Jacques Chirac met Laurent Gbagbo face à ses responsabilités

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

AFRIQUE Le président français a remis sur le tapis la question de la Côté d'Ivoire lors de sa visite au Sénégal
Jacques Chirac met Laurent Gbagbo face à ses responsabilités

Dakar : de notre envoyée spéciale Sixtine Léon-Dufour
[04 février 2005]

Saint-Louis, ancienne capitale de l'Afrique occidentale française, «ni tout à fait française, ni tout à fait africaine», attendait plus sagement que Dakar, la veille, la venue des deux présidents français et sénégalais.


Un peu plus tôt, dans la matinée, le président français s'est rendu au Mémorial du tirailleur, une statue baptisée Demba et Dupont, représentant, côte à côte, un poilu français et un tirailleur sénégalais. La France a décidé l'an dernier de dégeler les pensions des combattants africains bloquées – «cristallisées» selon l'expression officielle – depuis 1959. Plus de 120 millions d'euros ont été inscrits au budget cette année pour honorer cette «dette».


Au-delà de «l'excellence» des relations entre Paris et Dakar réaffirmée au cours de cette visite officielle, la question de la Côte d'Ivoire s'est à nouveau imposée hier.


La veille, se prêtant au jeu des questions-réponses avec la presse, le président Chirac a été très ferme au sujet des quelque 5 000 soldats français de l'opération «Licorne» présents en Côte d'Ivoire. «Si l'on souhaite que nous restions nous resterons. Si l'on souhaite que nous partions, nous partirons. C'est aux dirigeants africains de le décider, et naturellement au gouvernement ivoirien.» Le 4 avril prochain, l'ONU doit examiner le maintien, ou non, de ces troupes françaises en Côte d'Ivoire. «Nous ferons ce que l'on nous demandera. Que les choses soient claires, nous ne sommes pas en train de conquérir la Côte d'Ivoire, nous sommes en train d'y défendre un minimum de stabilité et de démocratie», a expliqué le président français. Une façon de mettre le gouvernement ivoirien face à ses responsabilités, le président Laurent Gbagbo s'étant bien gardé de dénoncer les accords de coopération militaire liant Abidjan et Paris. Une manière aussi de réagir face aux nombreuses attaques de la presse ivoirienne, hostile à la présence militaire française.


Tout en réitérant son soutien à Thabo Mbeki, qui tente une médiation dans le dossier ivoirien, sous l'égide de L'Union africaine, Jacques Chirac a par ailleurs suscité quelques réactions en estimant que les efforts du président sud-africain n'avaient pas «jusqu'ici, eu un effet particulièrement fort».


Le président français a profité de sa venue au 23e bataillon d'infanterie de marine (Bima) posté à Dakar – sa première visite aux armées sur une base à l'étranger –, pour délivrer le même message. Devant ce régiment qui compte 650 hommes et qui a envoyé un peloton blindé en Côte d'Ivoire, il a souligné que les bases militaires françaises en Afrique le sont à la demande des gouvernements africains. «Ce dispositif de forces prépositionnées n'est concevable qu'avec l'accord des pays hôtes. Nous ne l'imposons pas, cela va de soi car nous n'avons pas vocation à rester là où nous ne serions pas souhaités.»

Publicité

Publié dans Les politiciens

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article