C’est la France qui est le problème et non la solution

Publié le par SERGE-NICOLAS NZI

La crise ivoirienne et le dialogue direct

 

 

 

 

Un semblant de paix vient de s’amorcer en Côte d’Ivoire, nous voulons tous y croire et souhaiter  la fin des malheurs pour ce pays et sa population.

 

Était-il vraiment nécessaire d’en arriver à de telles extrémités pour  faire l’économie d’une guerre à la fois stupide et insensée ?

 

 

Nous n’évoquons même pas les atrocités et autres massacres relevant de la barbarie, ni les destructions de biens publics et privés. Ceux qui ont pris l’initiative de cette guerre, ceux qui les ont encouragés et ceux qui les ont soutenus, porte une grande responsabilité devant l’histoire.

 

 

Les ivoiriens oublieront difficilement l’égorgement atroce de d’autres ivoiriens sur la place publique devant des foules en délire ou des femmes enceintes éventrées sans le moindre scrupule dans le but de terroriser une population civile qui n’a rien avoir avec la politique. Tous ceux qui ont encouragé cette rébellion ont fait du mal à un peuple innocent et cela est indigne et inacceptable.

 

 

L’une des grandes énigmes de cette guerre reste l’échec du dialogue inter ivoiriens de Lomé en  octobre et novembre 2000 pendant plus de 50 jours, les ivoiriens ont cru à une solution négociée du conflit, c’était sans compter avec les forces centrifuges et les professionnels de la déstabilisation en Afrique, qui voulaient affaiblir la Côte d’Ivoire et contraindre le Président,  Laurent Gbagbo,  à la démission.

 

 

On a ainsi torpillé les négociations de Lomé, pour justifier aussi le fait que les africains sont incapables de régler leurs problèmes entre eux, c’est alors que la France de Chirac et de Dominique Galouzeau de Villepin  entre en action pour convoquer la table ronde de Linas Marcoussis qui débouchera sur les accords stupides et inapplicables qui ont fait plus de mal que de bien au pays malade qu’est la Côte d’Ivoire.

 

 

La tuerie sanglante des forces française devant l’hotel ivoire en novembre 2004 à fait de la France non plus un arbitre du conflit, mais un protagoniste de la crise ivoirienne. Faisant dire aux patriotes ivoiriens que << c’est la France qui est le problème et non la solution.>>

 

Au final la France a terni son image en Afrique  où ce pays a agit durant des années comme un petit boutiquier de campagne plus préoccupé par ses petits intérêts égoïste et mesquins. Le pillage des agences bancaires de la zone assiégée par les rebelles et surtout les soldats français provoque en nous un profond dégoût pour ce pays et ses turpitudes en Afrique.

 

 

Les africains refusent aujourd’hui et définitivement la monnaie de vieilles guenons qui s’obstinent a ne se regarder que dans  leur propre miroir. Car la solution la moins coûteuse était d’appliquer les accords de coopération du 24 avril 1961 en aidant les forces ivoiriennes à repousser les rebelles et à soutenir un dialogue direct entre les belligérants en vu d’une solution négocié du conflit.

 

 

Les ivoiriens se sont sentis trahis et humiliés. N’oublions pas qu’une grande partie de  l’Afrique est porteuse d’une civilisation orale, c’est pourquoi le non respect de la parole donnée choque beaucoup plus un africain qu’un européen.

 

 

Les ivoiriens se posent aujourd’hui la question suivante :

 

 << Comment la France à qui nous avons donné nos meilleurs hommes quand elle était envahi et occupée à-t-elle pu soutenir une rébellion contre notre pays et ses institutions ?  >>

 

 

La France a-t-elle oublié les vertus du dialogue direct ?  il faudrait bien ici rappeler à la classe politique française que c’est le dialogue direct qui avait permis la fin de la guerre d’Indochine, à travers les accords de Genève  signés le 21 juillet 1954 suite à la capitulation sans condition de l’armée française à  Diên- Biên-Phu. Ces accords ont mis fin à huit ans de guerre et portent la signature  de deux  grands hommes qui ont tous les deux un grand sens de l’Etat, Pierre Mendès France pour la France et Pham Van Dông pour le Viêt-Nam.

 

 

 Il faut le rappeler ici sans ironie que c’est la queue entre les jambes que la France a quitté l’Asie du sud-est permettant ainsi au Viêt- Nam, au Laos et au  Cambodge d’être indépendants. C’est aussi le dialogue direct qui avait permis la fin de la guerre d’Algérie à travers les accords franco-algérien signés à Evian le 18 mars 1962 entre le gouvernement Français représenté par Louis Joxe et le gouvernement provisoire algérien formé par le FLN,  représenté par Krim Belkacem.

 

 

Le dialogue direct, c’est aussi les négociation de paix de Paris entre les USA et le Viêt-Nam de 1968-1973 signés le 23 janvier 1973 entre le DUC THO et le Dr Henry Kissinger, ce qui vaudra a ces deux diplomates de cette période de la guerre froide le prix Nobel de la paix.

 

 

Le dialogue direct, c’est aussi la visite historique du président égyptien  Anouar El-Sadate à Jérusalem le samedi 19 novembre 1977 qui débouchera sur un dialogue direct et les accords de Camp David signés le 17 septembre 1978 à la Maison Blanche , située au 116 de la pennsylvania  avenue à Washington capitale fédérale des USA, entre la République arabe d’Egypte représentée par le Président Anouar El-Sadate et le premier ministre  de l’Etat D’Israël  Mr. Menaem Beguin. Ces deux personnalités recevront aussi le prix Nobel de la paix.

 

 

Le dialogue direct, c’est aussi les négociation entre la majorité noir sud africaine qui a vécu dans sa chaire les temps douloureux de l’apartheid et la minorité blanche raciste, pour mettre fin au régime ignoble de la ségrégation raciale en Afrique du sud. Les négociateurs avaient pour nom, Nelson Mandela et Frederik De Clerk, ils ont aussi reçu le prix Nobel de la paix.

 

 

Le dialogue direct, c’est aussi la recherche d’une solution juste et durable de la crise du Timor oriental qui fera de José Ramos  Horta  et Mg. Calos Belo des lauréats du Prix Nobel de la paix en 1996 et permettra  en 1999 l’organisation d’un référendum qui débouchera sur naissance de la République du Timor oriental.

 

 

Il est donc inutile ici de multiplier les exemples dans le monde n’importe quel étudiant en première année de diplomatie sait qu’il faut commencer par là, car nous savons tous que c’est par des négociations qui prennent en compte les exigences des belligérants qu’un conflit de grande ampleur peu se résoudre.  La France ne nous dira pas le contraire, elle se rappelle  d’avoir laissé 10 283 morts et 11 000 prisonniers à Diên Bien Phu pour finalement laisser le Viêt-Nam libre.

 

 

Elle a commise la même erreur d’appréciation en Algérie, face à un soulèvement qui exigeait l’équité et la justice.  La France et ses matamores ont crus que la torture, la répression brutale, barbare et lâche pouvait venir à bout de L’idée d’une nation algérienne libre et indépendante. 500 000 soldats français n’ont pas pus vaincre les nationalistes algériens. Ce fut là aussi une erreur grave d’appréciation.

 

 

Car l’Algérie de l’époque était un département français, mais les arabes algériens n’avaient pas la nationalité française,  alors que les  maltais, les espagnoles et autres colons  européens  arrivé de fraîches dates avaient la nationalité française sur demande.

 

 

 Bref les musulmans algériens  vivaient dans une  logique d’apartheid. Aujourd’hui encore on se demande comment la France qui est si prompte à porter le drapeau de la liberté, de l’égalité et de la fraternité a pu faire cohabiter en son sein une cécité et des contradictions aussi dramatiques ?

 

 

En disant ces choses simples, nous ne sommes nullement pas des anti-français, c’est justement parce que nous aimons ce pays et les valeurs de lumière qu’elle a léguée au monde que nous rappelons ses faits à sa mémoires. Le dialogue direct, les français doivent être les premiers à le magnifier et  à le présenter comme doctrine de résolution des conflits.

 

 

La France apparaît malheureusement aujourd’hui aux yeux des africains comme le pays qui indique toujours la bonne voie aux autres en choisissant elle-même la plus mauvaise. Son soutien sans condition à Mobutu,  à Bokassa à Habyarimana et autres Eyadema nous font dire ici qu’elle est loin des préoccupations de liberté et de la quête de démocratie des peuples africains.

 

 

Pour en finir avec le dialogue direct qui est le sujet de notre intervention de ce jour, nous voulons rappeler encore une fois l’histoire des prisonniers de guerre pendant les négociations de Genève sur la guerre d’Indochine, la difficulté majeur après la capitulation française,  fut le sort des prisonniers, la délégation du Viêt-nam ne voulait pas en entendre parler.

 

 

Car officiellement la France n’avait pas déclaré la guerre au Viêt-Nam, donc pas de guerre pas de prisonniers, les négociation étaient en cour entre le gouvernement français et la république du Viêt-Nam, présidé par Hô Chi Minh,  les soldat français et vietnamiens fraternisaient à Saïgon lorsque par arrogance et leur suffisance habituelle,  les bateaux de guerre français stationnés dans la baie d’Haiphong avaient ouvert le feu sur la ville le 23 novembre 1946.

 

 

c’est alors qu’éclate le conflit qui avec le soutien de la Chine se termine par la défaite française. Diên Bên Phu  fut pour la France le terrible  salaire de son mépris pour les peuples du tiers monde. Là dans cette cuvette qu’elle a délibérément choisie pour attirer l’ennemi et pouvoir, enfin livrer une vraie bataille rangée, hors de la jungle et des marécages, l’armée française, avec ses 17 bataillons,  ses 22 000  tonnes de matériel,  son artillerie lourde, ses chars,  ses 173 avions de combats,  ses 71 avions de transport,  a tout perdu le matin du 07 mai 1954.

 

 

L’armée française avait tout prévu pour gagner cette bataille décisive. Tout sauf l’artillerie  du général Giap, le bras droit militaire d’Hô Chi Minh,  sauf que cette artillerie insoupçonnée  atteindrait des galeries souterraines Ouvertes dans les montagnes de calcaire qui dominent la plaine de Diên biên phû  donc invulnérable vis-à-vis de l’aviation dont les français ont le monopole.

 

 

Un chef d’état major occidental ne pouvait pas concevoir qu’un petit homme jaune, qui n’a fait ni Saint-Cyr en France, ni Sandhurst en Angleterre ni West point aux USA, puisse avoir un génie militaire supérieur. Que ses 12 bataillons, ses 28 canons,  ses 16 tubes de mortiers rejoindraient en rampant sous la jungle de Diên Biên phû, tirés par des ânes et des bicyclettes sortant des  usines Peugeot et des manufactures de Saint- Etienne.

 

 

Nous parlons ici de faits réels et non d’un roman de science fiction,  en le disant de façon aussi claire nous invitons la France qui est le pays européen dont nous nous sentons plus proche de faire sa propre reconversion  en refondant la coopération franco-africaine sur des bases solides, des bases égalitaires reposant sur l’amitié, le respect et l’intérêts réciproques des parties contractantes.

 

 

Nous sommes en 2007 et la coopération entre Etats ne doit plus être des rapports de tuteur à mineur. C’est le message que la guinée, son peuple et son leader Ahmed Sékou Touré ont voulu envoyer à la  France en votant non au référendum du dimanche 28 septembre 1958.

 

 

  Nous avons tenu à évoquer ces choses simples dont personne ne se souvient plus en France pour que les uns et les autres sachent que la vie continue. qu’on ne nous demande plus donc d’être des amnésiques, car c’est bien nous les africains qui avons été les victimes.

 

 

Pour revenir à la question des prisonniers la guerre d’Algérie nous a appris que leur sort fut discuté âprement pendant les négociations d’Evian, finalement la patience et le respect mutuel de Louis Joxe, le chef de la délégation française et de Krim Belkacem ont permis un compromis acceptable comme ce fut le cas dans les négociations de Genève entre Pierre Mandès France  et le négociateur vietnamien Pham van Dông.

 

 

Le dialogue direct dont nous faisons l’éloge aujourd’hui a été oublié par la France dans la recherche d’une solution négociée de la crise ivoirienne, son parti pris évident à été néfaste pour la  Côte d’ivoire, pour l’Afrique et bien sûr pour sa propre image,  la France aujourd’hui est perçu en Afrique comme un pays vampire prêt à s’accrocher aux pires dictateurs africains au nom de ses petits intérêts mesquins, partisans, partiels et parcellaires.

 

 

Dans la crise ivoirienne, imaginé un seul instant si pendant la tuerie de novembre 2004 les patriotes avaient réussi à capturer une dizaine de soldats Français. Sur quel base la France pouvait négocier leur libération ?  puisse qu’officiellement ce pays n’avait pas déclaré la guerre à la Côte d’Ivoire. Pas de guerre, pas de prisonnier.

 

 

La France doit sortir de cette arrogance et de cette suffisance inutile qui n’impressionne plus personne et nous rappelle ses positions d’arrière garde dans les années 1950 quand elle s’acharnait à nier les évidences algériennes. Elle doit comprendre une bonne fois pour toute que nos pays africains ne sauraient être une partie de la France.

 

 

C’est cela le sens des combats de nos peuples qui veulent vivre libre en organisant librement chez eux leurs propres activités de production. Nous disons ces choses simples sans haine ni violence afin que la classe politique et la société civile française, comprennent nos motivations pour que naisse une nouvelle coopération franco-africaine qui nous éloigne du mariage du cheval et du cavalier.

 

 

Pour cela les français doivent apprendre à se regarder autrement, rien n’est en effet plus urgent aujourd’hui que la révolution des regards qui sont tournés vers l’Afrique, mais aussi vers la France pour construire un dialogue utile  tourné vers l’avenir permettant la reconstruction de l’Afrique dans l’honneur et la dignité.

 

 

Cela doit se faire loin des humiliations, du mépris, des spoliations, des insultes et des oppressions de toutes sortes.

 

À  la France   d’aujourd’hui nous voulons ici rappeler cette pensée de notre frère l’ancien Président Algérien Hamed Ben Bella : << on peut défaire le colonisateur, quelle que soient ses armes, le seul problème,  c’est l’aménagement des forces, leur organisation et leur date d’entrée en action.>>

 

 

Nos voulons l’amitié avec la France , mais nous ne renoncerons jamais à notre droit naturel et légitime de vivre libre chez nous sans soumission à qui que ce soit.  Toute confusion sur ces choses simples  sera considéré par nous africains comme un affront méprisable et impardonnable.

 

 

Car le dénuement de nos peuples est une atteinte intolérable à la décence et à la dignité humaine. Ne pas le comprendre et faire des arrangements dans notre dos avec des dictatures pourris, hautaines et médiocres, c’est ne pas  comprendre  le sens de l’histoire dans les temps présents.  c’est aller dans le sens contraire de l’histoire. Comme l’écrivait si bien notre frère l’écrivain noir américain Richard wright :

 

  << la liberté demeure pour nous la terre promise,

 

nos chants, nos larmes nos cris,

 

 notre détresse et les malédictions

 

 qui montent vers Dieu,

 

 portent le refrains de nos larmes.

 

Pleurez, enfants

 

Pleurez, frères, pleurez mères

 

Pleurez père, Car vous êtes libres

 

Dieu vous a donnez la liberté >>

 

 

Puisse la liberté être  une étoile sur notre chemin commun pour que vive la condition humaine.

 

 

Dr SERGE-NICOLAS NZI

 

Chercheur en communication

 

Directeur du centre africain d’études stratégiques

 

CP. 66 Vezia-Lugano

 

CH-6943 SUISSE

 

Tel. 004179.246.53.53

 

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Publié dans Francafrique

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