Phil Nomel, Journaliste-consultant: "Lettre à mon ami Blaise Compaoré"
| Phil Nomel, Journaliste-consultant: "Lettre à mon ami Blaise Compaoré" | ||
Excellence Monsieur le Président et cher ami, Ton ami que je suis, j'ai été fort surpris de lire ta déclaration de vux de nouvel an à tes compatriotes. Le bon sens aura préféré que cette année tu n'en fasses pas une. Mais, obnubilé par le pouvoir et la folie des grandeurs, toi non plus tu n'as pas voulu déroger à cette vieille tradition. Mais, malheureusement pour toi, cher ami, tu t'es encore planté. Car toute honte tue, tu as fait du Burkina Faso, une terre d'accueil, un pays d'hospitalité et surtout, surtout dis-je, de respect des droits de l'Homme. Et tu as transformé par un coup de bâton magique la Côte d'Ivoire en un pays hostile, raciste et xénophobe, dont selon tes dires " la politique d'exclusion qui depuis plus de dix ans ont anéanti bien d'espoirs dans cette partie du continent. " Oubliant que l'hospitalité occupe une place de choix dans notre hymne national et qui a fait de la Côte d'Ivoire le pays au record jamais égalé de taux d'étrangers. Tu le sais, Monsieur le Président ! Car dans cette méprise, je ne te reconnais plus. A t'entendre, j'ai eu l'impression d'écouter un petit saint de bois parler. Qui a perdu les repères historico-politiques. Et je voudrais ici demander ton indulgence et un peu de patience car les faits que je vais énumérer sont longs et très enrichissants pour les consciences. Je ne m'étalerai pas sur le cas le plus populaire de ton ami et frère Thomas Sankara qui fut froidement abattu, sous tes ordres, ce soir du 15 octobre 1987. J'étais encore élève et cet homme incarnait nos fois et idéaux d'une jeunesse africaine en mal d'identité et de modèle. Tu l'as tué parce que, comme le Christ, il prêchait une nouvelle philosophie qui prenait à défaut un ordre mondial préétabli. " Et tu Brutus " s'est-il écrié quand il tombait des balles assassines de ses frères et compagnons d'armes. Burkina Faso, pays des Droits de l'Homme ? Quelle méprise pour ce brave peuple burkinabè ? Tu te moques éperdument de ton peuple. Car dire que le Burkina est un pays des Droits de l'Homme, c'est à peine si tu ne leur dis pas que le soleil se lève à l'Ouest du Burkina Faso. Car le record de violations des Droits de l'homme a été remporté par le Burkina sous ton règne. Il ne peut en être autrement, quand il commence en 1987 par un sacrifice humain, celui de son ami intime . Qu'as-tu fait du corps de Norbert Zongo, ce journaliste burkinabè et rédacteur en chef du journal L'Indépendant, dont tu as commandité le meurtre et qui fut retrouvé le 13 décembre 1998 littéralement calciné dans sa voiture et avec lui, ceux des ses amis Ernest Zongo, Ablasse Nikiema, et Blaise Ilboudo, tous retrouvés brûlés dans une voiture à Sapouy, à 100 km au sud de Ouagadougou. Et dont le principal accusé, François Compaoré , ton frère n'a jamais été inquiété. Le pauvre Norbert Zongo payait ainsi le prix de sa témérité à vouloir faire son boulot. Il menait des investigations sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de ton petit frère François. Droits de l'homme. Impunité. Te souviens-tu avoir fait raser la tête de Halidou Ouédraogo, président du Mouvement burkinabè des droits de l'homme et des peuples en avril 2000. Et avec lui certains membres du MBDHP, Norbert Tiendrebéogo, Pierre Badima, Etienne Traoré et Bénéwendé Sankara. Une humiliation inhumaine pour des pères de familles. Tu n'as autant pas oublié qu'en 1999, le 10 mai exactement, le domicile de David Ouédraogo situé à quelques pas d'un commissariat de police fut envahi par une horde téléguidée par ton frère qui l'ont menacé et le traité de tous les noms sans que la police ne daigne s'interposer. Et tu me parles d'un Burkina des droits de l'Homme. Mon il ! Pour clore avec le dossier Norbert Zongo, tu sais que Marcel Kafando, le seul condamné ( à tort) pour ce crime odieux est en ce moment très malade. En cas de décès( je touche du bois ) l'affaire Zongo sera définitivement close. Et à Ouaga, on trinquera. Pour ces Droits de l'Homme à la mort ? Plutôt en rire. Car si la crise ivoirienne te profite politiquement parce que tu montres soudainement que tu as un cur, les Burkinabè savent et n'oublient pas que pour la publication d'une annonce et d'une photo de Hamidou Ilboudo, deux journalistes Bouréima Sigué du journal " Le Pays " et Paulin Yaméogo de " San Finna " furent arrêtés et torturés par la Police. Pire, Auguste Pépin Ouédraogo, syndicaliste et employé à la SONABEL fut arrêté le 11 janvier 1999 à la suite d'une altercation avec un commandant de la gendarmerie à Bobo Dioulasso. Il sera battu et mourut 10 jours plus tard des suites de ses blessures. L'Histoire ayant de la mémoire, je voudrais clore sur ce sujet et mentionnant les morts non élucidées du Professeur Guillaume Sessouman en 1989, deux années seulement après ta prise de pouvoir dans le sang, de l'étudiant Boukary Dabo en 1990 et de Clément Ouédraogo, le leader de l'opposition burkinabè en 1991. Que dire alors de février 1995 quand sept habitants de Kaya Navio arrêtés à la suite d'une confrontation entre villageois et gendarmes ? Ces pauvres citoyens burkinabé seront déportés tristement au célèbre camp de Pô où ils seront purement et simplement exécutés. Burkina terre d'accueil et d'hospitalité ? Sur ce chapitre, je n'ai rien à te dire, sauf que tous les Pays du monde se targuent d'être des pays d'hospitalité. Même l'Afrique du Sud de l'Apartheid, l'Allemagne de l'Est et l'Afghanistan sous contrôle Taliban criaient qu'ils étaient des terres d'accueil. Donc dans cette perspective, on peut t'accorder cette rengaine au bénéfice du doute. Mais tu sais cher ami que tu as donné ton accord pour l'expulsion manu militari de deux étudiants du Burkina, un Camerounais et un Tchadien. Et tu n'ignores pas que notre ami commun Robert Ménard de Reporters Sans Frontières fut arrêté le 9 mai 1999, interrogé pendant deux heures et puis reconduit à l'aéroport et expulsé par la police. De même, plusieurs journalistes ont été interdits de prendre part à la cérémonie de commémoration de l'anniversaire de l'assassinat de Norbert Zongo. Alors cher ami Blaise, avec ces chiffres, faits et méfaits pourras-tu me regarder droit dans les yeux et me dire que ton Burkina Faso est plus respectueux des Droits de l'Homme que la Côte d'Ivoire qui vit, depuis la nuit du 18 septembre, une situation d'exception et qui fait mains et pieds pour retrouver son équilibre. Amicalement. Phil Nomel Journaliste, consultant. | ||
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