Les Ivoiriens s'engagent à mettre fin aux hostilités

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

Les Ivoiriens s'engagent à mettre fin aux hostilités

Après quatre jours de pourparlers, les parties en conflit ont conclu hier un accord très fragile

Posté par Jenny le 7/4/2005 8:55:17 Lecontinent.net


Médiateur dans le conflit ivoirien, Thabo Mbeki est capable d'actes de foi : au terme de quatre jours de pourparlers intenses avec les principaux acteurs de la crise ivoirienne, le président sud-africain a annoncé hier à Pretoria «la fin de la guerre dans toute la Côte d'Ivoire». Et de se réjouir : «Nous avons un accord sur le processus de paix!» Cet accord a été salué hier soir par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et la France, qui a annoncé qu'elle apporterait son «soutien» à sa mise en oeuvre. Fort de dix-huit points, l'accord entériné par les autorités d'Abidjan, l'opposition et les rebelles apparaît toutefois sans guère de portée. Le démantèlement «immédiat» de toutes les milices du pays est ainsi proclamé, mais aucune d'entre elles n'est nommée, nulle date butoir n'est fixée et la responsabilité du désarmement est confiée à la seule bonne volonté des... parties prenantes au conflit. Autre point à même de nourrir les doutes : la question cruciale des critères d'éligibilité des candidats aux prochaines élections présidentielles – prévues pour octobre – n'a pas été résolue. Pire, elle a été renvoyée aux calendes grecques, le président sud-africain annonçant qu'il ne se prononcerait sur ce point que «d'ici à une semaine» après consultation du «président de l'Union africaine (UA) et du secrétaire général de l'ONU».

Aux premières heures du 7 avril 1994 débutait le troisième génocide du XXe siècle reconnu par l'ONU, celui des Tutsis du Rwanda. Onze ans plus tard, l'ombre de cette tragédie – 1 million de morts en cent jours – s'est étirée à travers l'Afrique jusqu'à peser aujourd'hui sur la Côte d'Ivoire.

En ce bastion de la «Françafrique», pour reprendre le concept un jour lancé par Félix Houphouët-Boigny, tout semble se liguer pour mener au pire. Un pire souvent présenté par les diplomates, les experts et les commentateurs comme un possible «nouveau Rwanda».


C'est que les points de comparaison sont nombreux. Comme au Rwanda, la Côte d'Ivoire traverse une grave crise identitaire sur fond de démantèlement des structures d'Etat. Comme au Rwanda encore, de nombreux facteurs – pression démographique, crise foncière, paupérisation générale – amplifient la montée des tensions. Comme au Rwanda aussi, la France – placée en position de puissance tutélaire – se trouve militairement impliquée dans une crise interne potentiellement dévastatrice. Comme au Rwanda enfin, et par un étrange parallélisme – les accords d'Arusha et ceux de Marcoussis se répondent en écho –, les efforts diplomatiques parrainés par Paris semblent voués à l'échec : «Cette politique, celle des accords de paix d'Arusha, a totalement échoué, c'est terrible», constatait, en 2001 et en connaissance de cause, Hubert Védrine.


A ces axes généraux, il convient d'ajouter un processus similaire de formation et de montée en puissance des milices, la présence en toile de fond de la crise ivoirienne de seconds couteaux qui arpentèrent déjà l'arrière-scène rwandaise (comme Honoré Nbangda, ancien conseiller à la sécurité de Mobutu, régulièrement de passage à Abidjan) et un «détail» qui fait les gorges chaudes de l'Afrique : le général Poncet, commandant du dispositif Licorne en Côte d'Ivoire fut, en avril 1994, l'officier désigné pour commander l'«opération Amaryllis», qui visait à évacuer les ressortissants occidentaux et... plusieurs personnalités rwandaises impliquées dans le génocide des Tutsis.


De là à conclure à une communauté de destin, il y a une marche, impossible à franchir. La Côte d'Ivoire, principal pays d'Afrique de l'Ouest, n'est pas le Rwanda, confetti d'Afrique de l'Est. Et quand bien même les acteurs de la crise ivoirienne se seraient abreuvés à des sources rwandaises, ils doivent agir dans un environnement culturel différent. Le clivage au Rwanda était sans alter native : l'on ne pouvait être que Hutu ou Tutsi. En côte d'Ivoire, la fracture est multiple : religieuse (catholiques, musulmans), géographique (nord, sud), ethnique (Bétés, Baoulés, Moshis...) et nationale (ivoiriens, étrangers).


Autre distinguo : il est impossible de comparer la rébellion rwandaise à la rébellion ivoirienne. Dès leur apparition en 1990, les rebelles rwandais ont formulé un discours politique. Ils se sont dotés d'un outil militaire à l'allure d'armée. Ça n'a pas été le cas des rebelles ivoiriens, insurgés à l'origine pour des histoires de soldes non payées et toujours constitués, deux ans et demi après leur apparition, en troupes notoirement incontrôlées et en factions qui s'entre-déchirent.


La personnalité des chefs d'Etat et leurs relations à la France diffèrent tout autant. Le président rwandais Habyarimana et sa femme étaient des piliers de la francophonie et faisaient partie, au même titre que Félix Houphouët-Boigny, Mobutu ou Eyadéma, de la «famille frança fricaine». Cette familiarité a été, en grande partie, à l'origine de l'implication de Paris dans la tragédie rwandaise. Le président ivoirien Laurent Gbagbo est, lui, un exclu. L'Elysée se cache à peine de le considérer comme un renégat. Une différence de traitement qui ne doit toutefois pas masquer une continuité dans la relation : dans un cas comme dans l'autre, le facteur crucial n'est pas le lien d'Etat à Etat ou de peuple à peuple, mais celui de président à président.


Enfin, la posture militaire de la France en Côte d'Ivoire n'a rien à voir avec celle adoptée au Rwanda. Lié par de simples accords de coopération militaire avec Kigali, Paris a soutenu – en toute discrétion et illégalité – le camp qui réalisera le génocide. En revanche, lié depuis 1961 par un accord de Défense avec Abidjan, Paris a brisé le pacte en choisissant d'intervenir au grand jour, au nom de la neutralité et sous couvert de l'ONU.

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Publié dans Messages divers

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