Guy Patrick Lumumba : Le président Gbagbo poursuit le combat de mon père
Guy Patrick Lumumba : Le président Gbagbo poursuit le combat de mon père
Notre Voie - 1/20/2005 10:17:00 PM
Notre Voie : Comment analysez-vous la situation actuelle de lAfrique par rapport à la vision quavait votre papa ?
Guy Patrick Lumumba : Sur le plan intérieur, je dirais que sa pensée a été trahie. La raison qui ma poussé à me présenter à lélection présidentielle, cest pour perpétuer sa pensée. Car ceux qui se proclament Lumumbiste le sont détiquette ; au fond, ce sont des faux. Aujourdhui, jai 43 ans. Ceux qui ont connu Lumumba peuvent avoir 7O ans. Ceux qui lont étudié peuvent avoir une cinquantaine dannées. Moi et eux, nous avons appris. La différence, moi, jai eu des témoignages de ceux qui, avec des armes, se sont battus pour défendre son idéal. Mais ceux qui vont être propulsés sur la scène sont des faux, des opportunistes. Le premier, cest Mubutu qui va se dire Lumumbiste mais qui va lassassiner. Le deuxième, cest Kabila. Aujourdhui voici où nous emmènent ceux qui se sont proclamés Lumumbistes. Cest la désolation avec cinq millions de Congolais morts.
Les Lumumbistes ne sont pas uniquement des Congolais. On les trouve un peu partout dans le monde. Jai trouvé des Européens lumumbistes.
A travers son combat, je vois en la personne du président Gbagbo un autre Lumumbiste. Voici pourquoi je suis venu passer plus de temps à Abidjan pour apprendre.
N.V. : Estimez-vous que le président Gbagbo est en train de poursuivre le combat inachevé de votre père ?
G.P.L. : Le président Gbagbo est le seul homme politique en Afrique francophone qui a ravivé la flamme nationaliste qui nous permet dêtre confiants que nous, jeunes, nous allons reconquérir notre liberté totale. Le président Gbagbo a commencé à lutter dans son propre pays dès lâge de 24 ans. Il est lun des chefs dEtat instruits qui a commencé à lutter depuis longtemps. Son élection en 2000 est le couronnement de son combat politique. Il navait pas largent pour payer sa caution. Dans le parcours militant de son épouse, elle appartenait à une cellule Patrice Lumumba. Une fois les élections remportées, quel a été le programme politique du président Gbagbo? Son programme englobe lémancipation politique de la jeunesse, la prise en main des institutions par le peuple et donner le cadre dans lequel la population ivoirienne se sentira maître de son destin.
N.V. : Vous avez pris part au grand rassemblement des leaders des jeunesses africaines, à linvitation du COJEP. Comment avez-vous trouvé ces assises?
G.P.L. : Il faut préciser que jai su quil y a un congrès de la COJEP en Côte dIvoire sur linternet. Pour moi, cétait loccasion daller saluer mes frères et dapporter ma contribution à leur lutte. Ainsi je nétais pas invité. Je ne connaissais ni le président de la République ni Charles Blé Goudé. Mais jai payé mon billet davion. Jai refusé de le payer à Air France. Quand ils commencent à punir mes frères, autant aller ailleurs. Je suis arrivé, on ma dirigé vers un hôtel. Jai payé mon séjour. Cest dans la salle que jai eu lhonneur de voir les photos des grands panafricanistes: Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, Lumumba, Mandela. Cétait la première fois que je voyais le président Gbagbo. Pour moi, cétait la première fois de me frotter avec des frères burkinabé, nigériens, togolais, sénégalais et autres qui partiront dans leurs pays respectifs pour apporter la conclusion de cette rencontre. Mais, pour moi, cétait insuffisant quen deux ou trois jours, je puisse comprendre ou mapprocher de mes frères ivoiriens. Il a fallu que je reste encore trois semaines durant pour toucher du doigt la réalité du terrain. Quand je marche dans la rue et que les gens madressent des salutations fraternelles en me disant: Vous êtes venu nous soutenir. Nous vous soutiendrons. Pour moi, cest comme jai accompli ma mission, à savoir que, demain, nous nallons pas répéter les mêmes erreurs à la suite du sixième congrès panafricain dAccra qui a vu naître les indépendances du Rwanda, du Congo, du Burundi, du Kenya. Quand Lumumba sest retrouvé en difficulté en septembre 1960, tous les Africains lont abandonné. Il ny a que deux pays : le Ghana et la Guinée qui lont soutenu. A travers le temps que jai passé en Côte dIvoire, jai voulu dire aux Ivoiriens que je suis venu vous soutenir et que demain, jaurai besoin de vous. Et nous aurons besoin daller soutenir les uns et les autres pour quon puisse demain créer les Etats-Unis dAfrique indépendants.
N.V. : Au moment où vous êtes en Côte dIvoire, des évènements se passent dans votre pays qui font suite au report de la date de lélection présidentielle. Quelle est votre lecture ?
G.P.L. : Nous ne pouvons accepter que le calendrier qui a été établi pour le 30 juin, symbolisant la date de lindépendance qui est important aux yeux des Congolais et qui doit permettre la tenue de la première élection présidentielle de ce pays depuis son indépendance, soit reporté. Nous rejetons toute forme de truquages par le gouvernement de transition. Pour vous, je répéterai la phrase de Kabila : Si les élections nont pas lieu le 30 juin, le gouvernement démissionne.
Si les élections sont reportées, nous allons créer, nous-mêmes Congolais, un gouvernement de transition avec un président et un vice-président. Et ce gouvernement doit se dissoudre de lui-même. Car les populations de la capitale qui fait 10 millions dhabitants mont déjà signifié que sil ny a pas délection, nous les mettrons dehors comme on la fait avec Mubutu. Et larmée qui se sent affaiblie, humiliée, qui manque des gourdins parce que nous subissons un embargo militaire depuis 1990, larmée dis-je, avec le peu de cartouches quelle a, nous règlerons le problème de la transition parce que nous voulons demain que notre pays soit respecté. Nous aurons également des hommes qui viendront conduire ce gouvernement.
N.V. : Vous avez quitté le Congo très jeune. Aujourdhui, vous êtes candidat à la prochaine élection présidentielle. Avez-vous un électorat au Congo ?
G.P.L. : Tout petit, quand on ma fait fuir à Kisangani, jai vécu avec les Maï-Maï. Ce sont eux qui, en collaboration avec la Fédération des Lumumbistes, mont contacté pour que je sois leur candidat. Il y a lUnion des révolutionnaires et des nationalistes congolais qui a demandé que je sois son candidat. Voici mon assise. Je crois quà lintérieur de mon pays, il y a 60% de Congolais qui sont des Lumumbistes.
N.V. : Quelles sont vos ambitions pour votre pays?
G.P.L. : Retrouver la souveraineté totale de mon pays et diriger ce pays avec le programme politique lumumbiste quon na pas permis à Lumumba de réaliser. Nous estimons que le premier septennat de ce pays permettra à tous les Lumumbistes, à travers notre programme politique, de lappliquer dans notre pays dans lunité, lamour du pays et le travail.
N.V. : Est-ce que de profonds changements sont possibles dans un pays occupé par les troupes rwandaises et autres ?
G.P.L. : Le 1er juillet, je serai président. La première des choses que je vais faire, je remercierai la communauté internationale et la MONUC. Je leur demanderai de mettre fin à leur présence dans notre territoire. Nous sommes Congolais et nous allons montrer au monde entier quétant libres, nous saurons diriger ce pays et vivre en harmonie avec les pays limitrophes.
N.V. : Quel est votre point de vue sur le problème des Bayamoulingué ?
G.P.L. : Cest un problème qui sera soumis au parlement congolais et nous trouverons la solution dans le cadre régional avec le Rwanda, le Burundi et le Congo pour que nous puissions travailler ensemble et que nous mettions fin à la guerre. Car nous avons besoin de la paix. Le Congo étant un pays très riche. Nous devons créer une économie qui profitera également aux pays de lEst. Cest là la solution. Car si nous ne nous entendons pas, il y aura toujours la main des multinationales pour nous diviser. Pour nous Congolais, le problème de la nationalité des Bayamoulingué ne se pose pas. Cest une question de paix. Ils ont leur place dans notre pays. Je crois que sur 452 ethnies que nous sommes, nous ne faisons pas la guerre entre nous ; ce nest donc pas une autre ethnie supplémentaire que nous allons chasser de notre territoire. Cest un problème créé par lextérieur.
Interview réalisée par Dan Opeli et Paul D. Tayoro (coll. : Allan Aliali)