Lancien porte-parole de Licorne dénonce la politique de Jacques Chirac en Côte dIvoire
Le Courrier d'Abidjan - 6/17/2005 7:08:53 PM
Livre Dans un ouvrage paru aux éditions Jacob Duvernet, lex-porte parole de Licorne, Georges Peillon, se montre dur envers la presse et la politique officielle de la France ; et décrit les rebelles comme des personnes sans foi ni loi. Le malaise au sein de larmée française sur la crise ivoirienne samplifie.
Par Sylvie Kouamé
Que pensent profondément les militaires français de lOpération Licorne, au-delà de la raison dEtat ? Quel est leur point de vue sur leur mission ? Ces questions, les Ivoiriens se les posent souvent depuis le 19 septembre 2002. Un livre récemment paru en France, «Ivoire Nue» (éditions Jacob Duvernet), nous permet de nous familiariser avec la perception de lun dentre eux
et non des moindres ! Il sagit de Georges Peillon, qui a été pendant plusieurs mois porte-parole de la Force Licorne, et qui signe sous le pseudonyme de Georges Neyrac. Cest que Georges Peillon a lhabitude de raconter ses missions africaines dans des livres. Il a déjà écrit Larmes du Kosovo et Dépêches de Kaboul. Il récidive avec la Côte dIvoire.
Dans un livre qui fait déjà jaser dans les petits milieux afro-parisiens. En effet, il met en cause de manière frontale la presse française, les rebelles et même la politique de Jacques Chirac en Côte dIvoire.
Sur la presse française, lex-porte parole de Licorne est cruel. A son avis, elle est responsable de la mort de Jean Hélène, qui «règle laddition pour tout ce que RFI, TV5, Le Monde, Libération et bien dautres ont dit et écrit dinsultant ou de méprisant contre la Côte dIvoire, son gouvernement et ses institutions, contre la presse africaine indigne, incompétente et couarde». Lofficier de presse nest pas loin de partager lopinion dun de ses amis ivoiriens quil retranscrit : «la presse française [...] a assassiné Jean Hélène, à force de médisances et dignorances mêlées, une presse qui a poussé les Ivoiriens à la xénophobie et à lexaspération et qui exerce un terrorisme intellectuel de bon aloi imposant, quelle que soit la tendance politique invoquée, une rare et stérile pensée unique». Pis, il affirme que même Jean Hélène, quil connaissait bien et quil fréquentait personnellement, se sentait mal avant son décès et était mal à laise au sujet de la «ligne éditoriale» de RFI sur la Côte dIvoire. «Une fois encore, il [Jean Hélène] me glisse quil se sent embarrassé par la position de RFI qui lui paraît confuse, toujours incertaine, parfois trop encline à supporter les Forces nouvelles. Il nignore pas que de nombreux journalistes ivoiriens ne taisent pas leur dégoût pour les assertions anti-gouvernementales de la grande radio dinformation», raconte-t-il également.
Sur les rebelles, il utilise à peu près les mêmes mots que le colonel Burgaud, en poste à Man lors des incidents de Logoualé, et qui déplorait que la France les ait installé dans la durée, alors quils sont «infréquentables». Pour Georges Peillon, les hommes de Soro sont «capables du pire, sans cesse entre le mensonge et la veulerie, la trahison et le pillage, quand ils ne se livrent pas à des exécutions sommaires au coin dune case, au viol de familles entières, le canon des fusils déchirant lintimité de femmes terrorisées et linnocence des enfants abandonnés à ces soi-disant libérateurs». On ne pourra pas objecter quà un tel degré de responsabilité à lintérieur de Licorne, il parle en profane. Il sait exactement de quoi il sagit
Sur la politique conduite par lEtat français en Côte dIvoire, le lieutenant-colonel Peillon se lâche et dit quaprès une conversation avec des amis, dont un Conseiller à la présidence, il a été persuadé dune chose : «Après de longues heures de discussion, nous nous accordons à reconnaître la justesse de lanalyse du Conseiller. Le droit a été bafoué, les principes essentiels de la démocratie ont été niés par le pacte passé avec les rebelles, des mutins, des hors-la-loi. Cest comme si nous avions parié sur le mauvais cheval, comme si lillusion de sauver le monde une nouvelle fois nous avait aveuglés». Cela sappelle le témoignage dun homme qui a été au cur de laction, et même souvent des secrets dEtat. Ce type de témoignages pourrait se multiplier, tant le malaise au sein de larmée française sagrandit. Comme en a témoigné il y a quelques semaines, le mouvement dhumeur des épouses de soldats français qui refusaient de rentrer en France et accusaient quasi-ouvertement la hiérarchie de Licorne de préparer un sale coup contre la Côte dIvoire.