LES GESTICULATIONS EYADEMA-CHIRAC CONTINUENT
Depuis peu, la frénésie du «pré carré français» prend des proportions nouvelles. >Les modifications de constitutions, la création de sénats, la reprise de la coopération avec lUE. Le président Chirac a fait deux grandes découvertes pour la sortie de crise en Françafrique: le tripatouillage des constitutions, linstitution des Chambres hautes, les Sénats, considérés comme la panacée démocratique. Le grand maître vient de trouver ainsi lopium pour endormir les consciences africaine et internationale. La plupart des despotes africains sempressent de modifier leur Loi fondamentale afin de briguer un «nième» mandat présidentiel et prévoient la création dun Sénat. On apprend néanmoins que le président Kerekou, régulièrement élu, a refusé de modifier la constitution béninoise, manuvre devant lui permettre de briguer un autre mandat...
Au fait, modifier la Constitution en vue de perdurer au pouvoir et multiplier des chambres parlementaires ne sauraient être des signes de démocratie ou dÉtat de droit. Actuellement en Occident, le débat est ouvert sur lutilité ou mieux linutilité de la seconde Chambre. Même dans bien des pays fédéraux où cette 2e chambre paraît relativement plus indiquée, lon commence à bouder cette institution.
Nos désirs les plus ardents, cest dinstaurer des régimes démocratiques, des États de droit où les libertés publiques sont respectées, où les textes élaborés par les autorités légitimes compétentes sont applicables à tous (à commencer par ceux-là mêmes qui les ont élaborés), où laccession au pouvoir passe par la voie des urnes et où enfin la gestion des affaires publiques est transparente, obéissant aux principes de la bonne gouvernance.
Du reste, comment ajouter une chambre supplémentaire à lAssemblée nationale dans des pays qui narrivent plus à payer leurs fonctionnaires et qui nassurent pratiquement plus les fonctions sociales les plus courantes: santé, éducation, emploi? Le cas togolais est très alarmant.
Eyadèma, recrutait lan dernier plus de 3600 «nouveaux agents» dans la Fonction publique; sans doute, une façon de sécuriser la situation économique de ses «barbouzes et autres éléments dombre». Si non, comment expliquer quun gouvernement peut recruter un tel nombre de nouveaux agents de lÉtat alors même quil est incapable de payer régulièrement, et ses fonctionnaires en activité, et ses retraités? On ne peut pas condamner le renouvellement du personnel de la Fonction publique, cependant cest lirrationalité de la démarche qui choque.
Ces gesticulations bruyantes: ateliers de décentralisation, organisations délections locales, création dun Sénat, recrutement de nouveaux fonctionnaires, annonce tonitruante de la prochaine dissolution de lAssemblée nationale sans aucune précision, toutes ces manuvres sont toujours dictées par les éternels «amis des Africains», Chirac et son staff, auteurs des coups tordus en Afrique noire.
Pendant ce temps, Eyadèma continue ses mystérieux sacrifices humains: des centaines de décès de compatriotes par bousculade, le 20 novembre 2004, à sa résidence de Lomé II, lors de la marche de soutien à propos de sa prétendue victoire contre les «forces du mal»: paix aux âmes de ces défunts, sincères condoléances à leurs familles et prompt rétablissement aux blessés! En effet, fidèle à ses duperies habituelles, Eyadèma proclama dès le14 novembre 2004 la reprise de la coopération de lUE avec le Togo. LUnion Européenne en réalité assortissait la reprise éventuelle de la coopération dune série de conditions parmi lesquelles la tenue délections législatives libres transparentes et démocratiques. Voulant célébrer sa victoire, Eyadèma fit organiser une marche de soutien à sa politique. 10 000 à 30 000 francs CFA furent promis à chaque manifestant qui se présenterait à Lomé II. On sait la suite. La raison de cette facétie est sans équivoque: forcer la main à lUE qui continue de maintenir son exigence démocratique avant de reprendre sa coopération avec le pays. On comprendra bientôt les vrais motifs de cette gesticulation.
De la reprise de la Coopération UE-Togo
Lors de son dernier grand «périple initiatique sahélien» de 2003 (lors de ce périple au Sahel, il a été sacré "Grand sage dogon" au Mali, le 24 octobre 2003), au cours de sa conférence de presse donnée à Niamey le 23 octobre, Chirac déclarait: «Et la France ne pourra pas accepter longtemps d'être un contributeur aussi important d'aide au développement européen si les résultats continuent d'être aussi modestes pour des raisons, je le répète, exclusivement de procédure, d'incapacité à comprendre les réalités du développement. Exiger que les Etats bénéficiaires du développement fassent des réformes, c'est bien. Mais faire en sorte que le financement de ces réformes ne soit attribué qu'après que les réformes soient faites alors que naturellement, ces financements ont pour objectif de permettre de faire ces réformes, alors c'est, sans intention de nuire, rendre impossible les réformes».
Chirac très préoccupé par le cas togolais, envoie donc un message clair à ses partenaires européens: lUE doit reprendre immédiatement la coopération avec le régime fasciste togolais et les réformes politiques nécessaires, ainsi que le développement économique suivront après. Propos fallacieux, chantage odieux! Eyadèma a-t-il besoin de largent de lUE pour respecter sa propre promesse de quitter le pouvoir au terme de son deuxième et dernier mandat et de ne pas modifier la Constitution togolaise? Il na pas besoin non plus dun Sénat pour respecter les droits de lhomme. Certes, il a besoin de fonds pour organiser des corruptions à grande échelle et des meurtres politiques. Linsécurité, les nombreuses violations des droits de lhomme, les fréquents cas darrestations arbitraires et assassinats politiques, la ruine de léconomie togolaise, la misère du peuple ont pour cause fondamentale le régime despotique, liberticide, corrompu et prédateur du tyran togolais.
En réalité, seuls Eyadèma et son régime RPT retardent sciemment le rétablissement de la coopération UE. Ils préfèrent affamer la population et la réduire à la misère en vue de forcer lUnion Européenne à abandonner son exigence démocratique; chantage diabolique! En clair, Eyadèma et ses maîtres de lHexagone ne veulent pas de démocratie au Togo. Cest facile à comprendre: Chirac a toujours proclamé que lAfrique na pas besoin de démocratie. Lobjectif dEyadèma et ses maîtres, cest la reprise de la coopération sans conditions. Aussi use-t-il et usera-t-il toujours de tous les subterfuges possibles pour éviter lapplication de la «feuille de route» élaborée par Bruxelles.
LUnion Européenne, fondée sur la démocratie, ne saura renier ses propres principes et se permettre de rétablir sa coopération avec une dictature totalitaire pour les beaux yeux du couple Chirac-Eyadèma. Le faux problème soulevé par Chirac, «lami des Africains», vise en réalité ses propres intérêts. Il sait le circuit tortueux quempruntent les aides accordées à tout dictateur africain, leur usage et leur destination finale. Raison pour laquelle il fustige ses collègues européens qui, bien avertis, veillent sur lemploi des ressources de lUE, provenant des contribuables européens.
LUE ne va tout de même pas soutenir les guerres coloniales de la France. En fait, Chirac qui joue au «Rambo» sur le continent noir et surtout actuellement en Côte dIvoire, est à court dargent pour entretenir ses bases militaires et financer ses expéditions coloniales en Afrique. Il sait quil na pas les moyens de sa ténébreuse et rétrograde ambition coloniale. Les nombreux vols, pillages, trafics de tous genres et cambriolages de banques par ses troupes en «Éburnie» ne suffisent plus pour faire face au coût de ses aventures guerrières en Françafrique: les éléments de la «Force Licorne» pris en fragrant délit de pillage de banques ont toujours été systématiquement exfiltrés de Côte dIvoire avec leurs butins. Une reprise de la coopération de lUE avec le régime fantoche togolais ferait bien laffaire de Chirac, surtout à lheure où des milliers de soldats français sont positionnés à Lomé, on ne sait pour quelles raisons: le Togo devient-il une nouvelle base militaire française, prête à intervenir dans toute la sous région ouest africaine ou à protéger uniquement le fidèle valet Eyadèma?
Au demeurant, nest-ce pas pitoyable de constater quaprès 38 ans de pouvoir sans partage, le fasciste Eyadèma aille pleurnicher à Bruxelles, la sébile à la main? La vérité, cest que le peuple ne bénéficiera jamais des centaines de millions deuros que quémande Eyadèma. Cest sans conteste le dictateur togolais et ses maîtres de lHexagone qui en profiteront et les autorités de Bruxelles le savent bien!
La lutte pour un Togo libre, démocratique et prospère passe par le respect de notre Loi fondamentale, en lespèce celle de 1992, et pour son application intégrale. La Constitution RPT de 2002 a pour objectifs essentiels de perpétuer lasservissement, lexploitation et la misère du peuple.
Quant à Eyadèma, il doit quitter le pouvoir au profit dun gouvernement de transition qui préparera les vraies élections législative et présidentielle transparentes sous la supervision des Nations Unies, de lUA, de lUE et des représentants de pays neutres, la «France chiraquienne» exclue doffice. Le peuple souverain se prononcera librement au suffrage universel et selon les conditions prévues par sa Constitution de 1992.
Toronto, Canada, 24 janvier 2005
K. Gamessou