Dano Djédjé : «Que le Conseil de sécurité agisse et aide au retour de la paix»
Rebondissement dans la crise ivoirienne - Dano Djédjé : «Que le Conseil de sécurité agisse et aide au retour de la paix»
Le Courrier d'Abidjan - 8/28/2005 7:09:53 PM
Depuis les accords de Pretoria II et les ordonnances qui les ont suivis, nous avons été heureux de constater que toutes les initiatives du médiateur sud-africain, le président Thabo Mbeki, militaient effectivement en faveur du retour de la paix en Côte d’Ivoire. Les étapes à franchir pour y parvenir sont, aux yeux de la communauté nationale et internationale, le désarmement et les élections justes et transparents.
Mais contre toute attente, un blocage survient dans l’application des accords de Pretoria II. Les prises de positions et autres déclarations que l’on enregistre ces derniers temps, sont plutôt de nature à alourdir davantage l’atmosphère générale et à compromettre les bases de la réconciliation nationale. Les dernières déclarations du général Mathias Doué, ex-chef d’état-major des armées, sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) et abondamment relayées par la presse nationale et internationale, n’ont fait qu’accroître d’un cran encore les tensions politiques.
Aussi, le ministre chargé de la Réconciliation nationale, préoccupé par cette situation, réagit en s’adressant à la communauté nationale et internationale.
A) A la communauté internationale, et particulièrement au Conseil de sécurité de l’ONU
Nous voulons rappeler que son implication dans la résolution de la crise ivoirienne a permis d’obtenir des résultats tangibles à travers la médiation initiée par l’Union africaine et que ces résultats méritent d’être protégés et sécurisés dans l’intérêt du peuple de Côte d’Ivoire et de tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire. Il est donc indispensable que la communauté internationale focalise son action dans deux directions essentielles :
1) Agir conformément aux engagements pris à la préservation de la cohésion sociale et de la paix en Côte d’Ivoire.
2) Aider à la mise en place de la consolidation et de la fiabilisation du processus électoral.
B) A la Communauté nationale
La grande majorité de la population ivoirienne et de tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire a accueilli avec satisfaction les résultats de la médiation du président Thabo Mbeki. Ces populations, traumatisées par les conséquences de la guerre n’aspirent qu’à une vie harmonieuse et pacifique. C’est pourquoi, nous lançons l’appel suivant :
1) Le processus de réconciliation nationale et la quête d’une paix durable qui marquent aujourd’hui la vie des populations de la Côte d’Ivoire constituent une phase cruciale qu’il convient de protéger contre toutes dérives guerrières ou verbales.
2) La Côte d’Ivoire qui sort d’une guerre fratricide doit envisager sa «phase de renaissance» en mettant en avant une nécessaire synergie dans les efforts consentis ou à consentir pour la réconciliation, la cohésion sociale et la paix.
3) Il nous faut consolider, en notre âme et conscience, les acquis de la réconciliation et de la cohésion sociale auxquels sont parvenues les différentes communautés au sein des Comités Locaux de Réconciliation et de Paix.
4) Il nous faut reconnaître que la force des armes n’est pas la solution qu’il convient d’envisager pour asseoir la liberté, la démocratie, les droits de l’homme dans un pays suffisamment traumatisé par une crise militaro-politique comme c’est le cas de la Côte d’Ivoire. Aussi, marquons-nous notre étonnement et notre stupéfaction quant aux déclarations du général Doué Mathias, ex- chef d’état-major des armées tendant à saboter le processus de réconciliation nationale. Nous lui demandons de se ressaisir et d’adhérer pleinement et sincèrement au processus de reconstruction du tissu social en cours.
5) Nous demandons aux communautés vivant en Côte d’Ivoire de rester sereines et de continuer à s’inscrire résolument dans le processus de réconciliation et de paix.
La Côte d’Ivoire ne peut pas se permettre de demeurer plus longtemps dans l’incertitude. Pour l’heure, les accords de Pretoria II cosignés par toutes les parties nous invitent à mettre nos efforts en commun pour parvenir au désarmement et aux élections, seules voies de sortie de crise. Seul le vainqueur des prochaines élections aura la légitimité nécessaire pour bénéficier de la confiance et du soutien des communautés nationales et internationales pour conduire et intensifier la politique nationale de réconciliation et de paix.
Pour l’heure, faisons en sorte que nos comportements et nos propos concourent à l’apaisement des cœurs et des esprits, à l’édification, à la consolidation et à la fortification de l’unité nationale, de la cohésion sociale et de la solidarité nationale.
C’est dans l’union, la paix et la solidarité que nous devons construire ensemble une Côte d’Ivoire fraternelle et prospère.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Le ministre chargé de la Réconciliation Nationale
Prof : Sébastien Dano Djédjé