Tchad : Pourquoi la France soutien Deby 21/06/2006
Depuis le début de la crise tchadienne, la France apparaît comme le plus indéfectible soutien du régime autoritaire d’ Idriss Deby. Un régime qui traverse une tension sans précédent caractérisée par une crise fiscale et sociale, une radicalisation des oppositions et enfin la guerre du Darfour devenue un conflit transnational. Dans son dernier rapport, «Tchad :le retour de la guerre ?», International Crisis Group pense savoir pourquoi l’Etat français n’a d’yeux que pour le président tchadien.
La première raison de l’implication française aux côtés du très contesté chef d’Etat tchadien est l’existence d’un lobby militaire. Pour les analystes du Crisis Group, «il faut prendre la mesure du rôle très particulier qu’a le Tchad dans la culture des armées françaises.» En effet, le Tchad qui a joué un rôle exceptionnel dans la constitution de la France libre pendant la deuxième guerre mondiale, reste également «le lieu de formation d’une partie des troupes d’élites françaises».
Les militaires français qui nourrissent une réelle admiration pour le désert et les nomades ont développé des amitiés personnelles. Idriss Deby qui a résidé en France deux fois pour de longues durées s’est lié avec des officiers qui sont depuis montés en grade. Ces amitiés se conjuguent à la volonté de Paris de maintenir une base française en Afrique centrale en plus de celle de Libreville. «plus de 1200 hommes et 6 Mirage stationnent ainsi sur le territoire tchadien. Comment expliquer la permanence de ce dispositif que des équipes gouvernementales différentes ont maintenu ? En tout état de cause, ce déploiement est budgété comme une intervention extérieure et son coût ne relève pas du ministère de la Défense mais du ministère des Finances. Pour les militaires français, il s’agit dans une période d’austérité budgétaire d’une situation singulière et agréable qui leur permet à la fois de garantir des périodes d’entraînement en condition réelle et des suppléments de solde afférant à l’expatriation.»
Les intérêts corporatistes du lobby militaire n’expliquent pas à eux seuls l’appui de la France à Idriss deby. C’est un retour d’ascenseur de Chirac au président tchadien qui lui a rendu de nombreux services : «En 1997, rappelle le Crisis Group, lors de la conclusion de la guerre civile ouverte au Congo Brazzaville, le Tchad porte main forte aux troupes angolaises pour consolider le pouvoir de Denis Sassou Nguesso, grand ami du président français et gendre du président gabonais, Omar Bongo. (…) Cette disponibilité des troupes tchadiennes, comme faire valoir d’une politique conçue à Paris ou en accord avec paris, s’était déjà manifestée lors de l’opération Turquoise en 1994. Elle allait se répéter dans deux autres crises importantes la seconde guerre en République démocratique du Congo et la Centrafrique.»
L’opinion africaine doit prendre la France pour co-responsable dans les multiples violations des droits de l’homme perpétrées grâce à son soutien par le régime sanguinaire d’Idriss Deby. Selon, des informations qui nous viennent de Ndjamena, des enfants de 10 à 15 ans sont arrachés de force aux camps de réfugiés de l’Est pour servir de chair à canon en cas d’attaques de Ndjamena. D’autre part, une délégation d’hommes d’affaires russes a livré tout récemment au président tchadien des MIG 17, 18, 19, 20 et 21 dernier cri.