Togo : élection sous tension du successeur d'Eyadéma
Patrick de Saint-Exupéry (Avec AFP et Reuter)
[25 avril 2005]
Sur fond de grandes inquiétudes, les Togolais ont voté en nombre hier pour choisir un successeur au général Eyadéma, mort en février dernier après avoir régné 38 ans durant d'une main de fer sur le pays. Pendant la journée, les déclarations de responsables politiques ont nourri les craintes d'une polarisation des tensions lors de l'annonce des résultats du scrutin.
Pour les deux camps en lice, les jeux semblaient faits. «Je suis convaincu que je vais gagner, mais je respecterai le choix du peuple», a assuré Faure Gnassingbé, fils du général Eyadéma et candidat du RPT, l'ancien parti unique. Son principal adversaire, Emmanuel Bob Akitani, tête d'affiche d'une opposition coalisée, a dénoncé les «bourrages d'urnes à grande échelle».
La veille, Me Yawovi Agboyibo, une des principales figures de l'opposition, avait affirmé que «quels que soient les actes d'intimidation et les manoeuvres de fraude du pouvoir», la coalition «sortira victorieuse du scrutin». Et d'avertir : «Nos populations sont prêtes à affronter les forces du mal de demain.»
Ces déclarations alarmistes doivent être prises au sérieux. D'abord, parce que la validité du scrutin a été entachée avant même qu'il ne débute. En charge de l'organisation de l'élection, le ministre de l'Intérieur, François Esso Beko, un gendarme «républicain», a démissionné vendredi après avoir prôné la suspension d'un processus électoral à ses yeux «suicidaire». «Je crains que le résultat soit truqué, a-t-il expliqué, que la force soit utilisée par les deux camps et que la rue ne l'emporte sur les institutions.» Ensuite, parce que les deux camps en lice semblent s'être préparés au pire. Les dix derniers jours de la campagne ont été marqués par des heurts opposant partisans du pouvoir et de l'opposition, tous armés de machettes et de gourdins. Hier soir, à Lomé, des groupes de dizaines de jeunes gens se réclamant de l'opposition ont érigé des barricades et brûlé des pneus sur plusieurs artères pour protester contre «la fraude», dénoncée plus tôt par le coordinateur de l'opposition. Peu après, des violences ont fait au moins trois morts et treize blessés dont trois par balles.
Ancien ministre du général Eyadéma et candidat modéré, Harry Olympio s'est retiré deux jours avant la tenue du scrutin : «Le pays est au bord de l'explosion», a-t-il déclaré.
Les États-Unis et l'Union européenne ont adressé des mises en garde aux autorités togolaises. Washington s'est déclaré troublé par les informations faisant état d'irrégularités à l'approche du scrutin. L'UE, qui a gelé son aide économique au Togo en 1993 pour cause de «déficit démocratique», a pour sa part invité toutes les parties à faire en sorte que le scrutin soit libre et crédible. Longtemps considéré comme puissance tutélaire, Paris a choisi d'adopter un profil bas. Trois mille Français et binationaux résident au Togo, plate-forme d'appui de l'opération «Licorne» engagée en Côte d'Ivoire.