Démocratisation en Afrique : la France de Chirac aurait-elle fait avorter le rêve ?

Publié le par Allafrica

12/04/2005 -
Les relations de la France chiraquienne et de l'Afrique se manifestent dans deux espaces : l' espace des relations avec les dirigeants et celui des ...


Les relations de la France chiraquienne et de l'Afrique se manifestent dans deux espaces : l' espace des relations avec les dirigeants et celui des relations avec les peuples. Autant dans le premier espace, tout se déroule sans encombres, dans la confiance, autant dans le second, c'est l'incompréhension, la désillusion. Ce fait est vérifiable dans plusieurs pays notamment francophones (Togo, Niger, Tchad, Burkina Faso, Gabon..).

Dans ces pays en effet, il s'est développé au fil des ans à travers la Francophonie notamment, des relations de type personnel dépendant de la dynamique des réseaux, des relations à la limite maffieuses entre les dirigeants africains et français. Si comme on l'a déjà dénoncé, cela s'origine de la politique africaine de Foccard, il faut dire qu'après le décès de ce dernier, c'est sous le gouvernement Chirac que l'on en verra la caractérisation la plus extrême. Même si les Socialistes au pouvoir ont déçu beaucoup de populations africaines parce qu'ils n'ont pas su impulser des relations nouvelles entre la France et l'Afrique, et qu'ils ont quelque peu perpétué celles mises en oeuvre par Foccard, ils ont quand même fait naître l'espoir avec le Discours de la Baule.

L'avènement de Jacques Chirac au pouvoir a en quelque sorte sonné la fin de l' espoir, la " récréation ", diront -euphoriques- nombre de dictateurs africains. Le retour aux relations premières a été foudroyant et total. Le Président français n'a pas ainsi craint de s'engager officiellement et d'engager dans les mêmes termes ses collaborateurs dans le soutien de dictateurs indécrottables même lorsqu'ils ont choisi de cacher leurs pratiques sous un vernis de démocratisation. Du Tunisien Ben Ali au Gabonais Bongo en passant par Idriss Déby du Tchad jusqu'à Blaise Compaoré du Burkina Faso, sans oublier Paul Biya du Cameroun et bien d'autres, Jacques Chirac s'est toujours montré insensible voire hostile à l'appel des peuples africains pour leur " auto-détermination ", leur véritable libération.

Lorsqu'on y regarde de plus près, il ne semble pas l'avoir fait seulement dans le souci de se servir de gouvernements forts pour maintenir le type de relations anti-démocratique indispensables pour obtenir la mainmise de la France sur les anciennes colonies, il semble l'avoir fait surtout par convenance personnelle, par conviction. Pour lui, il est du reste constant là-dessus depuis sa déclaration faite à Abidjan du vivant d'Houphouët Boigny, " les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie ". Aucun chef d'Etat n'a comme Jacques Chirac, multiplié les hommages aux dictateurs africains, les déplacements pour les soutenir dans les moments difficiles, les manifestations ostensibles et officielles à leur endroit, de son amitié et de sa fraternité. Tour à tour, les Ben Ali, les Déby, les Compaoré.. ont eu droit, devant caméras et micros, aux accolades, aux tapes dans le dos, aux petits gestes délicats pour ajuster une cravate, etc.

Le résultat de tout cela a été le renforcement d'une cassure entre les peuples africains et la gouvernance Chirac alors que la politique française s'enfermait dans un tête à tête entre chefs d'Etat. Ce qui est dramatique dans tout cela, c'est que rien dans la perspective ne laisse entrevoir un infléchissement de cette politique, c'est l'assurance tranquille jusqu'à l'arrogance des dirigeants africains qui sont assurés et de l'impunité, et de leur permanence au pouvoir. Le résultat, c'est le durcissement des positions. Autant Jacques Chirac n'entend pas modifier ses perceptions et ses soutiens aux dictateurs africains, autant les peuples africains sous le leadership d'intellectuels restés fidèles à leur mission, n'entendent pas laisser perdurer ces relations coloniales dégradantes, d'un âge dépassé.

C'est ce qui ressort des déclarations et manifestations diverses d'intellectuels africains qu'ils soient sénégalais, burkinabé, béninois, nigériens, tchadiens, togolais, ivoiriens.., que leurs réactions interviennent sous la forme collective ou individuelle comme c'est le cas de cette sortie aussi cinglante que magistrale de Mme Aminata Traoré, ancienne Ministre de la culture au Mali et femme de lettres.

C'est ce qui ressort des manifestations populaires qu'on voit ici et là en Afrique où il est de plus en plus dénoncé cette politique de la France chiraquienne et demandé qu'elle cesse de maintenir le continent dans la désolation en y encourageant le maintien de dictateurs et même des coups d'Etat et d'autres rébellions. Cette situation en exacerbation continue est d'autant plus regrettable que dans le fond, les peuples africains n'ont jamais fait de confusion entre le gouvernement de Jacques Chirac et le peuple français. Ce qui ici est mis en cause, ce sont les dirigeants, ce qui est ici dénoncé, c'est à la limite la complicité des dirigeants français, qu'ils soient de Droite ou de Gauche, dans le soutien des dictateurs et l'exploitation du continent. Jamais l'amalgame n'a conduit à inclure le peuple français dans cette entreprise de mépris et de domination. Au fond, le peuple français est victime de ses dirigeants comme les peuples africains le sont des leurs.

Mais comme, encore une fois, à court et moyen terme on ne voit pas de véritables changements dans la perspective, il faut craindre que tout cela ne débouche sur des actes de désespoir. Déjà en Côte d'Ivoire, quelque chose semble s'être durablement brisé entre le peuple ivoirien et la France. Le Togo n'en est pas loin alors qu'au Tchad, au Niger, au Burkina Faso, gronde la même révolte significative d'une prise de conscience populaire grandissante sur le fait que la véritable libération de l'Afrique doit d'abord se faire contre la France !

source : Allafrica

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