La France veut utiliser la CEDEAO pour chasser Gbagbo
Le Courrier d'Abidjan - 6/19/2006 6:32:47 PM
Plan «B» - Le plan de Chirac qui consiste à écarter le président ivoirien de la course au pouvoir se précise. C’est en tout cas ce que laisse voir Jeune Afrique L’Intelligent.
Angoisses et larmes du côté des présidents françafricains qui redoutent le départ de Jacques Chirac. A moins d’un an de l’élection présidentielle en France, Jeune Afrique, feuille de liaison officieuse de la Françafrique, nous promène au cœur des états d’âme des présidents africains – qui ont peur de l’avènement au pouvoir de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal, «votent» Dominique de Villepin et sollicitent un sommet France-Afrique en janvier 2007, pour prendre les derniers ordres du grand manitou blanc.
Au-delà de l’anecdotique, l’hebdomadaire de Béchir Ben Yahmed nous informe sur l’avancée de la mise en place du «plan B» dont l’objectif est de chasser Gbagbo par un coup d’Etat onusien dans quelques mois. Extraits. «A l’Elysée et au Quai d’Orsay, même si l’on vous soutient mordicus le contraire, plus personne, ou presque, ne croit que l’échéance du mardi 31 octobre prochain pour l’élection présidentielle ivoirienne sera tenue. On parle désormais d’une «prolongation technique» jusqu’au 31 décembre 2006, afin de respecter au moins l’année prévue, pendant laquelle Laurent Gbagbo demeurerait le chef de l’exécutif. Ensuite, c’est l’inconnu. «En réalité les chefs d’Etat des pays membres de la CEDEAO devront prendre leurs responsabilités et le Conseil de sécurité de l’ONU suivra», explique à Paris un très proche du dossier. «Soit Laurent Gbagbo parviendra à les convaincre que le non-respect du calendrier relève de la responsabilité de ses adversaires et du Premier ministre Charles Konan Banny – ce dont je doute, d’autant plus qu’il est minoritaire au sein de la CEDEAO. Soit un Conseil présidentiel, dont seront exclus tous les candidats à la magistrature suprême, prendra le relais. Ce qui est à nos yeux la meilleure solution – mais ce qui suppose au préalable une suspension de la Constitution.»» Paris veut donc instrumentaliser la CEDEAO pour imposer le renversement de Gbagbo, qui apparaîtra ici comme une «idée africaine» (au même titre que l’embargo consécutif à l’Opération Dignité, qui avait nécessité une petite conspiration ouest-africaine à laquelle s’était convié Omar Bongo, sous le couvert de l’Union africaine). La France sait aujourd’hui, avec la médiation Mbeki, qu’elle ne peut plus faire la pluie et le beau temps à l’UA. Mais comment réintroduire la CEDEAO, écartée depuis de nombreuses années, au cœur du dossier ivoirien ?
Avec quel courage et au nom de quels arguments les pays voisins de la Côte d’Ivoire, dont un grand nombre est impliqué dans la rébellion, oseront-ils demander au Conseil de sécurité le départ de Gbagbo ? L’hypothèse est farfelue. Mais il est évident que ses promoteurs se satisferaient d’une confrontation violente entre le président de la République et un Premier ministre qui entre en campagne pour sa propre personne sous prétexte de missions expliquant une feuille de route existant depuis six mois et qui n’a jamais commencé à être appliquée. La France et sa nébuleuse explicative veulent justifier l’échec de Banny par les «entraves» de Gbagbo. Mais en disant quoi ? On connaîtra bientôt leur angle d’attaque, mais il est évident qu’il sera difficile à tenir. Jeune Afrique peut donc écrire, sans risque de se tromper : «A moins qu’un miracle ne survienne d’ici là, on voit donc mal Jacques Chirac léguer à son successeur un dossier franco-ivoirien apaisé, où le contingent Licorne ne serait plus qu’un souvenir…» Sacré Supermenteur ! Plus apte à créer des problèmes et à les aggraver qu’à les résoudre !
Sylvie Kouamé