Échanges avec les journalistes
Vous avez dit que Radio France Internationale a fait état d'un projet de résolution en cours d'examen, à l'effet de "durcir" l'embargo sur les armes en Côte d'Ivoire, en vigueur depuis
le 15 décembre 2004. Nous avons approché de nombreux membres du Conseil de sécurité hier et ils nous ont dit qu'il n'existe pas de projet de résolution. Je voudrais donc savoir d'où vous tenez votre information et si vous avez une copie du projet sur vous.
Notre source est effectivement Radio France Internationale, qui est la voix officielle du ministère français des Affaires étrangères. De plus, malheureusement pour nous, la France est le pays qui initie les résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d'Ivoire, ce qui, vu la tournure des événements, nous semble tout à fait anormal. Ce projet existe bel et bien, mais comme nous ne sommes pas membre du Conseil de sécurité, nous nous contentons de le mentionner sur la base de l'information fournie par Radio France Internationale, qui parle de "durcissement". Et comme le document n'a pas encore été adopté pour devenir document officiel du Conseil, il ne m'appartient pas de vous le communiquer.
Pouvez-vous être plus précis? Qu'entendez-vous par "durcissement" de l'embargo sur les armes ?
Comme je vous l'ai dit, je ne peux pas entrer dans le détail du document, n'étant pas membre du Conseil. Je n'en parle que parce que c'est le destin de mon pays qui est en jeu. Je ne puis donc aller plus loin, puisque le document ne nous est pas destiné.
Quel type de sanctions est envisagé pour ceux qui feraient obstacle à la mise en uvre de cette résolution, au cas où elle serait adoptée ?
Je n'en sais rien ! Mais je vous rappelle que le Conseil de paix et de Sécurité de l'Union Africaine a demandé que les sanctions envisagées par la Résolution 1572 (2004) soient reportées, pour donner du temps à la médiation du Président Mbeki, qui est en train de réussir. Dans ces conditions, parler de sanctions maintenant est une façon d'entraver sérieusement cette médiation.
Le Conseil de Sécurité encourage les organisations régionales à résoudre les crises qui naissent dans leurs zones respectives, en coordination avec lui. Pourquoi donc proposer aujourd'hui des sanctions de façon détournée quand l'Union Africaine demande expressément d'y surseoir? La coopération avec l'Union Africaine ne devrait pas se limiter à accepter les décisions de cette organisation qui vont dans un sens souhaité (comme à Abuja, en novembre denier) et à en rejeter d'autres, quand elles semblent contrarier une certaine vision des choses (comme celles de Libreville). Or, contrairement à ce qui s'est passé à Abuja, les décisions de Libreville engagent officiellement et légalement l'Union Africaine. Celle-ci demande donc de surseoir aux sanctions individuelles et autres. Les introduire de façon détournée ne nous semble pas indiquer une réelle volonté de coopérer avec l'Union Africaine.
Le processus de paix semble être aujourd'hui dans une impasse totale. Le gouvernement n'avance pas dans la mise en uvre des réformes envisagées par l'Accord de Linas-Marcoussis. Pourquoi dites-vous que la médiation du Président Mbeki est en train de réussir ?
Dès son arrivée en Côte d'Ivoire, il y a eu un déblocage: ainsi toutes les réformes envisagées par l'Accord de Linas-Marcoussis et qui étaient encore en chantier pour diverses raisons, ont été adoptées en conseil des ministres, votées par le Parlement et promulguées pour la plupart. Il y a donc évolution positive du fait de cette médiation. Le " blocage" dont vous parlez relève de la responsabilité de la rébellion armée, car la feuille de route du Président Mbeki est très claire et précise à ce sujet. Il convient aussi de noter que la médiation du Président Mbeki a permis de régler la question du référendum sur l'article 35.
L'adoption des réformes et l'instauration de la sécurité relèvent de la responsabilité du Président de la République. Or, les réformes ont été adoptées définitivement, à l'exception de la modification de l'article 35 sur les conditions d'éligibilité, qui attend d'être soumise au référendum, conformément aux dispositions de la Constitution.
Par ailleurs, des patrouilles conjointes (FANCI/ONUCI) sont en train de ramener progressivement la sécurité, plus particulièrement à Abidjan. Donc si impasse il y a, elle relève de la responsabilité des rebelles, qui n'ont pas engagé le processus de désarmement à la date indiquée et continuent de boycotter les conseils des ministres. Or, personne ne semble s'en inquiéter, ni ne cherche à mettre la pression sur eux pour qu'ils fassent leur part de sacrifice. Sans le désarmement, il ne peut y avoir de référendum, ni aucune autre élection. Comment peut-on battre campagne avec des gens en armes et occupant illégalement une partie du territoire national? La priorité aujourd'hui est donc le désarmement.
Vous avez parlé de pillage des ressources naturelles. Qu'entendez-vous par là ?
Il s'agit entre autres de l'or, de diamant, du cacao, etc. En matière de pillage, on pourrait aussi mentionner les ressources fiscales et douanières (des zones occupées par la rébellion).
Où vont ces ressources ainsi pillées? Et en quelle quantité ?
Je ne saurais le dire. Ce qui est clair, c'est qu'il s'agit de ressources pillées au détriment de l'économie nationale, autant de manque à gagner pour notre développement, et ce dans le silence de la communauté internationale.
Pour retourner à la question du projet de résolution, votre préférence serait donc qu'il n'y ait pas de nouvelle résolution?
En effet! Je voudrais rappeler nos requêtes, pour conclure : que la France soit déchargée de l'initiative des résolutions sur la Côte d'Ivoire. On ne peut pas être à la fois juge et partie ; que la force française Licorne soit intégrée à l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), sous commandement unique onusien; nous ne souhaitons pas avoir une force parallèle et indépendante des forces de l'ONU dans la résolution de cette crise. Nous demandons aussi la mise en place d'une commission internationale d'enquête sur les événements de début novembre 2004, au cours desquels il y a eu de graves violations présumées des droits de l'homme et du droit international humanitaire par les soldats français.
Nous avons hélas l'impression que la nécessité de lutter contre l'impunité est fonction de la nationalité des présumés victimes et auteurs. Est-ce parce que les victimes de ces événements sont des Ivoiriens (Africains) que la communauté internationale ne réagit pas? Pourquoi deux poids deux mesures? Nous attendons toujours les réponses à nos interrogations.
le 15 décembre 2004. Nous avons approché de nombreux membres du Conseil de sécurité hier et ils nous ont dit qu'il n'existe pas de projet de résolution. Je voudrais donc savoir d'où vous tenez votre information et si vous avez une copie du projet sur vous.
Notre source est effectivement Radio France Internationale, qui est la voix officielle du ministère français des Affaires étrangères. De plus, malheureusement pour nous, la France est le pays qui initie les résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d'Ivoire, ce qui, vu la tournure des événements, nous semble tout à fait anormal. Ce projet existe bel et bien, mais comme nous ne sommes pas membre du Conseil de sécurité, nous nous contentons de le mentionner sur la base de l'information fournie par Radio France Internationale, qui parle de "durcissement". Et comme le document n'a pas encore été adopté pour devenir document officiel du Conseil, il ne m'appartient pas de vous le communiquer.
Pouvez-vous être plus précis? Qu'entendez-vous par "durcissement" de l'embargo sur les armes ?
Comme je vous l'ai dit, je ne peux pas entrer dans le détail du document, n'étant pas membre du Conseil. Je n'en parle que parce que c'est le destin de mon pays qui est en jeu. Je ne puis donc aller plus loin, puisque le document ne nous est pas destiné.
Quel type de sanctions est envisagé pour ceux qui feraient obstacle à la mise en uvre de cette résolution, au cas où elle serait adoptée ?
Je n'en sais rien ! Mais je vous rappelle que le Conseil de paix et de Sécurité de l'Union Africaine a demandé que les sanctions envisagées par la Résolution 1572 (2004) soient reportées, pour donner du temps à la médiation du Président Mbeki, qui est en train de réussir. Dans ces conditions, parler de sanctions maintenant est une façon d'entraver sérieusement cette médiation.
Le Conseil de Sécurité encourage les organisations régionales à résoudre les crises qui naissent dans leurs zones respectives, en coordination avec lui. Pourquoi donc proposer aujourd'hui des sanctions de façon détournée quand l'Union Africaine demande expressément d'y surseoir? La coopération avec l'Union Africaine ne devrait pas se limiter à accepter les décisions de cette organisation qui vont dans un sens souhaité (comme à Abuja, en novembre denier) et à en rejeter d'autres, quand elles semblent contrarier une certaine vision des choses (comme celles de Libreville). Or, contrairement à ce qui s'est passé à Abuja, les décisions de Libreville engagent officiellement et légalement l'Union Africaine. Celle-ci demande donc de surseoir aux sanctions individuelles et autres. Les introduire de façon détournée ne nous semble pas indiquer une réelle volonté de coopérer avec l'Union Africaine.
Le processus de paix semble être aujourd'hui dans une impasse totale. Le gouvernement n'avance pas dans la mise en uvre des réformes envisagées par l'Accord de Linas-Marcoussis. Pourquoi dites-vous que la médiation du Président Mbeki est en train de réussir ?
Dès son arrivée en Côte d'Ivoire, il y a eu un déblocage: ainsi toutes les réformes envisagées par l'Accord de Linas-Marcoussis et qui étaient encore en chantier pour diverses raisons, ont été adoptées en conseil des ministres, votées par le Parlement et promulguées pour la plupart. Il y a donc évolution positive du fait de cette médiation. Le " blocage" dont vous parlez relève de la responsabilité de la rébellion armée, car la feuille de route du Président Mbeki est très claire et précise à ce sujet. Il convient aussi de noter que la médiation du Président Mbeki a permis de régler la question du référendum sur l'article 35.
L'adoption des réformes et l'instauration de la sécurité relèvent de la responsabilité du Président de la République. Or, les réformes ont été adoptées définitivement, à l'exception de la modification de l'article 35 sur les conditions d'éligibilité, qui attend d'être soumise au référendum, conformément aux dispositions de la Constitution.
Par ailleurs, des patrouilles conjointes (FANCI/ONUCI) sont en train de ramener progressivement la sécurité, plus particulièrement à Abidjan. Donc si impasse il y a, elle relève de la responsabilité des rebelles, qui n'ont pas engagé le processus de désarmement à la date indiquée et continuent de boycotter les conseils des ministres. Or, personne ne semble s'en inquiéter, ni ne cherche à mettre la pression sur eux pour qu'ils fassent leur part de sacrifice. Sans le désarmement, il ne peut y avoir de référendum, ni aucune autre élection. Comment peut-on battre campagne avec des gens en armes et occupant illégalement une partie du territoire national? La priorité aujourd'hui est donc le désarmement.
Vous avez parlé de pillage des ressources naturelles. Qu'entendez-vous par là ?
Il s'agit entre autres de l'or, de diamant, du cacao, etc. En matière de pillage, on pourrait aussi mentionner les ressources fiscales et douanières (des zones occupées par la rébellion).
Où vont ces ressources ainsi pillées? Et en quelle quantité ?
Je ne saurais le dire. Ce qui est clair, c'est qu'il s'agit de ressources pillées au détriment de l'économie nationale, autant de manque à gagner pour notre développement, et ce dans le silence de la communauté internationale.
Pour retourner à la question du projet de résolution, votre préférence serait donc qu'il n'y ait pas de nouvelle résolution?
En effet! Je voudrais rappeler nos requêtes, pour conclure : que la France soit déchargée de l'initiative des résolutions sur la Côte d'Ivoire. On ne peut pas être à la fois juge et partie ; que la force française Licorne soit intégrée à l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), sous commandement unique onusien; nous ne souhaitons pas avoir une force parallèle et indépendante des forces de l'ONU dans la résolution de cette crise. Nous demandons aussi la mise en place d'une commission internationale d'enquête sur les événements de début novembre 2004, au cours desquels il y a eu de graves violations présumées des droits de l'homme et du droit international humanitaire par les soldats français.
Nous avons hélas l'impression que la nécessité de lutter contre l'impunité est fonction de la nationalité des présumés victimes et auteurs. Est-ce parce que les victimes de ces événements sont des Ivoiriens (Africains) que la communauté internationale ne réagit pas? Pourquoi deux poids deux mesures? Nous attendons toujours les réponses à nos interrogations.
Publicité