Attaques et propositions indécentes contre Gbagbo à Bucarest - Les raisons de la colère noire de Chirac
samedi 30 septembre 2006 - Par Le Matin d'Abidjan
Le locataire de l`Elysée veut gagner du temps. Il compte anéantir son ennemi juré, avant que la médiation de l`UA ne mette à exécution son plan de désarmement de la rébellion.
Il demeure fidèle à son objectif. Mais la méthode va sûrement changer. Pour faire tomber Laurent Gbagbo, Chirac passe la vitesse supérieure. L`unanimité est faite sur la haine qui sous-tend son discours d`avant-hier à Bucarest, contre le chef d`Etat ivoirien. Cette montée d`adrénaline, selon des sources introduites, n`est pas fortuite. Au-delà de l`inaltérable volonté d`éjecter constitutionnellement Gbagbo, c`est la visite de Thabo Mbeki à Ouagadougou, mardi 26 septembre dernier qui a provoqué l`ire du locataire de l`Elysée. De fait, indique-t-on, c`est le compte rendu de Compaoré sur la teneur des échanges entre lui et le médiateur qui a décidé Chirac à mettre les bouchées doubles. Dans la capitale burkinabé, Blaise Compaoré, se faisant l`avocat de l`opposition politique et armée, a plaidé pour que Gbabgo cède aux desiderata de la rébellion, s`agissant de la conduite des audiences foraines. Un ``petit`` geste, selon le président du Faso qui pourrait accélérer le processus de sortie de crise. La plaidoirie ne rencontre pas l`assentiment du facilitateur de l`Union africaine. Et sa riposte est plutôt ferme. A en croire les mêmes indiscrétions, Mbeki oppose un niet à la démarche de son interlocuteur, arguant toutes les concessions obtenues du numéro 1 ivoirien, depuis les rencontres de Pretoria. Et le médiateur de citer pêle-mêle les acquis de ces sommets tenus sous ses auspices. Pour rappel, plusieurs voyages à Abidjan, ont permis à Mbeki d`infléchir son homologue ivoirien. Au bout, des sessions extraordinaires de l`Assemblée nationale sur 16 textes de lois mises en phase avec ``la lettre et l`esprit`` l`accord de Linas Marcoussis. Cerise sur le gâteau : le 13 avril 2005, le facilitateur exhorte Gbagbo à user de l`article 48 de la loi fondamentale, pour permettre " exceptionnellement " à Alassane Ouattara d`être candidat à la présidentielle. Ce sera chose faite le 26 du même mois, au grand dam des partisans du chef de l`Etat. Dans le cadre de Pretoria I et II, les dispositions de la CEI sont revues, faisant de la rébellion et ses alliés les forces majoritaires au sein de l`institution électorale. D`autres arrangements politiques portant sur le code de la nationalité, le financement des partis politiques, la communication audio-visuelle, sont aussi obtenus par Mbeki. Soit par le Parlement convoqué expressément, soit par ordonnance présidentielle, pour ``satisfaire`` la coalition politico-rebelle. Las ! En retour, le désarmement tant attendu reste un leurre. Aussi, Thabo Mbeki s`est-il dit malaisé d`introduire d`autres demandes, la rébellion n`ayant pas rempli sa part d`obligations prises à Pretoria. Mieux, face à l`insistance de Compaoré, le médiateur de l`UA exige que "le petit jeu" des rebelles prenne fin. La mauvaise foi des insurgés est vertement signifiée au Burkinabé qui en entend d`autres. Sur sa lancée, Mbeki révèle à son homologue, les critiques acerbes de Soro et ses bandes armées, portées sur sa personne, et leur refus de désarmer, clairement indiqué. Il s`agit d`une conversation des rebelles, enregistrée sur bande, au cours d`un vol sur l`avion présidentiel que le sud-africain leur avait affrété. Compaoré tombe des nues, surtout lorsqu`il s`entend proposer de prêter main forte au désarmement dans les meilleurs délais. L`arbitre de l`organisation panafricaine invite donc Compaoré à sensibiliser "ses petits", au risque de les voir confrontés à une force militaire. Le président burkinabé ne dit mot, et feint de s`extasier peu après, face à la presse, sur la qualité de la démarche de la médiation. Une fois à Bucarest, un compte rendu fidèle est fait à Chirac qui bleuit. Il entrevoit dans la perspicacité du successeur de Mandela, la fin de son projet d`éviction de Gbagbo. Il monte donc au créneau, pour noircir au mieux le portrait de la paire Gbagbo-Mbeki. Il accuse le premier d`avoir saboté l`oeuvre d`Houphouet-Boigny, (un remake des discours du RHDP), présentant Gbagbo comme le contraire de Banny "un homme sage " à qui "des dispositions constitutionnelles" devraient donner des pouvoirs des plus élargis. Pour le second, il brandit l`appartenance à la ``lointaine`` Sud Afrique, incapable donc de juguler une crise à mille lieues de chez lui. En conséquence, il exige que la CEDEAO qu`il a mise sous coupe réglée, prenne le dossier à bras le corps. Dans la panique, Chirac s`entremêle les pédales. Alors qu`il clame qu`il revient " aux gens de la région " de résoudre la crise, il place sa confiance en Sassou et Bongo de l`Afrique centrale, pour les y aider. Chirac va plus loin dans son opération. Il prend en otage la CEDEAO à qui il dicte le contenu des conclusions de ses travaux prévus le 7 octobre prochain. Wade est mis à contribution, qui prend à partie et publiquement son homologue. Bref, le terrain est balisé. Un mini sommet de l`organisation sous-régionale, improvisé jeudi, en marge du 11 è sommet de la Francophonie. Dans des cercles politiques parisiens, l`attitude de Chirac qui se débat tel un naufragé, tient à sa volonté de régler ``le cas Gbagbo`` avant le début de l`année prochaine. L`héritier des réseaux focardiens craint que la présidentielle française approchant, il n`ait plus d`énergie à consacrer à la Côte d`Ivoire. Toute l`oligarchie politico -financière anti Gbagbo est plus que jamais mise en branle. Mais à ce jeu la Françafrique est confrontée à forte adversité. Le président sud-africain, soutient-on fermement dans les sphères diplomatiques, est décidé à aller jusqu`au bout. Le commissaire de l`UA n`entend pas démordre, malgré les peaux de banane lancées depuis Bucarest. Avec lui, des chefs d`Etat ouest-africains anglophones -à part le Nigeria- s`interrogent sur l`acharnement de la France contre la Côte d`Ivoire. Leurs réserves aux manœuvres chiraquiennes a même retardé le communiqué que les présidents de la Communauté devaient pondre en Roumanie. Wade, Compaoré et les autres ont butté sur l`intransigeance de certains de leurs pairs. C``est dire si les prochains sommets de la CEDAEO d`abord, puis l`UA seront des foires aux empoignades diplomatiques.
Guillaume N`Guettia
|
Il demeure fidèle à son objectif. Mais la méthode va sûrement changer. Pour faire tomber Laurent Gbagbo, Chirac passe la vitesse supérieure. L`unanimité est faite sur la haine qui sous-tend son discours d`avant-hier à Bucarest, contre le chef d`Etat ivoirien. Cette montée d`adrénaline, selon des sources introduites, n`est pas fortuite. Au-delà de l`inaltérable volonté d`éjecter constitutionnellement Gbagbo, c`est la visite de Thabo Mbeki à Ouagadougou, mardi 26 septembre dernier qui a provoqué l`ire du locataire de l`Elysée. De fait, indique-t-on, c`est le compte rendu de Compaoré sur la teneur des échanges entre lui et le médiateur qui a décidé Chirac à mettre les bouchées doubles. Dans la capitale burkinabé, Blaise Compaoré, se faisant l`avocat de l`opposition politique et armée, a plaidé pour que Gbabgo cède aux desiderata de la rébellion, s`agissant de la conduite des audiences foraines. Un ``petit`` geste, selon le président du Faso qui pourrait accélérer le processus de sortie de crise. La plaidoirie ne rencontre pas l`assentiment du facilitateur de l`Union africaine. Et sa riposte est plutôt ferme. A en croire les mêmes indiscrétions, Mbeki oppose un niet à la démarche de son interlocuteur, arguant toutes les concessions obtenues du numéro 1 ivoirien, depuis les rencontres de Pretoria. Et le médiateur de citer pêle-mêle les acquis de ces sommets tenus sous ses auspices. Pour rappel, plusieurs voyages à Abidjan, ont permis à Mbeki d`infléchir son homologue ivoirien. Au bout, des sessions extraordinaires de l`Assemblée nationale sur 16 textes de lois mises en phase avec ``la lettre et l`esprit`` l`accord de Linas Marcoussis. Cerise sur le gâteau : le 13 avril 2005, le facilitateur exhorte Gbagbo à user de l`article 48 de la loi fondamentale, pour permettre " exceptionnellement " à Alassane Ouattara d`être candidat à la présidentielle. Ce sera chose faite le 26 du même mois, au grand dam des partisans du chef de l`Etat. Dans le cadre de Pretoria I et II, les dispositions de la CEI sont revues, faisant de la rébellion et ses alliés les forces majoritaires au sein de l`institution électorale. D`autres arrangements politiques portant sur le code de la nationalité, le financement des partis politiques, la communication audio-visuelle, sont aussi obtenus par Mbeki. Soit par le Parlement convoqué expressément, soit par ordonnance présidentielle, pour ``satisfaire`` la coalition politico-rebelle. Las ! En retour, le désarmement tant attendu reste un leurre. Aussi, Thabo Mbeki s`est-il dit malaisé d`introduire d`autres demandes, la rébellion n`ayant pas rempli sa part d`obligations prises à Pretoria. Mieux, face à l`insistance de Compaoré, le médiateur de l`UA exige que "le petit jeu" des rebelles prenne fin. La mauvaise foi des insurgés est vertement signifiée au Burkinabé qui en entend d`autres. Sur sa lancée, Mbeki révèle à son homologue, les critiques acerbes de Soro et ses bandes armées, portées sur sa personne, et leur refus de désarmer, clairement indiqué. Il s`agit d`une conversation des rebelles, enregistrée sur bande, au cours d`un vol sur l`avion présidentiel que le sud-africain leur avait affrété. Compaoré tombe des nues, surtout lorsqu`il s`entend proposer de prêter main forte au désarmement dans les meilleurs délais. L`arbitre de l`organisation panafricaine invite donc Compaoré à sensibiliser "ses petits", au risque de les voir confrontés à une force militaire. Le président burkinabé ne dit mot, et feint de s`extasier peu après, face à la presse, sur la qualité de la démarche de la médiation. Une fois à Bucarest, un compte rendu fidèle est fait à Chirac qui bleuit. Il entrevoit dans la perspicacité du successeur de Mandela, la fin de son projet d`éviction de Gbagbo. Il monte donc au créneau, pour noircir au mieux le portrait de la paire Gbagbo-Mbeki. Il accuse le premier d`avoir saboté l`oeuvre d`Houphouet-Boigny, (un remake des discours du RHDP), présentant Gbagbo comme le contraire de Banny "un homme sage " à qui "des dispositions constitutionnelles" devraient donner des pouvoirs des plus élargis. Pour le second, il brandit l`appartenance à la ``lointaine`` Sud Afrique, incapable donc de juguler une crise à mille lieues de chez lui. En conséquence, il exige que la CEDEAO qu`il a mise sous coupe réglée, prenne le dossier à bras le corps. Dans la panique, Chirac s`entremêle les pédales. Alors qu`il clame qu`il revient " aux gens de la région " de résoudre la crise, il place sa confiance en Sassou et Bongo de l`Afrique centrale, pour les y aider. Chirac va plus loin dans son opération. Il prend en otage la CEDEAO à qui il dicte le contenu des conclusions de ses travaux prévus le 7 octobre prochain. Wade est mis à contribution, qui prend à partie et publiquement son homologue. Bref, le terrain est balisé. Un mini sommet de l`organisation sous-régionale, improvisé jeudi, en marge du 11 è sommet de la Francophonie. Dans des cercles politiques parisiens, l`attitude de Chirac qui se débat tel un naufragé, tient à sa volonté de régler ``le cas Gbagbo`` avant le début de l`année prochaine. L`héritier des réseaux focardiens craint que la présidentielle française approchant, il n`ait plus d`énergie à consacrer à la Côte d`Ivoire. Toute l`oligarchie politico -financière anti Gbagbo est plus que jamais mise en branle. Mais à ce jeu la Françafrique est confrontée à forte adversité. Le président sud-africain, soutient-on fermement dans les sphères diplomatiques, est décidé à aller jusqu`au bout. Le commissaire de l`UA n`entend pas démordre, malgré les peaux de banane lancées depuis Bucarest. Avec lui, des chefs d`Etat ouest-africains anglophones -à part le Nigeria- s`interrogent sur l`acharnement de la France contre la Côte d`Ivoire. Leurs réserves aux manœuvres chiraquiennes a même retardé le communiqué que les présidents de la Communauté devaient pondre en Roumanie. Wade, Compaoré et les autres ont butté sur l`intransigeance de certains de leurs pairs. C``est dire si les prochains sommets de la CEDAEO d`abord, puis l`UA seront des foires aux empoignades diplomatiques.
Guillaume N`Guettia
Publicité
