Assises de l'anticolonialisme

Publié le par Christian Bailly-Grandvaux

Message de l'association "agircontrelaguerre"

 

Assises de l'anticolonialisme
Deux camarades initiateurs sont venus présenter l'appel, qui
converge avec le combat d'ACG. Nous le relayons et suivons les
initiatives :
15 avril assises - 8 mai marche contre le colonialisme.

Appel pour les Assises de l'anti-colonialisme post-colonial

« Nous sommes les indigènes de la République !»


Discriminés à l'embauche, au logement, à la santé, à l'école et aux
loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles,
et de l'immigration post-coloniale sont les premières victimes de
l'exclusion sociale et de la précarisation.
Indépendamment de leurs origines effectives, les populations des «
quartiers » sont « indigénisées », reléguées aux marges de la
société. Les « banlieues » sont dites « zones de non-droit » que la
République est appelée à « reconquérir ». Contrôles au faciès,
provocations diverses, persécutions de toutes sortes se multiplient
tandis que les brutalités policières, parfois extrêmes, ne sont que
rarement sanctionnées par une justice qui fonctionne à deux vitesses.
Pour exonérer la République, on accuse nos parents de démission
alors que nous savons les sacrifices, les efforts déployés, les
souffrances endurées. Les mécanismes coloniaux de la gestion de
l'islam sont remis à l'ordre du jour avec la constitution du  Conseil
français du Culte Musulman sous l'égide du ministère de
l'Intérieur.
Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une loi
d'exception aux relents coloniaux. Tout aussi colonial, le
parcage des harkis et enfants de harkis. Les populations issues de la
colonisation et de l'immigration sont aussi l'objet de
discriminations politiques. Les rares élus sont généralement
cantonnés au rôle de « beur » ou de « black » de service. On refuse
le droit de vote à ceux qui ne sont pas « français », en même temps
qu'on conteste « l'enracinement » de ceux qui le sont. Le droit du
sol est remis en cause. Sans droit ni protection, menacées en
permanence d'arrestation et d'expulsion, des dizaines de
milliers de personnes sont privées de papiers. La liberté de
circulation est déniée ; un nombre croissant de Maghrébins et
d'Africains sont contraints à franchir les frontières illégalement au
risque de leurs vies.

La France a été un Etat colonial.
Pendant plus de quatre siècles, elle a participé activement
à la traite négrière et à la déportation des populations de
l'Afrique sub-saharienne. Au prix de terribles massacres, les forces
coloniales ont imposé leur joug sur des dizaines de peuples dont
elles ont spolié les richesses, détruit les cultures, ruiné les
traditions, nié l'histoire, effacé la mémoire. Les tirailleurs
d'Afrique, chair à canon pendant les deux guerres mondiales, restent
victimes d'une scandaleuse inégalité de traitement.

La France reste un Etat colonial !
En Nouvelle Calédonie, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion,
Polynésie règnent répression et mépris du suffrage universel. Les
enfants de ces colonies sont, en France, relégués au statut
d'immigrés, de Français de seconde zone sans l'intégralité des
droits. Dans certaines de ses anciennes colonies, la France continue
de mener une politique de domination. Une part énorme des
richesses locales est aspirée par l'ancienne métropole et le
capital international. Son armée se conduit en Côte d'Ivoire
comme en pays conquis.

Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge,
sans s'y réduire, la politique coloniale
Non seulement le principe de l'égalité devant la loi
n'est pas respecté mais la loi elle-même n'est pas toujours
égale (double peine, application du statut personnel aux femmes
d'origine maghrébine, sub-saharienne...). La figure de l'«
indigène » continue à hanter l'action politique, administrative et
judiciaire ; elle innerve et s'imbrique à d'autres logiques
d'oppression, de discrimination et d'exploitation sociales. Ainsi,
aujourd'hui, dans le contexte du néo-libéralisme, on tente de faire
jouer aux travailleurs immigrés le rôle de dérégulateurs du
marché du travail pour étendre à l'ensemble du salariat encore plus de
précarité et de flexibilité.

La gangrène coloniale s'empare des esprits
L'exacerbation des conflits dans le monde, en particulier au
Moyen-Orient, se réfracte immédiatement au sein du débat
français. Les intérêts de l'impérialisme américain, le
néo-conservatisme de l'administration Bush rencontrent l'héritage
colonial français. Une frange active du monde intellectuel, politique
et médiatique français, tournant le dos aux combats progressistes
dont elle se prévaut, se transforme en agents de la « pensée »
bushienne.
Investissant l'espace de la communication, ces idéologues
recyclent la thématique du « choc des civilisations » dans le langage
local du conflit entre « République » et « communautarisme ».
Comme aux heures glorieuses de la colonisation, on tente d'opposer
les Berbères aux Arabes, les Juifs aux « Arabo-musulmans » et aux
Noirs. Les jeunes « issus de l'immigration » sont ainsi accusés
d'être le vecteur d'un nouvel anti-sémitisme. Sous le vocable jamais
défini d'« intégrisme », les populations d'origine africaine,
maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième
colonne d'une nouvelle barbarie qui menacerait l'Occident et ses «
valeurs».
Frauduleusement camouflée sous les drapeaux de la laïcité,
de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive réactionnaire
s'empare des cerveaux et reconfigure la scène politique. Elle produit
des ravages dans la société française. Déjà, elle est parvenue à
imposer sa rhétorique au sein même des forces progressistes, comme
une gangrène. Attribuer le monopole de l'imaginaire colonial et
raciste à la seule extrême-droite est une imposture politique et
historique.
L'idéologie coloniale perdure, transversale aux grands courants
d'idées qui composent le champ politique français.

La décolonisation de la République reste à l'ordre du jour !
La République de l'Egalité est un mythe. L'Etat et la société doivent
opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial. Il
est temps que la France interroge ses Lumières, que l'universalisme
égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française, refoule ce
nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l'universel», censé «
civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de promouvoir
des mesures radicales de justice et d'égalité qui mettent un
terme aux discriminations racistes dans l'accès au travail, au
logement, à la culture et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les
institutions qui ramènent les populations issues de la colonisation à
un statut de sous-humanité.


Nos parents, nos grands-parents ont été mis en esclavage,
colonisés, animalisés. Mais ils n'ont pas été broyés. Ils ont
préservé leur dignité d'humains à travers la résistance
héroïque qu'ils ont mené pour s'arracher au joug colonial. Nous
sommes leurs héritiers comme nous sommes les héritiers de ces
Français qui ont résisté à la barbarie nazie et de tous ceux qui se
sont engagés avec les opprimés,
démontrant, par leur engagement et leurs sacrifices, que la lutte
anti-coloniale est indissociable du combat pour l'égalité sociale, la
justice et la citoyenneté. Dien Bien Phu est leur victoire. Dien
Bien  Phu n'est pas une défaite mais une victoire de la liberté, de
l'égalité et de la fraternité !

Pour ces mêmes raisons, nous sommes aux côtés de tous les
peuples (de l'Afrique à la Palestine, de l'Irak à la Tchétchènie, des
Caraïbes à  l'Amérique latine...) qui luttent pour leur émancipation,
contre toute les formes de domination impérialiste, coloniale ou
néo-coloniale.

NOUS, descendants d'esclaves et de déportés africains, filles et fils
de colonisés et d'immigrés, NOUS, Français et non-Français vivants en
France, militantes et militants engagé-es dans les luttes contre
l'oppression et les discriminations produites par la République post-
coloniale, lançons un appel à celles et ceux qui sont parties
prenantes de ces combats à se réunir en Assises de l'anti-
colonialisme en vue de contribuer à l'émergence d'une dynamique
autonome qui interpelle le système politique et ses acteurs, et,
au-delà, l'ensemble de la société française, dans la perspective d'un
combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie
sociale véritablement égalitaire et universelle.

Le 8 mai 1945 , la République révèle ses paradoxes : le jour
même où les Français fêtent la capitulation nazie, une répression
inouïe s'abat sur les colonisés algériens du Nord-Constantinois
: des milliers de morts !

Le 8 mai prochain, 60ème anniversaire de ce massacre, poursuivons
le combat anticolonial par la première Marche des indigènes de la
République !

Pour signer cet Appel :
http://toutesegaux.free.fr/article.php3?id_article=90
http://oumma.com/petition-colonisation.php3?id_article=1355

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Publié dans Francafrique

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