LETTRE OUVERTE A L'UNION EUROPEENNE
Monsieur le Président de la Commission Européenne,
En cette année 2005, l'Union Européenne va faire adopter ou ratifier, par ses Etats membres, chacun selon son calendrier, le projet de Constitution de l'Union devant régir les communautés européennes.
AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL (AHVI) se réjouit de la création d'un ministère des affaires étrangères au sein de l'Union Européenne (Art. l-27). Cependant, au regard de l'article l-28 traitant des compétences du ministre des affaires étrangères de l'Union, AHVI s'interroge sur les changements et les améliorations que cette nouvelle donne pourra apporter à l'échelon de la politique africaine de l'Union.
L'Union Européenne est constituée de plusieurs Etats membres qui, chacun, mène sa politique étrangère comme il l'entend, sans s'en référer ni au Conseil de l'Europe, ni à la Commission Européenne, encore moins au Parlement Européen. Chacun de ses Etats membres gère "sa" chasse gardée ou "son" pré-carré, ses zones d'influence selon son passé colonial en Afrique.
La politique africaine de l'Union Européenne est donc tributaire des politiques sectaires et unilatérales de chaque pays membre. Elle ne discute pas les arguments que lui présente l'Etat membre qui s'autoproclame expert de la "philosophie" et de la "psychologie" (sic) des peuples qui y vivent. L'Afrique francophone souffre de cette cécité de l'Union Européenne, à moins qu'il s'agisse là d'un racisme ordinaire.
Pour preuves : le génocide du Rwanda, la guerre de la RD-Congo, les guerres à répétition suivies de crimes contre l'humanité au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire, ainsi que les faits qui se déroulent actuellement au Togo, entre autres maux, sont à mettre au crédit de cette politique sélective et discriminatoire.
Les générations des années 1960 ne sont plus celles de 2005. Elles ont évolué, c'est une évidence. Aussi bien en Europe qu'en Afrique, ceux qui gouvernent ou convoitent le pouvoir, ne semblent en tenir compte. Ce qui fait redouter des déflagrations qui ne pourront que s'amplifier dans les prochaines années.
L'Afrique fonctionne encore selon des "accords de coopération et de défense" signés depuis les années 1960 entre la France et ses colonies. Sur la base de ces textes restés statiques, immuables et inamovibles, il est clair que le transfert des compétences aux Africains francophones dans les anciennes colonies françaises n'a été qu'un leurre, le même contrat léonin entre les négriers et les esclaves. On a changé des chaînes de métal en liens invisibles mais tout aussi avilissants.
Selon ces accords encore en vigueur à ce jour, TOUT ce qui est en surface et dans les sous-sol de cette partie de l'Afrique ne lui appartient pas. Pour pouvoir en user, les Africains sont contraints de demander l'autorisation, la permission à la puissance tutélaire, c'est-à-dire à la puissance qui les assujettit jusqu'à ce jour. Cette puissance, membre de l'Union Européenne, contrôle aussi la monnaie. Le Franc Français n'existe plus mais le Franc CFA, lui, continue de lui être assujetti.
Africa Human Voice International (AHVI) considère que la dignité et la souveraineté d'un Etat, quel qu'il soit, repose sur sa capacité à battre monnaie. Quiconque desdits Chefs d'Etat africains se risquerait de remettre en question cette situation ubuesque se retrouverait devant un coup d'Etat qui le limogerait quand il n'est pas purement et simplement assassiné. Il arrive qu'on lui fabrique une situation inextricable pour laquelle on le taxera de "fasciste" (sic). L'exemple le plus frappant est celui de la Côte d'Ivoire.
Le régime de Laurent Gbagbo est dit "fasciste", mais celui qui soutient des rebelles assassins, les absout de leurs crimes et s'assure qu'ils occupent des portefeuilles ministériels, n'est pas fasciste.
Ceux qui commanditent, organisent, financent des crimes, des génocides pour garantir leurs "intérêts" économiques et financiers ne sont pas fascistes. Ils ne sont nulle part sur les bancs des accusés à Arusha, mais ce sont les porteurs de machettes qui y sont. Le dossier des disparus du Beach de Brazzaville, par exemple, souffre de cette main mise et d'un déni de justice flagrant (Cf. Affaire Ndengué).
L'Union Européenne n'a jamais rien fait pour mettre fin à ces pratiques ou même les dénoncer puisque provenant et encouragées par l'un de ses membres. Ce sont pourtant les mêmes qui nous parlent de démocratie et des droits de l'homme, qui se font même nos avocats pour demander de la "communauté internationale" une assistance économique plus accrue. Mais le développement économique ne peut prospérer que sur le terreau fertile de la démocratie et des libertés, toutes choses combattues avec vigueur par la France, la "grande amie" des assassins, dictateurs et génocidaires de l'Afrique francophone.
Pour la plupart des jeunes générations africaines, c'est ça l'Union Européenne. Celle qui continue d'appliquer aux "sous-hommes" le "Code Noir" de Colbert. Dans ces conditions quelle sera l'évolution des relations entre l'Europe et l'Afrique dans les dix, vingt voire cinquante années à venir ?
Pour sa part, Africa Human Voice International (AHVI) estime que, dans la mesure où les maux de l'Afrique viennent à 90% des pays du Nord, il est temps que l'Union procède, au nom du simple bon sens, à la décolonisation de la mentalité de ses membres aussi bien institutionnels qu'individuels et mette fin aux pratiques iniques. La paix durable ne peut se créer que sur des relations dignes et saines entre l'Europe et l'Afrique.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'_expression de ma très haute considération.
Kingston, le 30 avril 2005
John TRA
Président de AHVI
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