Une France, une affiche géante : Youssouf Fofana. Banlieusard, noir, musulman. Quel message ?

Publié le par Pierre Prêche

06/03/2006

Youssouf Fofana, chef présumé du « gang des barbares » est soupçonné par la justice française d’avoir participé, organisé le crime crapuleux du jeune Ilan Halimi décédé le 23 février 2006 en banlieue parisienne lors de son transfert vers un hôpital.

 

 

La dimension crapuleuse du crime ne fait probablement pas de doute, la victime ayant été enlevée, torturée, retrouvée nue brûlée, agonisante près de la gare de Sainte-Géneviève-des-Bois, pour avoir, semblerait-il vu ses ravisseurs lors d’une tentative de libération.

 

 

La fuite de Youssouf Fofana en Côte d’Ivoire le pays d’origine de ses parents a eu un effet amplificateur, les relations franco-ivoiriennes n’étant pas au beau fixe, et les risques de voir un présumé coupable -noir de surcroît- échapper à la justice n’ont guère plaidé pour la sérénité.

 

 

Il demeure que, depuis les débuts de l’enquête, la France est traversée de part en part, de journaux télévisés en magazines et presse écrite, par l’image grand format de préférence de Youssouf Fofana. Sous tous les angles, couleur ou noir et blanc, même les caricaturistes du satirique «Canard enchaîné», d’ordinaire plus décalé, s’y sont donnés à cœur joie.

 

Le « gang des barbares » ainsi que le nomme la presse est pourtant, dans cette affaire, composé d’au moins une dizaine, une vingtaine de membres et complicités, dont plusieurs sont en détention. Seule l’image de celui qui n’est pour l’heure que présumé coupable d’avoir organisé le meurtre -ce qui ne minore pas la charge une fois établie-, ou les conditions ayant entraîné la mort puisque Ilan Halimi serait mort pendant son transfert vers l’hôpital, est placardée sur tous les supports possibles.

 

S’agit-il d’une traque ? Le présumé coupable est aux mains de la police ivoirienne et son extradition acquise. Alors y aurait-il des raisons à cet affichage sauvage d’une seule image, photo d’un des criminels présumés ?

 

La réponse peut-être est fournie par les commentaires qui se délient et expertisent sur les plateaux télévisés l’Affaire Youssouf Fofana. On y reparle de racisme antiblanc, d’antisémitisme, de violence des banlieues, et tous les échos pornographiques qui ont accompagné les émeutes des jeunes de novembre 2005.

 

Comme un plan média qui n’attendait que la première occasion pour fondre sur les lecteurs, électeurs, citoyens, une déferlante semble porter un message subliminal. Noir, musulman, banlieues, islam,... Le péril des banlieues, les inintégrables de la république, noirs polygames, le très fameux finkielkrautien Nouvel Antisémitisme. 2005 a été l’année de « question noire, 2006 sera celle du Nouvel Antisémitisme », pourraient dire les forcenés de cette thèse acharnée. Et France 2 avec son journal de 20 heures ne se sont pas gênés, télévision du service public, pour devancer systématiquement la justice en accréditant par mille subterfuges verbaux et langagiers l’argument non attesté d’un crime antisémite.

 

 

 

Il serait dommage pour la mémoire de ce jeune homme qui a perdu la vie dans des conditions aussi difficiles, que commerce soit fait sur sa dépouille encore chaude. Que le temps du recueillement le reste celui de la solidarité de ses proches et de la nation au même titre que tous les autres crimes crapuleux, et que justice se fasse.

 

 

L’heure est pourtant nettement à d’autres ouvrages, de basse besogne, l’affichage sauvage, les messages cryptés, une certaine manipulation passant un présumé chef de bande pour un meurtrier certain, tout en débattant de l’antisémitisme, du nouvel antisémitisme, de la violence des banlieues, alors que des crimes crapuleux se produisent aussi bien dans les quartiers chics qu’ailleurs.

 

      

 

Plutôt que de susciter une empathie assez naturelle en faveur de la victime, les manipulations évidentes de l’Affaire Halimi-Fofana accréditent l’idée d’une instrumentalisation d’un crime à des fins de stigmatisation sociale et de victimisation ethnique alimentée par quelques politiques et intellectuels attirés par tout sauf le sens de l’état, de la chose commune, du vivre-ensemble...

 

 

Pierre Prêche

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Publié dans Messages divers

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