon “ La lettre du continent ” pour la suite du processus en Côte d’Ivoire serait le suivant : le Conseil de sécurité de l’Onu se ressaisit du dossier entre le 27 et le 30 septembre, pour décider "une première rafale de sanctions", selon une source à New York, qui souligne "le caractère équilibré" des punitions qui seront infligées aux deux camps. C’est-à-dire que le camp présidentiel et le G7, incluant les Forces nouvelles, seront frappés par ces sanctions. Dans la foulée de ce coup de semonce, destiné à "rendre sa crédibilité à la menace de sanctions que Mbeki avait totalement émoussée à force de temporiser", le président du comité des sanctions, l’ambassadeur grec auprès de l’Onu, Adamantos Vassilakis, se rendra en Côte d’Ivoire, au Sud et au Nord, cette semaine. Selon un communiqué de l’Union africaine rendu public avant-hier, les chefs d’Etat des pays membres du conseil de paix et de sécurité ( CPS) de l’Union africaine et ceux de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest réexamineront le dossier ivoirien, le 6 octobre, à Addis Abeba. “ Le Conseil de paix et de sécurité se tiendra le 6 octobre, en présence des 15 chefs d’Etat et de gouvernement membres du Csp et des Etats membres de la Cedeao, pour examiner la situation en Côte d’Ivoire ”, a indiqué M. El Ghassim Wane, directeur du centre de gestion des conflits au siège de l’UA. Mais déjà, ce vendredi, les dirigeants des pays membres de la Cedeao vont se retrouver pour certainement jeter les bases de la transition que Kofi Annan et Jacques Chirac appellent de leurs vœux, pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise. Mais le président Laurent Gbagbo a rejeté l’option de la Cedeao, estimant qu’il n’accepterait plus une nouvelle médiation. Aussi, Laurent Gbagbo a-t-il écrit à Kofi Annan pour refuser que ‘’le dossier ivoirien revienne dans les mains de la Cedeao et des présidents voisins impliqués dans la crise en Côte d’Ivoire.’’ N’empêche, à la mi-octobre, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine statuera sur un rapport précédemment établi par la Cedeao sur la "transition" à organiser en Côte d’Ivoire, à partir du 30 octobre. La France s’est voulue sans équivoque, le lundi dernier 26 septembre, par l’entremise de Mme Michelle Alliot-Marie, qui a estimé qu’à partir du 30 octobre, il y aura un vide constitutionnel qu’il faudrait donc combler par une transition. Une fois entériné, le rapport que la Cedeao produira, sera soumis au Conseil de sécurité de l’Onu, à la veille de la date fatidique marquant la fin du mandat présidentiel de Laurent Gbagbo. L’Onu édictera alors un nouvel échéancier pour la tenue d’élections dans toute la Côte d’Ivoire et des sanctions précises qui seront infligées, à chaque étape, aux contrevenants à ce processus de paix, précise “ La lettre du Continent ”. Ce journal estime que le plan franco- Annan serait une mauvaise nouvelle pour le président Laurent Gbagbo qui, à en croire une source onusienne citée par ‘’La Lettre du continent’’, pourrait perdre son bouclier sud-africain et devra aller aux élections dans des conditions dictées par la communauté internationale.

par Armand B. DEPEYLA
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Publié dans L'O.N.U.

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