40 députés français contre l’enseignement de l’histoire négrière

Publié le par www.afrikara.com

40 députés français contre l’enseignement de l’histoire négrière : Les héritiers du trafic résistent ! 
09/05/2006

La loi dite Taubira de mai 2001 est à peine entrée dans sa phase d’application que les initiatives pleuvent pour lui faire perdre son contenu et jusqu’à son existence. A quelques jours de la première commémoration de la traite négrière en France, date fixée au 10 mai par décision du président de la république, 40 députés de la majorité présidentielle se sont ouverts au premier magistrat de la république, M. Chirac, lui demandant d’abroger un article de la loi portant sur l’enseignement de l’histoire négrière.

 

Cette sortie en colonostalgie parlementaire était en fait très prévisible dans le contexte actuel où depuis une année, les plus hautes autorités ont multiplié les actes de négrophobie, d’exclusion active, de dénigrement, de stigmatisation raciale à l’endroit des populations noires : incendies d’immeubles insalubres frappant des Noirs français principalement, expulsions spectaculaires de familles avec enfants, usage d’un lexique spécialisé et singulièrement virulent contre les Mélanodermes et  Arabes -racailles, voyous, délinquance, polygamie, …-, et surtout promulgation puis retrait d’une loi légiférant à visage découvert sur le colonialisme positif, autant d’éléments qui ont renseigné à suffisance sur l’état de déliquescence de la classe politique hexagonale.

 

De plus, la loi Taubira a vite été interprétée par les épiciers de la mémoire française, un quarteron d’intellectuels et de politiques médiatiques engagés dans la cause sans doute légitime en tant que telle de la mémoire juive, comme une atteinte plus ou moins directe à un territoire sanctuarisé, avec le sous entendu qu’il ne pouvait y avoir qu’une mémoire dans un espace social même composite, la leur. D’où une profusion d’articles, de déformations, de caricatures et de procès en sorcellerie communautariste à cette loi, les principaux journaux recherchant en permanence une contre légitimité soit au texte de la loi, soit à la notion de crime contre l’humanité, soit encore à l’implication morale de cet outil juridique : la responsabilité de la France, de l’Europe chrétienne. La peur-panique à retardement qui a suivi la prise de conscience de l’existence même passive de la loi du 10 mai explique largement l’idéologie Pétré-Grenouilleau, sa médiatisation, son imposition fulgurante comme historien grand public et de référence en matière de « traites négrières », invention monstrueuse se résumant à reprendre les arguments des négriers d’antant : «C’est pas nous c’est eux ! Les Noirs se vendaient eux-mêmes, ensuite les Arabes en ont fait davantage que nous, qui n’avons fait qu’imiter soigneusement nos devanciers». A quoi tient une chaire universitaire… Les élites françaises acquises à une acception patrimoniale de la mémoire nationale ont donc mis «un contrat» sur la loi Taubira, depuis attaquée de façon récurrente, … y compris par ceux qui s’en sont réclamé opportunément, à l’instar de Dieudonné Mbala Mbala qui en demande désormais l’abrogation [ ?].

 

Les surenchères préélectorales des différents acteurs politiques par-dessus ont tendu le discours sur et contre les Immigrés et les Noirs en général et l’absence de réaction citoyenne coordonnée, digne et appropriée des victimes de ces agressions odieuses a donné un ticket permanent à tous ceux qui, par manque d’épaisseur politique et humaine, en rajoutent sur le dos des plus faibles, des moins visibles, des moins organisés.

 

Rien de mieux que pourrir l’ambiance du premier 10 mai, de la première commémoration officielle nationale de la traite négrière à laquelle la France a participé activement, apportant une quote-part non négligeable à ce que M. Bertrand Delanoë nommait le 27 avril 2006, à la mairie de Paris en hommage au décret de la deuxième abolition de l’esclavage : « … le plus important crime contre l’humanité de l’histoire ».

 

Si besoin était, la lettre des 40 députés de la majorité, malgré la confirmation par le président de la république du retrait de la loi sur la colonisation positive appelée «loi de la honte» en Martinique, malgré son implication dans la commémoration de la traite négrière, montre que les postures colonialistes et les arguments des négriers ont des héritiers qui se moquent des positions de leurs partis politiques. La cacophonie qui s’installe, dans une majorité présidentielle où les députés velléitaires d’une restauration de l’ordre ancien ont peu de soutiens officiels, traduit l’état de crise politique de la France. «L’incompréhension» du ministre du tourisme, le guyanais M. Bertrand n’y change rien, pas plus que la qualification de «révisionnisme historique» du socialiste ultramarin Victor Lurel, encore moins les distances suspectes de Christiane Taubira vis-à-vis «des polémiques sur les tragédies humaines» qui lui font entonner l’indécent air du temps des «intermédiaires africains» et des Africains ayant contribué à l’esclavage …

Sous le fallacieux prétexte de «parallélisme des formes et par soucis d’égalité de traitement» les députés réclament qu’il en soit de la loi Taubira comme de celle du 23 février 2005 qu’ils avaient soutenu bec et ongle, dont l’article sur l’enseignement du rôle positif de la colonisation avait été déclassé.

 

Une preuve supplémentaire que la décision en son temps prise par M. Chirac ne l’avait guère été par conviction de son camp et de la société dominante que le projet colonial, même sublimé avait disparu des nations anciennement négrières, mais bien dans un souci de consensus, d’apaisement conjoncturel des tensions. La question reste donc entière, à savoir convertir une nation historique de colonialisme, d’esclavage et de perpétuation politique du néocolonialisme, à la reconnaissance de l’altérité comme égalité et non point chose, matière à instrumentaliser. A défaut il faudra se tenir prêt à mener bataille contre les coups tordus à venir, par le truchement des lois, décrets d’application, circulaires et autres règlements par lesquels le pire souvent prend confort dans la routine de la machine administrative. Démocratiquement !

 

Akam Akamayong

 

40 élus réclament l'abrogation de la loi Taubira

NOUVELOBS.COM | 06.05.06 | 12:07

Ces députés UMP demandent à Jacques Chirac d'abroger un article sur l'enseignement de l'esclavage.

Quarante députés UMP ont demandé vendredi 5 mai à Jacques Chirac d'abroger un article de la loi dite "Taubira" sur l'enseignement de l'esclavage, au nom d"'un parallélisme des formes et soucis d'égalité de traitement" après la suppression de l'article sur les aspects positifs de la colonisation.

Originaire de Guyane, le ministre du Tourisme Léon Bertrand n'a pas caché son "incompréhension" devant cette initiative.
Dans une lettre au président, les députés avancent qu"'il conviendrait d'abroger l'article 2 de la loi du 21 mai 2001, dite "loi Taubira", qui précise que 'les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent". Et ce nom au du "parallélisme des formes et par soucis d'égalité de traitement". Ces élus de la majorité, avec à leur tête le député UMP des Alpes-Maritimes Lionel Luca, déplorent en effet le déclassement de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui évoquait notamment à travers le rôle positif de la colonisation française. Cet article avait été retiré sur intervention de Jacques Chirac après de longues semaines de polémique.

Incompréhension de Bertrand

Dans un communiqué, le ministre délégué au Tourisme Léon Bertrand, originaire de Guyane, a manifesté son "incompréhension à l'égard de certains de ses collègues de l'UMP". M. Bertrand "regrette que sous le couvert d'un 'parallélisme des formes' certains puissent demander l'abrogation de l'article 2 de la loi du 21 mai 2001, en oubliant que ce qui importe le plus aujourd'hui, c'est de trouver dans ces questions de mémoire, une identité de fond, qui permettent à la société française d'avancer d'un même pas, en acceptant toute son histoire".

A l'approche de la première journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions pour tous les français, le 10 mai prochain, Léon Bertrand souligne qu"'il faut rechercher ensemble les voies du dialogue et de l'apaisement".

 

"Révisionnisme historique"

Le secrétaire national du PS à l'Outre-mer Victorin Lurel "dénonce solennellement les nouvelles tentations de révisionnisme historique de l'UMP" qui "persiste dans la provocation en demandant aujourd'hui l'abrogation de la loi du 21 mai 2001".
Dans un communiqué, le député socialiste de Guadeloupe estime que "cette réitération des attaques à la dignité des Français, notamment ceux originaires de l'Outre-mer, dévoilent le vrai visage de l'UMP: loin des discours lénifiants de sa direction, les parlementaires UMP ont bel et bien la nostalgie de la France coloniale et esclavagiste". Le parti communiste juge que la démarche des députés UMP constitue "une insulte faite aux enfants de la République". "Une fois encore la droite nous montre son véritable visage". "Au nom d'un parallélisme douteux, il s'agirait de faire disparaître la réintégration de la mémoire des descendants d'esclaves de la loi commune de notre peuple", déplore le parti de Marie-George Buffet dans un communiqué. "Le PCF affirme son attachement à voir maintenue, en l'état, cette loi". (AP)

 

Les réactions NOUVELOBS.COM | 06.05.06 | 07:09

Les réactions après la requête vendredi 5 mai de quarante députés UMP à Jacques Chirac d'abroger un article de la loi Taubira sur l'esclavage.

François Baroin, ministre de l'Outre-mer : "Je me déclare opposé à cette proposition et cette initiative (bien initiative)". "Le débat est derrière nous. Il faut célébrer cette date et la commémorer, ne pas renouveler, raviver ce qui pour beaucoup d'Antillais représentent des blessures". "Ce débat a animé la société française pendant plusieurs mois, il a été animé par une comité pour la mémoire de l'esclavage et a permis au président de la République d'annoncer la date d'une double mémoire, celle de l'esclavage et de son abolition". "L'esprit du président de la République est d'apporter une vision universelle à la portée de cette date du 10 mai qui place la France au premier rang des pays qui ont reconnu l'esclavage comme crime contre l'humanité". (Couloirs de l'Assemblée nationale, vendredi 5 mai)

Jean-Christophe Lagarde, député UDF de Seine-Saint-Denis et porte-parole à l'Assemblée nationale sur les questions relatives à l'Outre-Mer : "A quelques jours des commémorations à la mémoire des victimes de l'esclavage", il a qualifié cette initiative de "provocation inutile et aigrie à l'égard des Français originaires de l'Outre-mer et des descendants d'esclaves". (Communiqué, vendredi 5 mai)

Le PS a "dénoncé solennellement les nouvelles tentations de révisionnisme historique de l'UMP". "Après avoir enjoint l'enseignement de l'histoire positive de la colonisation par le funeste article 4 de la loi du 23 février 2005, le parti majoritaire persiste dans la provocation en demandant aujourd'hui l'abrogation de la loi du 21 mai 2001", a déclaré Victorin Lurel, secrétaire national à l'Outre-mer du PS.

"A quelques jours des commémorations en mémoire des victimes de l'esclavage et des traites négrières (ndlr: le 10 mai), cette réitération des attaques à la dignité des Français, notamment ceux originaires de l'outre-mer, dévoilent le vrai visage de l'UMP", ajoute Victorin Lurel, également président de la région Guadeloupe.

"Loin des discours lénifiants de sa direction, les parlementaires UMP ont bel et bien la nostalgie de la France coloniale et esclavagiste". (Communiqué, vendredi 5 mai)

 

Esclavage: Christiane Taubira ne comprend pas les "polémiques sur les tragédies humaines"   AP | 06.05.06 | 18:07

PARIS (AP) -- "Je ne comprends pas les polémiques sur les tragédies humaines. Mon combat n'est pas pour dire que les Blancs étaient méchants et les Noirs étaient bons", déclare la députée PRG de Guyane Christiane Taubira dans un entretien au "Journal du Dimanche", alors que la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage sera célébrée pour la première fois mercredi prochain. La date du 10 mai a été choisie par Jacques Chirac le 30 janvier dernier. Elle correspond à l'anniversaire de l'adoption définitive par le Parlement de la loi Taubira du 10 mai 2001 reconnaissant la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité. "Ces pratiques sont insupportables, quelle que soit l'époque et quelles que soient les personnes qui s'y sont adonnées. Dans tous mes écrits, je parle de la traite arabe, des intermédiaires africains", explique-t-elle. "Je me suis fait insulter par des Africains qui m'accusaient d'écrire une contre-histoire. Aujourd'hui, c'est apaisé. Je ne peux pas absoudre ceux qui ont contribué à l'esclavage tout en étant africains car ce serait condamner à nouveau ceux qui en ont été les victimes", ajoute la députée. AP
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Publié dans Les politiciens

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