Les révélations de Ange Kessi à Gbagbo
Les Echos du Matin - 1/23/2005 5:48:06 PM
Des informations sur les bombardements des FANCI à Bouaké au cours de lopération Dignité commencent à filtrer depuis lenquête menée par le Commissaire du gouvernement.
Le magistrat-capitaine de Corvette capitaine Ange Kessi Kouamé, commissaire du gouvernement, a été mandaté par le chef de lEtat, il y a quelques semaines, pour mener une enquête sur le supposé bombardement dun camp français à Bouaké. Il sagissait pour le Président Laurent Gbagbo de savoir les raisons pour lesquelles laviation militaire ivoirienne a ouvert le feu sur des soldats français à Bouaké, sachant pertinemment que la force Licorne y était installée, causant ainsi la mort de 9 ( ?) dentre eux. Le Commissaire du gouvernement sest donc rendu partout où les besoins de lenquête lont conduit pour en savoir un peu plus sur cette affaire qui a entraîné la destruction des aéronefs ivoiriens par la force Licorne. Après un peu plus dun mois de collecte dinformations, le capitaine de Corvette Ange Kessi Kouamé a achevé sa mission. Le vendredi 21 janvier, il a été reçu en audience par le chef de lEtat à qui il a livré la primeur des informations sur cette enquête. Fort des observations sur le terrain et des preuves en sa possession, le Commissaire du gouvernement a rendu compte, dans les moindres détails, au Président Laurent Gbagbo de tout ce quil lui a été donné dobserver et de ses conclusions.
A lissue de laudience, le Commissaire du gouvernement sétait contenté, ce jour là, de déclarer à la presse, sans autre précision, quil navait fait que rendre compte au chef de lEtat des résultats de son enquête. Quelques indiscrétions nous ont, cependant, permis den apprendre un peu plus. Des sources proches du palais présidentiel, il semble que le capitaine Ange Kessi a fait dimportantes révélations au Président Laurent Gbagbo sur les bombardements de laviation ivoirienne dans le camp français de Bouaké.
Selon nos informations, le commissaire du gouvernement a révélé que ces soldats français ne sont pas morts à Bouaké, mais plutôt à Vavoua, loin de leur quartier général de Bouaké, lors des premières frappes de larmée ivoirienne lors de lopération Dignité. Il a clairement expliqué au président Laurent Gbagbo que les avions de combats de type Sukhoï 25 nont commis aucune bavure à Bouaké. Toutes les cibles visées ont été atteintes avec précision. Sachant que larmée française y était présente et quil y avait aussi de nombreuses populations civiles, laviation ivoirienne a tout mis en uvre pour éviter des dégâts collatéraux. Elle a donc mené minutieusement cette opération de bombardement à Bouaké et réussi sa mission à ce niveau.
Le capitaine Ange Kessi aurait dit au chef de lEtat que cest plutôt à Vavoua que les bombardiers ivoiriens, en détruisant des cibles rebelles, ont atteint des soldats français qui y étaient installés en tant quinstructeurs des combattants rebelles. Cela est dautant plus vraisemblable que des soldats français ont a été accusé il ny a pas longtemps davoir servi dinstructeur aux milices Hutu interhamwe impliquées dans le génocide rwandais. Officiellement, selon nos sources, les soldats de lopération Licorne nauraient donc pas dû se trouver dans la zone bombardée. Leur présence en ces lieux ne pouvait être justifiée valablement sans éveiller les soupçons des responsables des Forces armées nationales de Côte dIvoire (FANCI). Cest la raison pour laquelle la force Licorne a décidé de transférer le corps des soldats qui avaient été touchés par les tirs aériens de larmée ivoirienne, dans le camp français de Bouaké, connu de tous. Cela, pour faire croire que cest à Bouaké que ladjudant-chef P. Capdeville, le sergent-chef F. Delon, le caporal-chef P. Falevu, le caporal B. Marzais, le maréchal des logis D. Decuypere, ladjudant-chef T. Barathieu, le caporal-chef L. Derambure, le brigadier-chef F. Duval et le caporal E. Tilloy ont trouvé la mort et justifier ainsi linterruption de lopération Dignité. Ces 9 morts, rappelons-le, ont justifié la destruction des aéronefs ivoiriens et les violences des 6, 7, 8 et 9 novembre dernier à Abidjan et dans certaines villes de lintérieur du pays.
Roselyne Aka