LES GESTICULATIONS EYADEMA-CHIRAC CONTINUENT

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux



Depuis peu, la frénésie du «pré carré français» prend des proportions nouvelles. >Les modifications de constitutions, la création de sénats, la reprise de la coopération avec l’UE. Le président Chirac a fait deux grandes découvertes pour la sortie de crise en Françafrique: le tripatouillage des constitutions, l’institution des Chambres hautes, les Sénats, considérés comme la panacée démocratique. Le grand maître vient de trouver ainsi l’opium pour endormir les consciences africaine et internationale. La plupart des despotes africains s’empressent de modifier leur Loi fondamentale afin de briguer un «nième» mandat présidentiel et prévoient la création d’un Sénat. On apprend néanmoins que le président Kerekou, régulièrement élu, a refusé de modifier la constitution béninoise, manœuvre devant lui permettre de briguer un autre mandat...

Au fait, modifier la Constitution en vue de perdurer au pouvoir et multiplier des chambres parlementaires ne sauraient être des signes de démocratie ou d’État de droit. Actuellement en Occident, le débat est ouvert sur l’utilité ou mieux l’inutilité de la seconde Chambre. Même dans bien des pays fédéraux où cette 2e chambre paraît relativement plus indiquée, l’on commence à bouder cette institution.

Nos désirs les plus ardents, c’est d’instaurer des régimes démocratiques, des États de droit où les libertés publiques sont respectées, où les textes élaborés par les autorités légitimes compétentes sont applicables à tous (à commencer par ceux-là mêmes qui les ont élaborés), où l’accession au pouvoir passe par la voie des urnes et où enfin la gestion des affaires publiques est transparente, obéissant aux principes de la bonne gouvernance.

Du reste, comment ajouter une chambre supplémentaire à l’Assemblée nationale dans des pays qui n’arrivent plus à payer leurs fonctionnaires et qui n’assurent pratiquement plus les fonctions sociales les plus courantes: santé, éducation, emploi? Le cas togolais est très alarmant.

Eyadèma, recrutait l’an dernier plus de 3600 «nouveaux agents» dans la Fonction publique; sans doute, une façon de sécuriser la situation économique de ses «barbouzes et autres éléments d’ombre». Si non, comment expliquer qu’un gouvernement peut recruter un tel nombre de nouveaux agents de l’État alors même qu’il est incapable de payer régulièrement, et ses fonctionnaires en activité, et ses retraités? On ne peut pas condamner le renouvellement du personnel de la Fonction publique, cependant c’est l’irrationalité de la démarche qui choque.

Ces gesticulations bruyantes: ateliers de décentralisation, organisations d’élections locales, création d’un Sénat, recrutement de nouveaux fonctionnaires, annonce tonitruante de la prochaine dissolution de l’Assemblée nationale sans aucune précision, toutes ces manœuvres sont toujours dictées par les éternels «amis des Africains», Chirac et son staff, auteurs des coups tordus en Afrique noire.

Pendant ce temps, Eyadèma continue ses mystérieux sacrifices humains: des centaines de décès de compatriotes par bousculade, le 20 novembre 2004, à sa résidence de Lomé II, lors de la marche de soutien à propos de sa prétendue victoire contre les «forces du mal»: paix aux âmes de ces défunts, sincères condoléances à leurs familles et prompt rétablissement aux blessés! En effet, fidèle à ses duperies habituelles, Eyadèma proclama dès le14 novembre 2004 la reprise de la coopération de l’UE avec le Togo. L’Union Européenne en réalité assortissait la reprise éventuelle de la coopération d’une série de conditions parmi lesquelles la tenue d’élections législatives libres transparentes et démocratiques. Voulant célébrer sa victoire, Eyadèma fit organiser une marche de soutien à sa politique. 10 000 à 30 000 francs CFA furent promis à chaque manifestant qui se présenterait à Lomé II. On sait la suite. La raison de cette facétie est sans équivoque: forcer la main à l’UE qui continue de maintenir son exigence démocratique avant de reprendre sa coopération avec le pays. On comprendra bientôt les vrais motifs de cette gesticulation.

De la reprise de la Coopération UE-Togo

Lors de son dernier grand «périple initiatique sahélien» de 2003 (lors de ce périple au Sahel, il a été sacré "Grand sage dogon" au Mali, le 24 octobre 2003), au cours de sa conférence de presse donnée à Niamey le 23 octobre, Chirac déclarait: «Et la France ne pourra pas accepter longtemps d'être un contributeur aussi important d'aide au développement européen si les résultats continuent d'être aussi modestes pour des raisons, je le répète, exclusivement de procédure, d'incapacité à comprendre les réalités du développement. Exiger que les Etats bénéficiaires du développement fassent des réformes, c'est bien. Mais faire en sorte que le financement de ces réformes ne soit attribué qu'après que les réformes soient faites alors que naturellement, ces financements ont pour objectif de permettre de faire ces réformes, alors c'est, sans intention de nuire, rendre impossible les réformes».

Chirac très préoccupé par le cas togolais, envoie donc un message clair à ses partenaires européens: l’UE doit reprendre immédiatement la coopération avec le régime fasciste togolais et les réformes politiques nécessaires, ainsi que le développement économique suivront après. Propos fallacieux, chantage odieux! Eyadèma a-t-il besoin de l’argent de l’UE pour respecter sa propre promesse de quitter le pouvoir au terme de son deuxième et dernier mandat et de ne pas modifier la Constitution togolaise? Il n’a pas besoin non plus d’un Sénat pour respecter les droits de l’homme. Certes, il a besoin de fonds pour organiser des corruptions à grande échelle et des meurtres politiques. L’insécurité, les nombreuses violations des droits de l’homme, les fréquents cas d’arrestations arbitraires et assassinats politiques, la ruine de l’économie togolaise, la misère du peuple ont pour cause fondamentale le régime despotique, liberticide, corrompu et prédateur du tyran togolais.

En réalité, seuls Eyadèma et son régime RPT retardent sciemment le rétablissement de la coopération UE. Ils préfèrent affamer la population et la réduire à la misère en vue de forcer l’Union Européenne à abandonner son exigence démocratique; chantage diabolique! En clair, Eyadèma et ses maîtres de l’Hexagone ne veulent pas de démocratie au Togo. C’est facile à comprendre: Chirac a toujours proclamé que l’Afrique n’a pas besoin de démocratie. L’objectif d’Eyadèma et ses maîtres, c’est la reprise de la coopération sans conditions. Aussi use-t-il et usera-t-il toujours de tous les subterfuges possibles pour éviter l’application de la «feuille de route» élaborée par Bruxelles.

L’Union Européenne, fondée sur la démocratie, ne saura renier ses propres principes et se permettre de rétablir sa coopération avec une dictature totalitaire pour les beaux yeux du couple Chirac-Eyadèma. Le faux problème soulevé par Chirac, «l’ami des Africains», vise en réalité ses propres intérêts. Il sait le circuit tortueux qu’empruntent les aides accordées à tout dictateur africain, leur usage et leur destination finale. Raison pour laquelle il fustige ses collègues européens qui, bien avertis, veillent sur l’emploi des ressources de l’UE, provenant des contribuables européens.

L’UE ne va tout de même pas soutenir les guerres coloniales de la France. En fait, Chirac qui joue au «Rambo» sur le continent noir et surtout actuellement en Côte d’Ivoire, est à court d’argent pour entretenir ses bases militaires et financer ses expéditions coloniales en Afrique. Il sait qu’il n’a pas les moyens de sa ténébreuse et rétrograde ambition coloniale. Les nombreux vols, pillages, trafics de tous genres et cambriolages de banques par ses troupes en «Éburnie» ne suffisent plus pour faire face au coût de ses aventures guerrières en Françafrique: les éléments de la «Force Licorne» pris en fragrant délit de pillage de banques ont toujours été systématiquement exfiltrés de Côte d’Ivoire avec leurs butins. Une reprise de la coopération de l’UE avec le régime fantoche togolais ferait bien l’affaire de Chirac, surtout à l’heure où des milliers de soldats français sont positionnés à Lomé, on ne sait pour quelles raisons: le Togo devient-il une nouvelle base militaire française, prête à intervenir dans toute la sous région ouest africaine ou à protéger uniquement le fidèle valet Eyadèma?

Au demeurant, n’est-ce pas pitoyable de constater qu’après 38 ans de pouvoir sans partage, le fasciste Eyadèma aille pleurnicher à Bruxelles, la sébile à la main? La vérité, c’est que le peuple ne bénéficiera jamais des centaines de millions d’euros que quémande Eyadèma. C’est sans conteste le dictateur togolais et ses maîtres de l’Hexagone qui en profiteront et les autorités de Bruxelles le savent bien!

La lutte pour un Togo libre, démocratique et prospère passe par le respect de notre Loi fondamentale, en l’espèce celle de 1992, et pour son application intégrale. La Constitution RPT de 2002 a pour objectifs essentiels de perpétuer l’asservissement, l’exploitation et la misère du peuple.

Quant à Eyadèma, il doit quitter le pouvoir au profit d’un gouvernement de transition qui préparera les vraies élections législative et présidentielle transparentes sous la supervision des Nations Unies, de l’UA, de l’UE et des représentants de pays neutres, la «France chiraquienne» exclue d’office. Le peuple souverain se prononcera librement au suffrage universel et selon les conditions prévues par sa Constitution de 1992.


Toronto, Canada, 24 janvier 2005
K. Gamessou

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Publié dans Francafrique

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