Gbagbo révèle - « Voici pourquoi on nous fait la guerre »
Parce qu’on aurait pu s’y prendre autrement. J’ai enseigné que la guerre d’Algérie a eu lieu à cause de ce que j’appelais « la bêtise des Français », parce qu’une bonne négociation avec Ferhat Abbas aurait pu éviter la guerre. Mais je suis rendu compte aujourd’hui que ce n’est pas de la bêtise, mais la nature même de ceux qui colonisent. Cela fait partie de leur essence. Ils sont intelligents, mais ils ne peuvent pas voir les choses de la même manière que nous.
Nous sommes dans des logiques différentes. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’on ne fait pas l’économie d’une lutte pour la liberté. On peut croire qu’on peut faire l’économie de la lutte, mais tôt ou tard elle vous rattrape. La Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus chanté la paix. C’est la Côte d’Ivoire qui est à l’origine de la Françafrique, de la communauté franco-africaine, ce qui n’est pas une mauvaise chose théoriquement. Mais aujourd’hui, la réalité est là. Deux logiques s’affrontent : une logique qui dit « nous sommes un Etat indépendant et souverain » et une autre qui dit « vous n’êtes pas un pays indépendant et souverain ».
Il faut assumer son Histoire, son destin. Mais aussi, la troisième leçon est que ce sont les peuples qui gagnent, je n’ai pas de doute là-dessus. Mais les guerres de libération ne sont pas des accidents dus à l’entêtement ou à l’inintelligence de tel ou tel acteur. Elles sont dues à la confrontation de deux logiques. C’est ce qui me frappe le plus en tant qu’acteur.
Je rigole beaucoup quand j’écoute certains. Parce que, en Afrique de l’Ouest, nous sommes minoritaires, en partie à cause de la guerre des intérêts. Mais en Afrique, nous sommes majoritaires. Je ne parle pas seulement des peuples, mais aussi des chefs d’Etat. En Afrique, les chefs d’Etat qui nous soutiennent sont les plus nombreux. Mais en Afrique de l’Ouest, nous sommes minoritaires au niveau des chefs d’Etat. Ceci dit, au niveau des peuples, en Côte d’Ivoire mais aussi des peuples dont les chefs ne nous soutiennent pas, nous sommes majoritaires.
J’ai discuté avec des chefs d’Etat qui ont participé à des luttes de libération. Et la récurrence d’un certain nombre de faits est souvent frappante. J’ai discuté avec des gens de l’ANC, du MPLA, avec les gens du Rwanda. Mais ce sont les mêmes choses, les mêmes phrases qui reviennent. L’Afrique a les moyens de pouvoir construire un continent avec des Etats réellement indépendants. C’est elle-même qui ne sait pas qu’elle a les moyens. Même moi, il a fallu cette guerre pour que je voie les gisements de moyens que l’Afrique a.
Vous nous voyez, nous ne sommes pas malheureux, mais contrariés parce que notre projet pour le pays est contrarié. La contrariété est le prix à payer. Nous sommes honorés que l’Histoire nous ait choisi pour jouer ce rôle. C’est un honneur que j’assume sans précipitation, sans hurlements mais sans faiblesse. Je voudrais vous assurer de cela. Que Dieu vous bénisse. »