« Sarkozy raciste ! », « Sarkozy xénophobe ! »
19/05/2006
Une fois n’est pas coutume, on pourrait même affirmer qu’il s’agit là d’un précédent : un ministre de l’intérieur français, N°2 du gouvernement et président de l’UMP, présidentiable crédité de chances sérieuses pour accéder à la magistrature suprême hué et malmené à Bamako au Mali, terre de pudeur, d’«hospitalité non choisie», selon l’expression ironique de son président.
Le ministre de l’intérieur français avait choisi de «déminer» les réactions d’hostilité à sa deuxième loi sur l’immigration, en faisant de la soi-disant pédagogie, mais pour d’autres … de la politique spectacle au Mali puis au Bénin.
Pour la pédagogie et l’image du présidentiable il faudra ne faudra pas, pour une fois, compter sur le Mali pour faire de la figuration, la réaction au durcissement des conditions de l’immigration en France étant vécue comme une mesure orientée contre les migrants noirs africains parmi lesquels beaucoup de Maliens. On évalue en effet à une cinquantaine de milliers le nombre d’immigrés maliens en règle, autant de clandestins et à peu près cent mille binationaux, soit une communauté avoisinant les 200 000 personnes, qui contribue de façon notable à la survie de villages et de familles restées en Afrique.
Le Mali a bien compris l’apport de ses migrants établis en France et de puissantes associations, un ministère des Maliens de l’étranger gèrent spécifiquement leurs problèmes et projets de développement. Il était donc normal que le ministre de l’intérieur français soit pris à parti. Pour autant, connus pour leur tempérance, et leur non conflictualité à la limite de la passivité qui leur vaut bien des molestations administratives et policières lors des expulsions, la vigueur des propos anti-Sarkozy a surpris.
Dès l’arrivée de Nicolas Sarkozy jeudi 18 mai à Bamako, le ministre français avait été précédé par des manifestations d’hostilité émanant d’élus et d’associations considérant sa visite comme une «provocation». Selon Libération.fr [jeudi 18 mai], partout où il s’est rendu, le fier inventeur du concept «d’immigration choisie» a essuyé des «Sarkozy raciste !», «Sarkozy xénophobe !», ou encore «Sarko, un pur produit de l'immigration qui s'insurge contre les immigrés», «Sarkozy, xénophobe, raciste, n'est pas le bienvenue au Mali», avec l’affirmation d’une crainte non dissimulée «l'immigration choisie on va choisir les meilleurs africains pour les mettre au service de
Pendant une conférence de presse dans un grand hôtel de Bamako où il rencontrait des membres de la société civile les échanges ont été houleux. Les participants reprochant les expulsions, les charters et les conditions de ces expulsions «mains attachées», allant même jusqu’à lancer que
Le ministre de l’intérieur français, peut-être affecté en lucidité par la chaleur ambiante a alors répondu sans se laisser démonter : "Les relations entre
Précision la colonisation a officiellement pris fin au début des années 1960, la république en France remonte à un siècle plus tôt ! Et pour être plus précis, les plus grands défenseurs de la république ont été aussi d’ardents avocats des guerres coloniales : Jules Ferry ou Victor Hugo ne démentiraient pas !
La réaction malienne aux rodomontades du ministre d’état français est un précédent et paradoxalement, si cette visite par son outrage assumé aux Africains pouvait être un électrochoc à la prise de parole des Africains dans les débats du monde qui les concernent, ce serait un heureux dénouement. La question est bien là. Dans un monde stratégique, de rapports de force, l’apathie des gouvernants africains sous influence, sous perfusion et vassalisés dans des réseaux clientélistes dominés par les parrains occidentaux jouera toujours dans le sens de l’immobilisme. Il faudrait donc l’intervention d’un acteur nouveau dans le jeu, la société civile ou les rivalités internationales, voire les deux, et des conditions exceptionnelles comme les provocations excessives d’un présidentiable en mal de popularité, pour amorcer le retour du sujet, de celui fait ou concoure à faire l’action dans l’intérêt des Africains.