L’Etat français embrigade les Africains rescapés des incendies parisiens

Publié le par Pierre Prêche

Que cache t-il ?
05/09/2005

 

Une chape de plomb semble recouvrir les rescapés d’origines africaines des incendies parisiens des 25-26 et 29 août 2005. Sur les lieux où elles sont parquées sans façon au gymnase Kellerman singulièrement, les familles de victimes font l’objet d’un traitement humiliant, dégradant et marqué par le sceau des manipulations et de la corruption d’Etat.
 
Pour qui s’est rendu sur les lieux des incendies et des structures d’attente de relogement des familles victimes, le spectacle hallucinant d’un zoo humain débordant de petits enfants désemparés, éparpillés dans un gymnase devant des parents impuissants était totalement écoeurant.
 
Des jeunes gens, hommes et femmes affublés de tee-shirts barrés du très incongru logo de la Fondation PSG se mouvaient sans assurance ni direction, choqués par la violence du drame. Nous sommes au Gymnase Kellerman, dans le sud est parisien, là où se serrent une centaine de réfugiés africains de l’incendie du boulevard Vincent Auriol. Ils viennent de perdre pour certains presque toute leur famille, femmes et enfants et opposent une résistance modeste à la faucheuse manipulatrice et corruptrice de l’Etat français.
 
Eparpillés dans un espace bazar où vêtements offerts, nourriture de foyer, jouets pour enfants, stands d’assistantes sociales [que nous n’avons jamais vues sur les lieux] et livres pour enfants s’entassent, ces Africains vont et viennent dans des allers-retours étrangement contrôlés. Une présence policière outrageuse donne la nette impression que les rescapés sont en cage. Et pour cause !
 
Il s’agit de négocier seuls à seuls avec des familles dont plusieurs éprouvent des difficultés avec la langue française, et sont dans une totale méconnaissance de l’entièreté de leurs droits de victimes… La stratégie bien connue de l’isolement et de la corruption va être activée. A l’entrée du gymnase, les entrées sont filtrées et les membres de la communauté africaine qui viennent témoigner de leur solidarité sont éprouvés par le temps et ne peuvent toujours attendre des heures que les policiers daignent leur donner accès à leurs frères en état de choc. C’est le but recherché.
De cette façon, on espère éviter des suites judiciaires en provenance des familles des victimes et rescapées stimulées, conseillées par des associations communautaires.
 
En réalité trop de questions restent sans réponse. D’abord le délai de déclenchement du Plan Rouge et d’intervention des pompiers le 26 août, une demi heure après les appels répétés au feu des habitants et voisins de l’immeuble. C’est la police arrivée sur place qui fera venir les pompiers dont c’est pourtant la mission. Rappel, on est encore que dans la petite boucle parisienne [proximité des services d’intervention].
De plus la piste de l’accident à l’évidence fausse s’est effondrée comme un château de cartes, il est désormais question d’origine criminelle des départs de feu. Si tel est le cas pour l’incendie du 25-26 août, quid des autres, celui du 29 août, celui de la rue Rivoli [31 août, pas de morts] qui apparemment n’a aucun rapport mais dont on ne sait trop rien ?
Un incendie s’est encore déclenché dans une tour d’habitation HLM à L'Haÿ-les-Roses dans la nuit de samedi 03 au dimanche 04 septembre 2005, on parle de 15 morts au moins et là d’origine criminelle. Curieusement, le dimanche 04 septembre un autre incendie s’est déclenché dans un appartement d’un immeuble du 15ème arrondissement parisien en fin de journée, vite éteint celui-là, il n’a fait que deux blessés légers semble t-il.
 
Cinq incendies en 10 jours et au moins 39 morts en majorité noirs, d’origine africaine, dans des lieux à concentration africaine ou immigrée. N’est-il pas opportun de dépasser l’approche des cas isolés ?
 
Il est à tout le moins suspect que les incendies qui frappent les familles noires de France depuis avril 2005 présentent souvent une identité de mode opératoire : départ de feu dans les cages d’escalier, la nuit, empêchant les fuites et se propageant très rapidement dans les appartements à la faveur des appels d’airs, garantissant un nombre important de victimes …
 
Au gymnase Kellerman, on apprend que des tractations négrières sont en cours. Des sommes d’argent sont versées aux familles dans la plus grande opacité, par-ci par-là on parle d’une quatre centaine d’euros. Des rumeurs de transactions portent aussi sur des régularisations, des cartes de résidents que l’administration accorderait aux rescapés pour acheter leur silence, leur passivité judiciaire.
La préfecture de police a en effet la compétence pour délivrer des arrêtés d’insalubrité et de péril qui devraient impliquer l’évacuation des lieux et le relogement des familles. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ?
Les plans de réhabilitation sont faits par la Ville. Après plusieurs départs de feu à l’immeuble du 13ème arrondissement parisien était-il si urgent d’attendre qu’il se calcine, demande t-on à la Ville de Paris ?
Quand à Emmaüs gestionnaire de l’immeuble via la société Freha, quelle a été son action pour éviter un drame si prévisible vu l’état de vétusté des lieux et qui aurait pu survenir sans l’aide d’une main criminelle ?
 
Toutes ces questions restent sans réponse malgré les dénégations des uns et des autres. L’urgence de reloger les familles ne doit aucunement masquer celle de connaître les causes exactes de ces incendies à répétition, la chaîne des responsabilités des acteurs, Ville, Etat, Caritatifs, la politique globale du logement social en France.
La question de l’indemnisation des victimes doit être posée et soutenue par une action juridique ferme et éclairée. Il ne suffira pas de s’en tenir à des traitements de surface, cartes de séjours distribuées, miettes octroyées aux nécessiteux,  pour résoudre un problème qui ne tardera pas à se reposer.
En effet le nombre d’immeubles qui en cours de dégradation est en augmentation, les arrangements entre promoteurs et Etat sont légion et régulièrement de nature corruptive. Les expulsions, à l’instar de celles des familles ivoiriennes en plein jour de rentrée [02.09.05] permettent souvent à des propriétaires véreux d’augmenter la valeur marchande de leurs immeubles, ou d’annuler une expropriation relevant de la loi Vivien…
 
Autant de problématiques qui, avec les promesses non tenues et impossibles à tenir du ministère du logement [retard de construction sur les 20000 nouveaux HLM], avec le refus de certaines communes huppées de construire des logements sociaux conformément à la loi [Hauts de Seine, fief du ministre de l’Intérieur], avec les négligences coupables des municipalités, gagneraient à ne pas polluer le débat politique. A la veille des empoignades préélectorales de 2007, il faudrait vite éteindre un feu qui en brûlerait plus d’un… Alors pour quelques poignées de nègres qui de plus ne s’inscrivent que très peu sur les listes électorales...
 
Pierre Prêche
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Publié dans Les politiciens

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