Crise ivoirienne - La France étouffe la rébellion

Publié le par Armand B. DEPEYLA

 

Soir Info - 5/31/2006 10:51:26 PM

Depuis maintenant deux bonnes semaines, les robinets sont à sec à Bouaké, capitale de la rébellion, plaçant les populations dans une situation malaisée. Les habitants sont obligés de puiser l’eau dans des puits dont l’eau avait été souciée au début de la crise ou à défaut, d’aller au marigot, avec tous les risques de contamination des maladies endémiques. La situation, en terme sanitaire, est donc préoccupante pour ces milliers de personnes restées à Bouaké. Dans cette grisaille, une conscience de colère et de révolte se fait jour chez les habitants. Les populations sont d’autant plus estomaquées que cette coupure d’eau intervient “ concomitamment ” avec le pré-regroupement des forces belligérantes, première phase du désarmement, en particulier, des rebelles. Certains habitants que nous avons joint, hier à Bouaké, accordent peu de crédit aux explications données par les responsables de la Sodeci ( Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire), soupçonnant un “ coup de la France contre les rebelles ”. Les responsables de la Sodeci invoquent, en effet, un manque de moyen pour remettre en état, leurs installations à Bouaké, surtout que depuis quatre (4 ans), les factures sont restées impayées. Ils réclament d’abord le paiement des arriérés de factures avant de procéder aux réparations. La Sodeci, filiale de la Saur du Groupe Bouygues, est une société aux capitaux français, avec la Cie ( Compagnie ivoirienne d’électricité). Marcel Zadi Kessy, militant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire ( Pdci-Rda) en est le P.D.G. Le renouvellement du contrat, arrivé à expiration l’année dernière, par Laurent Gbagbo, avait donné lieu à des commentaires. Laurent Gbagbo et son parti le Front populaire ivoirien (FPI) avait dénoncé un contrat léonin entre l’Etat et les deux entreprises françaises. Le chef de l’Etat s’est alors engagé à ne pas renouveler “ ce contrat de dupes ”, signé par M. Alassane Dramane Ouattara, alors Premier ministre. Ce qui a attiré des foudres sur ce régime . Gbagbo était, pour ainsi dire, dans la ligne de tir des Français. En définitive, les choses se sont normalisées entre le chef de l’Etat et la compagnie de Bouygues qui a vu son contrat reconduit, contre des offres alléchantes d’une entreprise canadienne et d’un géant anglais. A partir de cet instant, la “ France des opérateurs économiques ”, qui avait des raisons évidentes d’apporter son appui à la rébellion, vu que ses intérêts étaient en péril sous le régime de Gbagbo, a commencé à prendre ses distances avec Soro Guillaume. Aujourd’hui, le pré-regroupement des ex-combatants qui ouvre les portes au désarmement et à la réunification du pays ayant été mis sur rail, les juteux contrats étant dès lors en poche, la rébellion, hier moyen de pression, n’a plus de raison d’être soutenue. Vers un soulèvement ? Il faut donc lui couper tous les conforts, à commencer par l’eau, source de vie. Et ce n’est pas tout. Il est fort probable que dans les prochaines semaines, la fourniture de l’électricité soit aussi suspendue, si l’on en croit des sourdes introduites... Après avoir donc utilisé les rebelles comme moyen de pression économique sur le régime Gbagbo, réalisant qu’ils sont parvenus à leurs fins et que les rebelles ne leur sont d’aucune utilité aujourd’hui, les “ bailleurs de fonds de la rébellion ”, ont choisi de couper les ponts avec Soro et ses hommes. Ce qui explique la situation que vivent les populations de Bouaké aujourd’hui. Depuis l’éclatement de la crise militaro-politique, la Sodeci, pour des raisons “ humanitaires ” , n’a pas arrêté sa fourniture d’eau, tout comme la Cie alors que ces deux entreprises françaises étaient dans l’impossibilité quasi totale de recouvrer leurs dûs auprès des populations. L’on y avait vu un soutien tacite à une rébellion dont on dit qu’elle est “ sous la dépendance de la France et aux gages des opérateurs économiques français ”. Cette coupure d’eau à Bouaké apparaît, visiblement, comme un moyen de pression de la France, visant à contraindre les rebelles au désarmement ou dans le pire des cas, à pousser les populations à un soulèvement contre les tenants de la rébellion. Cet avis est partagé dans le milieu des observateurs de la vie politique ivoirienne. Déjà, l’année dernière, les Bouakéens s’étaient soulevé, prenant d’assaut le secrétariat général des Forces nouvelles, pour protester contre la rationalisation de l’eau dans certains quartiers et dénoncer des coupures intempestives d’électricité dans au moins six quartiers de la ville. La tension était très forte entre Soro et sa population. Le secrétaire général des Forces nouvelles a failli y laisser sa peau. Il a alors décidé de prendre ses quartiers à Katiola, où il réside depuis lors. Un remake est à craindre en ce moment. Voyant que son soutien à la rébellion lui pend au nez aujourd’hui, la France réfléchit à des scénarii pour opérer une sortie honorable de ce bourbier ivoirien. Dans cet élan, la France politique apporte son appui à la France économique. Ainsi, elle a présenté, récemment au Conseil de sécurité de l’Onu un projet de déclaration visant à appuyer les efforts internationaux de règlement de la crise en Côte d’Ivoire. Ce projet de déclaration présenté le lundi 22 mai dernier, aux membres du Conseil de sécurité, insiste sur l’accélération des efforts de désarmement des rebelles afin de créer les conditions adéquates pour la tenue d’élections libres en octobre prochain. Cette déclaration met également l’accent sur le renouvellement du principe des sanctions ciblées contre des éléments qui font obstacle au processus de paix. En redéployant des rebelles gendarmes à Botro, où, dans le cadre du pré-regroupement, il avait fait retirer 230 éléments, Soro donne le sentiment qu’il n’est pas prêt à déposer les armes, gardant la haute main sur toutes les lignes de front, contrairement aux soldats loyalistes, qui, eux, ont achevé le pré-regroupement depuis le 28 mai.
par Armand B. DEPEYLA

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